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La Louve blanche
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La Louve blanche

— Chloé !

La voix d'Ethan résonna soudain à travers les arbres, accompagnée du bruit de plusieurs personnes courant dans sa direction, et la créature, comme dérangée par cette agitation soudaine, tourna la tête vers le bruit avant de disparaître littéralement dans l'obscurité, s'évanouissant entre les arbres avec une vitesse qui semblait défier toute logique.

— Chloé ! Où es-tu ?

— Ici ! parvint-elle à crier, sa voix rauque et tremblante. Je suis ici !

Quelques secondes plus tard, Ethan surgit entre les arbres, une lampe de téléphone à la main, suivi de près par son cousin et deux autres camarades. Il se précipita vers elle, s'agenouillant immédiatement à ses côtés, son visage se décomposant en découvrant le sang qui maculait déjà sa veste.

— Oh mon Dieu, Chloé, qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui t'a fait ça ?

— Un animal, réussit-elle à articuler, tremblant de tout son corps. Un loup, je crois. Il... il m'a mordue.

Ethan examina rapidement la blessure à son épaule, ses mains tremblant presque autant que celles de Chloé, tandis que son cousin appelait déjà les secours sur son téléphone, sa voix rapide et paniquée résonnant dans l'obscurité de la forêt.

— Il faut qu'on t'emmène à l'hôpital tout de suite, dit Ethan, essayant vainement de garder son calme. Tu peux marcher ?

— Je crois, dit Chloé en essayant de se redresser, aidée par Ethan qui la soutint fermement par la taille.

La douleur dans son épaule était intense, mais supportable, une sensation brûlante et lancinante qui irradiait à chaque mouvement. Elle regarda brièvement la blessure, à travers le tissu déchiré de sa veste, et fut presque surprise de constater que la plaie, bien que douloureuse, ne semblait pas aussi profonde qu'elle l'avait craint sur le moment.

Ils retournèrent tant bien que mal vers la clairière, Chloé s'appuyant lourdement sur Ethan à chaque pas, tandis que les autres élèves, alertés par le bruit et la panique visible du petit groupe, se rassemblaient autour d'eux avec des questions inquiètes et des visages pâles à la lumière des dernières braises du feu.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle va bien ?

— Un animal l'a attaquée près de la rivière, expliqua rapidement le cousin d'Ethan, toujours au téléphone avec les secours. Les urgences arrivent, mais ça va prendre du temps jusqu'ici.

Ethan installa Chloé sur une couverture posée près du feu, retirant sa propre veste pour la couvrir malgré ses protestations, et il resta accroupi à côté d'elle, tenant fermement sa main tandis qu'elle tremblait, autant de froid que de choc.

— Tu es sûre que c'était un loup ? demanda-t-il doucement, essayant de comprendre. Il n'y a pas de loups dans cette région, normalement.

— Je... je ne sais pas, dit Chloé, sa voix encore tremblante. C'était énorme, Ethan. Beaucoup trop grand pour être normal.

Elle repensa, malgré la douleur et la confusion, à ces deux yeux dorés suspendus dans l'obscurité, à cette manière presque délibérée, presque intelligente dont la créature l'avait observée avant d'attaquer, et un frisson glacé lui parcourut le dos, bien plus froid que la température de la nuit.

Les secours arrivèrent finalement une vingtaine de minutes plus tard, guidés par le cousin d'Ethan jusqu'au bord du chemin le plus accessible. Deux ambulanciers examinèrent rapidement la blessure de Chloé, nettoyant la plaie avec des gestes professionnels tandis qu'elle serrait les dents pour ne pas crier de nouveau. L'un d'eux prit sa tension, vérifia son pouls, et posa plusieurs questions rapides sur ce qui s'était passé, notant ses réponses sur une tablette avec une efficacité qui rassura un peu Chloé malgré la panique ambiante.

— C'est une morsure profonde, mais pas aussi grave qu'on pourrait le penser, dit l'un des ambulanciers en observant attentivement la plaie. On va vous emmener à l'hôpital pour des points de suture et un traitement antirabique, par précaution. Vous avez de la chance que ça ne soit pas pire.

— Vous savez quel genre d'animal ça pouvait être ? demanda Ethan, toujours accroupi près de Chloé, refusant visiblement de s'éloigner d'elle.

— Difficile à dire sans l'avoir vu nous-mêmes, répondit l'ambulancier en haussant les épaules. Coyote, peut-être, ou un gros chien errant. Les loups sont censés avoir disparu de cette région depuis des décennies.

— Vous devriez quand même prévenir les autorités locales, ajouta l'autre ambulancier. S'il y a un animal agressif dans cette zone, il vaut mieux que les gens soient prévenus avant la prochaine fête.

Chloé ne dit rien, se contentant de fermer les yeux tandis qu'on l'installait sur le brancard, la douleur dans son épaule commençant déjà, étrangement, à diminuer plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru possible. Elle regarda une dernière fois, à travers la vitre de l'ambulance qui démarrait, la lisière sombre de la forêt qui s'éloignait derrière elle, et elle crut apercevoir, l'espace d'un instant, deux points dorés qui l'observaient encore depuis l'obscurité entre les arbres.

Sa mère les rejoignit à l'hôpital moins d'une heure plus tard, le visage livide, se précipitant vers le lit de Chloé dès qu'on l'autorisa à entrer.

— Ma chérie, qu'est-ce qui s'est passé ? Ils m'ont dit qu'un animal t'avait attaquée !

— Ça va, maman, dit Chloé, épuisée mais rassurante. Ils m'ont recousue, ils m'ont fait les vaccins nécessaires. Le médecin a dit que j'avais de la chance que ça ne soit pas plus grave.

— De la chance, répéta sa mère, encore sous le choc, en lui serrant doucement la main. Je t'avais dit que cette forêt me donnait de mauvaises sensations.

Chloé ne répondit rien, trop fatiguée pour discuter, et elle se laissa aller contre les oreillers de l'hôpital tandis que le médecin finissait de rédiger les instructions pour les soins à domicile. Ethan resta assis dans un coin de la chambre pendant toute la durée de l'examen, refusant de rentrer chez lui malgré l'heure tardive, ses yeux ne quittant presque jamais Chloé, comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse à nouveau s'il détournait le regard trop longtemps.

— Vous êtes son petit ami ? demanda gentiment l'infirmière en remarquant sa présence constante.

— Oui, répondit Ethan sans hésiter. Je voulais juste m'assurer qu'elle allait bien.

— C'est très gentil de votre part, mais elle a besoin de repos maintenant. Vous pourrez la voir demain.

Ethan hocha la tête à contrecœur, se pencha pour embrasser doucement le front de Chloé avant de partir, promettant de l'appeler dès son réveil. Sa mère resta encore un moment à ses côtés, lui caressant doucement les cheveux comme elle le faisait quand Chloé était petite et qu'elle faisait des cauchemars.

On lui recommanda de garder le bandage propre, de surveiller les signes d'infection, et de revenir immédiatement si la douleur s'aggravait de manière anormale dans les jours suivants.

Une fois rentrée chez elle, alors que sa mère l'aidait à s'installer dans son lit, Chloé jeta un dernier coup d'œil au bandage blanc qui recouvrait son épaule, sentant sous ses doigts la forme des points de suture à travers le tissu. La douleur, curieusement, avait presque complètement disparu, remplacée par une sensation étrange, presque chaude, qui pulsait doucement sous la peau. Elle remarqua aussi, sans trop y prêter attention sur le moment, que ses oreilles semblaient percevoir chaque bruit de la maison avec une netteté inhabituelle : le tic-tac de l'horloge du couloir, le frigo qui ronronnait à l'étage inférieur, la respiration de sa mère assise sur le bord du lit. Elle mit cela sur le compte de l'adrénaline encore présente dans son organisme, et n'y accorda pas plus d'importance.

— Essaie de dormir, dit sa mère en éteignant la lumière. Je reste dans la chambre à côté, appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.

— Merci, maman, murmura Chloé, déjà à moitié endormie malgré tout ce qui venait de se passer.

Sa mère resta encore quelques minutes assise au bord du lit après avoir éteint la lumière, comme si elle n'arrivait pas tout à fait à se résoudre à quitter la chambre, avant de finalement se lever et de refermer doucement la porte derrière elle.

Elle resta un long moment les yeux ouverts dans l'obscurité de sa chambre, repensant à ces yeux dorés, à cette fourrure sombre, à ce grognement guttural qui ne ressemblait à aucun son qu'elle avait jamais entendu chez un animal ordinaire. Elle essaya de se convaincre que c'était effectivement un coyote, ou un chien errant particulièrement agressif, comme l'avaient suggéré les ambulanciers, mais une petite voix, tout au fond d'elle, refusait obstinément d'accepter cette explication si simple.

Elle repensa aussi, malgré elle, à ce regard étrange que la créature lui avait lancé juste avant de disparaître, ce mélange déconcertant de sauvagerie et de quelque chose de presque conscient. Elle se dit que son esprit lui jouait des tours, que le choc et la fatigue déformaient forcément ses souvenirs, rendant plus étrange encore un événement qui, en réalité, n'avait sans doute rien d'extraordinaire : un animal sauvage effrayé, agissant par pur instinct de survie dans une forêt où il ne s'attendait probablement pas à croiser un être humain en pleine nuit. Elle se répéta cette explication plusieurs fois, comme une formule rassurante, sans réussir à faire taire complètement le malaise qui persistait au fond d'elle.

Elle passa aussi la main, presque malgré elle, sur le bandage qui recouvrait son épaule, sentant sous ses doigts une chaleur légère, presque agréable, qui n'avait rien à voir avec la douleur vive qu'elle avait ressentie quelques heures plus tôt dans la forêt. Elle se dit que c'était sans doute l'effet des médicaments qu'on lui avait donnés à l'hôpital, et elle referma les yeux, décidée à ne plus y penser jusqu'au lendemain.

Elle finit par s'endormir malgré tout, épuisée par les émotions de la soirée, sans savoir que cette nuit-là, sous cette même pleine lune qui continuait de briller au-dessus de la ville, quelque chose en elle venait de changer pour toujours, quelque chose qui n'avait absolument rien à voir avec un coyote ou un chien errant.

Exercices de vocabulaire

Exercice 1. Complétez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Chloé a senti une _______ terrible dans son épaule après l'attaque.

2. La créature a poussé un _______ sourd avant de se jeter sur elle.

3. Les médecins ont nettoyé la _______ avant de faire les points de suture.

4. Chloé s'est _______ en voyant les deux yeux dorés dans l'obscurité.

5. Le loup a fini par _______ dans l'obscurité de la forêt.

Exercice 2. Trouvez l'équivalent russe de chaque mot français.

1. la griffe

2. le prédateur

3. la panique

4. guérir

5. le danger

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre réponse avec une phrase du texte.

1. Chloé retourne seule vers la rivière pour chercher son téléphone.

2. L'animal qui attaque Chloé est visiblement un petit chien.

3. Ethan est le premier à retrouver Chloé après l'attaque.

4. Les médecins savent avec certitude que c'était un loup.

Réponses

Exercice 1 (vocabulaire, phrases à trous) :

1. douleur 2. grognement 3. morsure 4. figée 5. s'échapper

Exercice 2 (traduction) :

1. la griffe : коготь

2. le prédateur : хищник

3. la panique : паника

4. guérir : заживать, лечиться

5. le danger : опасность

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Vrai. "J'ai oublié mon téléphone près de la rivière."

2. Faux. "Une forme massive, sombre, couverte de fourrure" ; "un loup bien plus grand que ceux qu'elle avait pu voir dans des documentaires."

3. Vrai. "Quelques secondes plus tard, Ethan surgit entre les arbres."

4. Faux. "Difficile à dire sans l'avoir vu nous-mêmes, répondit l'ambulancier."

Chapitre 4 : Quelque chose ne va pas

Vocabulaire thématique

l'ouïe (f) — слух

l'odorat (m) — обоняние

l'appétit (m) — аппетит

irritable — раздражительный

cicatriser — заживать (о ране)

à peine — едва

sensible — чувствительный

la cicatrice — шрам

résister (à une envie) — сопротивляться (желанию)

un vertige — головокружение

saignant(e) — кровавый, с кровью (о мясе)

aiguiser — обострять, заострять

épuisant(e) — изнурительный

s'énerver — раздражаться, нервничать

inquiétant(e) — тревожный

Chloé se réveilla le dimanche matin avec la sensation étrange d'avoir dormi à peine quelques minutes, alors que le réveil sur sa table de nuit affichait déjà dix heures passées. Elle resta immobile un long moment, les yeux fixés sur le plafond, essayant de rassembler ses souvenirs de la nuit précédente : la fête, la rivière, les yeux dorés dans l'obscurité, la douleur fulgurante dans son épaule. Elle porta instinctivement la main à son bandage, s'attendant à sentir une douleur familière, mais ne trouva qu'une légère sensation de chaleur, presque agréable, sous ses doigts. Son corps tout entier lui semblait étrangement léger, comme rechargé d'une énergie qu'elle n'avait pas ressentie depuis des années, malgré les événements traumatisants de la veille.

Elle se redressa, intriguée, et retira délicatement le pansement pour observer la blessure à la lumière du jour. Ce qu'elle vit la laissa complètement stupéfaite : là où elle s'attendait à trouver une plaie encore ouverte, entourée de points de suture rouges et enflés, elle ne découvrit qu'une fine cicatrice rosée, comme si la morsure remontait déjà à plusieurs semaines plutôt qu'à quelques heures seulement.

— Ce n'est pas possible, murmura-t-elle pour elle-même, passant et repassant ses doigts sur la peau presque parfaitement lisse.

Elle se leva précipitamment et se dirigea vers le miroir de sa salle de bain, tournant son épaule dans tous les sens pour mieux examiner la cicatrice sous différents angles. Elle avait beau chercher, elle ne trouvait aucune trace des points de suture que le médecin avait pourtant faits la veille au soir, aucune rougeur, aucun gonflement, rien qui puisse expliquer une guérison aussi rapide et aussi complète. Elle appuya doucement sur la peau du bout des doigts, s'attendant presque à provoquer une douleur qui ne vint jamais, la cicatrice se révélant parfaitement insensible, comme si elle appartenait à une blessure vieille de plusieurs mois.

Un vertige soudain la saisit, et elle dut s'appuyer contre le lavabo pour ne pas perdre l'équilibre. Elle ferma les yeux quelques secondes, respirant profondément, et quand elle les rouvrit, elle remarqua autre chose d'étrange : ses propres yeux, dans le miroir, lui parurent légèrement différents, d'un bleu peut-être un peu plus intense, un peu plus froid que dans son souvenir. Elle se pencha plus près du miroir, scrutant son propre regard avec une attention presque obsessionnelle, cherchant à se convaincre qu'il s'agissait simplement d'un effet de la lumière matinale, et non d'un changement réel dans la couleur de ses yeux.

— Chloé ? Tu es réveillée ? appela sa mère depuis le couloir.

— Oui, j'arrive dans une minute, répondit Chloé, sa propre voix lui semblant étrangement forte dans le silence de la salle de bain.

Elle enfila rapidement un t-shirt, dissimulant tant bien que mal la cicatrice sous le tissu, et descendit l'escalier, son esprit encore confus par ce qu'elle venait de découvrir. En arrivant dans la cuisine, elle fut immédiatement submergée par une avalanche d'odeurs qu'elle n'avait jamais remarquées auparavant avec une telle intensité : le café fraîchement préparé, le pain grillé, le parfum de sa mère, et même, plus faiblement, l'odeur du savon utilisé pour laver la vaisselle la veille. Elle s'arrêta un instant sur le seuil de la cuisine, presque étourdie par cette explosion sensorielle, avant de se forcer à avancer normalement, comme si de rien n'était.

— Comment tu te sens ce matin ? demanda sa mère en la voyant entrer, son visage encore marqué par l'inquiétude de la veille. Tu as bien dormi ?

— Ça va, dit Chloé, un peu distraite par cette explosion sensorielle qui l'entourait. J'ai... j'ai super faim, en fait.

Sa mère lui prépara rapidement des œufs et des toasts, et Chloé se surprit à dévorer son assiette en quelques minutes, avant d'en redemander une seconde, puis une troisième, sous le regard de plus en plus étonné de sa mère. Elle mangeait presque sans respirer, à peine consciente du goût des aliments, uniquement concentrée sur cette sensation de faim insatiable qui semblait remonter de quelque part au fond de son estomac, une faim qui n'avait rien à voir avec les petits-déjeuners habituels qu'elle prenait à peine, pressée de partir pour l'entraînement.

— Tu es sûre que ça va ? demanda-t-elle finalement, en la regardant engloutir un quatrième toast. Tu manges comme si tu n'avais rien avalé depuis une semaine.

— Je ne sais pas, dit Chloé, un peu gênée par sa propre voracité. J'ai vraiment très faim ce matin. C'est peut-être à cause du choc d'hier soir.

— Peut-être, dit sa mère, pas complètement convaincue. Tu devrais quand même appeler le médecin pour vérifier que tout va bien. Une morsure comme celle-là, ce n'est pas rien.

— Ma cicatrice a l'air presque guérie, dit Chloé, hésitante à révéler à quel point la guérison semblait rapide.

— Déjà ? demanda sa mère, fronçant les sourcils. Montre-moi.

Chloé releva la manche de son t-shirt, découvrant la fine ligne rosée sur son épaule, et sa mère écarquilla les yeux en découvrant à quel point la blessure semblait effectivement cicatrisée, bien plus rapidement que ce qui était médicalement normal après une morsure aussi profonde la veille au soir.

— C'est... c'est incroyable, dit sa mère, sa voix trahissant un mélange d'étonnement et d'inquiétude. Il faut absolument que tu ailles voir le médecin aujourd'hui, Chloé. Ce n'est pas normal de cicatriser aussi vite.

— Ça veut peut-être dire que je guéris bien, dit Chloé, essayant de minimiser la situation malgré le malaise grandissant qu'elle ressentait elle-même face à cette guérison anormale.

— Ou ça veut dire qu'il faut qu'on comprenne ce qui se passe, insista sa mère. Je préfère qu'on soit prudentes plutôt que de simplement espérer que tout va bien se passer.

— Tu t'inquiètes toujours pour rien, maman, dit Chloé, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu, surprise elle-même par la pointe d'agacement dans sa propre voix.

— Ce n'est pas rien, Chloé, répondit sa mère fermement. Tu as été mordue par un animal sauvage hier soir. Je ne vais pas faire comme si de rien n'était simplement parce que ça t'arrange.

Chloé baissa les yeux, un peu honteuse de sa réaction, sans vraiment comprendre pourquoi cette remarque pourtant raisonnable l'avait irritée à ce point.

Chloé accepta finalement d'appeler le cabinet médical, mais le médecin qui l'avait examinée la veille n'était pas disponible avant le lundi, et l'infirmière de garde, après avoir écouté attentivement la description de la cicatrisation rapide, suggéra simplement que certaines personnes guérissaient naturellement plus vite que d'autres, et qu'il ne fallait pas s'inquiéter tant qu'il n'y avait aucun signe d'infection.

Une fois seule dans sa chambre, Chloé alluma son ordinateur et passa une bonne demi-heure à chercher sur internet des explications possibles à ce qui lui arrivait, tapant des recherches de plus en plus désespérées : "cicatrisation anormalement rapide", "morsure de loup guérison rapide", "symptômes après morsure d'animal sauvage". Les résultats ne firent qu'accroître sa confusion, mélangeant des articles médicaux sérieux sur la rage et les infections, et des forums plus douteux évoquant des théories qu'elle refusa immédiatement de prendre au sérieux, refermant précipitamment son ordinateur avec l'impression absurde d'être allée trop loin dans une direction qu'elle ne voulait même pas envisager.

Le reste de la matinée se déroula d'une manière étrange, marquée par une série de petits détails que Chloé remarquait avec une acuité inhabituelle : le tic-tac de l'horloge du salon lui semblait résonner beaucoup plus fort que d'habitude, la lumière du soleil filtrant à travers les rideaux lui paraissait presque trop vive, et même les bruits de la rue, les voitures qui passaient, les voisins qui tondaient leur pelouse, lui parvenaient avec une clarté qu'elle n'avait jamais connue auparavant.

Ethan vint la voir en début d'après-midi, un bouquet de fleurs à la main, visiblement encore inquiet après les événements de la veille.

— Comment tu te sens ? demanda-t-il en l'embrassant doucement, avant de reculer légèrement, son regard s'attardant sur son visage. Tu as l'air... différente, aujourd'hui.

— Différente comment ? demanda Chloé, sur la défensive malgré elle.

— Je ne sais pas, dit Ethan, cherchant ses mots. Tes yeux, peut-être. Ils sont plus clairs que d'habitude. Et tu sembles... je ne sais pas, plus tendue que d'habitude, même si tu souris.

— C'est juste le contrecoup d'hier soir, j'imagine, dit Chloé, essayant de sourire plus naturellement pour le rassurer.

Chloé haussa les épaules, mal à l'aise, et changea rapidement de sujet, lui montrant sa cicatrice presque entièrement effacée. Ethan resta silencieux un long moment, examinant la peau presque intacte avec une expression qu'elle n'arrivait pas tout à fait à déchiffrer, quelque chose entre l'incrédulité et une inquiétude qu'il semblait vouloir cacher pour ne pas l'alarmer davantage.

— C'est génial que ça guérisse si vite, dit-il finalement, sa voix manquant un peu de conviction. Tu dois avoir un système immunitaire incroyable.

— C'est ce que tout le monde me dit, répondit Chloé, sans grande conviction elle non plus.

Ils passèrent l'après-midi ensemble dans le salon, regardant un film qu'aucun des deux ne suivit vraiment, mais Chloé se sentait étrangement agitée, incapable de rester immobile plus de quelques minutes d'affilée. Elle se leva à plusieurs reprises sans raison particulière, arpentant le salon, ouvrant et refermant les rideaux, jusqu'à ce qu'Ethan finisse par lui demander, avec précaution, si quelque chose n'allait pas.

— Tu n'arrêtes pas de bouger depuis tout à l'heure, remarqua-t-il. Tu es sûre que tu vas bien ?

— Je suis juste... énervée, je ne sais pas pourquoi, admit Chloé, passant une main dans ses cheveux avec impatience. J'ai l'impression que je vais exploser si je reste assise encore longtemps.

— Peut-être qu'on devrait sortir marcher un peu, proposa Ethan. Ça te ferait peut-être du bien.

Chloé accepta, et ils sortirent marcher dans le quartier, mais même cette activité ne réussit pas complètement à calmer cette agitation étrange qui semblait vibrer sous sa peau, cette énergie presque électrique qu'elle n'arrivait pas à canaliser correctement. Elle remarqua, en marchant, qu'elle percevait chaque détail de son environnement avec une netteté presque douloureuse : la texture rugueuse de l'écorce des arbres qu'ils dépassaient, le parfum sucré des roses dans le jardin des voisins, jusqu'au bruissement à peine audible des feuilles mortes que le vent faisait glisser sur le trottoir.

À un moment, alors qu'ils passaient devant la maison des voisins, un chien se mit à aboyer furieusement derrière la clôture, et Chloé sentit une vague de colère disproportionnée monter en elle, une envie presque irrésistible de répondre à cette agressivité par la sienne, avant de se ressaisir au dernier moment, effrayée par l'intensité de sa propre réaction.

— Ça va ? demanda Ethan, remarquant son changement d'expression.

— Oui, désolée, dit Chloé, essayant de reprendre contenance. Ce chien m'a juste surprise.

— Il n'a pourtant rien fait de spécial, remarqua Ethan, un peu perplexe. Il aboie toujours comme ça quand quelqu'un passe.

— Je sais, dit Chloé, cherchant à minimiser l'incident. J'imagine que je suis encore un peu à cran après hier soir.

Ils continuèrent à marcher en silence pendant quelques minutes, et Chloé sentit le regard d'Ethan posé sur elle plus longtemps que d'habitude, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose qu'il n'arrivait pas tout à fait à formuler. Elle détourna la conversation vers des sujets plus légers, la compétition régionale, les projets pour les prochaines semaines, et Ethan sembla se détendre progressivement, même si Chloé continuait de percevoir, sous la surface tranquille de leur conversation, cette même inquiétude qu'elle avait remarquée plus tôt dans la journée.

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