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La Louve blanche
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La Louve blanche

— Chloé ! cria une voix familière.

Madison courut vers elle, un gobelet en plastique à la main, ses joues déjà rougies par l'excitation ou peut-être par l'alcool.

— Tu es enfin là ! Viens, tout le monde te cherche.

— On vient d'arriver, dit Chloé en riant. Laisse-moi au moins respirer une seconde.

— Pas le temps de respirer ce soir, dit Madison en l'entraînant par le bras vers le groupe principal.

Chloé se laissa guider, saluant au passage des visages familiers : des camarades de classe, des joueurs de l'équipe de football, quelques élèves de première année qui semblaient particulièrement impressionnés de se trouver là. Quelqu'un lui tendit un gobelet, et elle en but une gorgée sans vraiment réfléchir, la boisson âcre lui brûlant légèrement la gorge.

— Alors, comment tu trouves la clairière ? demanda un garçon qu'elle reconnut comme le cousin d'Ethan. C'est moi qui ai trouvé cet endroit l'année dernière. Personne ne vient jamais jusqu'ici.

— C'est parfait, dit Chloé en regardant autour d'elle. On dirait un endroit sorti d'un film.

Le cousin d'Ethan sourit, visiblement fier de son effet, et s'éloigna pour accueillir d'autres invités qui arrivaient par le sentier. Chloé resta un moment près du feu, sentant la chaleur des flammes sur son visage tandis que la nuit s'installait complètement autour de la clairière. Au-dessus des arbres, le ciel devenait d'un bleu de plus en plus profond, et les premières étoiles commençaient à apparaître.

La musique changea, et un groupe de danseurs se forma spontanément devant les enceintes. Madison entraîna Chloé par la main, et elles dansèrent ensemble un moment, riant, criant les paroles des chansons qu'elles connaissaient par cœur. Ethan les observait de loin, en riant avec ses coéquipiers, levant son gobelet vers Chloé chaque fois qu'elle croisait son regard.

— Tu as vu comme Jason regarde Sarah ? chuchota Madison à l'oreille de Chloé, entre deux chansons.

— Depuis le début de l'année, répondit Chloé en riant. Elle ne remarque même pas qu'il flirte avec elle depuis des mois.

— Les garçons sont tellement transparents.

— Sauf Ethan, dit Chloé avec un sourire fier. Lui, au moins, il sait ce qu'il veut.

Madison ne répondit rien immédiatement, et Chloé remarqua, l'espace d'une seconde, quelque chose passer dans son regard, une ombre fugace qu'elle attribua à la fatigue de la soirée plutôt qu'à autre chose. Elle n'y pensa pas davantage ; quelqu'un venait de proposer un jeu à boire près du feu, et tout le groupe s'y précipita en riant.

Les heures passèrent ainsi, entre danses, jeux et conversations qui s'entremêlaient sans vraiment de logique, comme cela arrive toujours dans ce genre de soirée. Chloé sentait l'alcool commencer à lui brouiller légèrement les idées, mais d'une manière agréable, légère, qui rendait tout un peu plus lumineux, un peu plus drôle. Elle riait facilement, dansait sans se soucier de son image, et pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression de vivre pleinement l'instant présent, sans penser aux entraînements, aux compétitions ou à l'avenir.

À un moment, alors qu'elle reprenait son souffle après plusieurs chansons dansées d'affilée, elle se retrouva assise près du feu à côté de Maya Rivera, qui semblait, comme toujours, observer la scène plutôt que d'y participer activement. Chloé fut presque surprise de la trouver là, cette fille qu'elle croisait pourtant tous les jours en cours de littérature sans jamais vraiment lui parler.

— Je ne savais pas que tu venais à ce genre de fête, dit Chloé, plus par politesse que par réel intérêt.

— Mon frère connaît quelqu'un qui connaît le cousin d'Ethan, répondit Maya avec un petit sourire énigmatique. Je viens surtout pour observer.

— Observer quoi ?

— Les gens, dit Maya en regardant les danseurs autour du feu. C'est fascinant, la façon dont tout le monde se transforme un peu, la nuit, loin de la ville.

Chloé ne sut pas vraiment quoi répondre à cette remarque, qui lui parut à la fois étrange et étrangement pertinente. Elle regarda à son tour le groupe qui dansait, les visages éclairés par les flammes, et pendant une seconde, elle eut l'impression fugace que Maya avait raison, que quelque chose de différent flottait effectivement dans l'air de cette soirée, quelque chose qu'elle n'aurait pas su nommer.

— Tu ne bois pas ? demanda Chloé en remarquant que Maya tenait seulement une bouteille d'eau.

— Jamais les soirs de pleine lune, répondit Maya avec un sourire mystérieux, avant de se lever et de s'éloigner vers un autre groupe, laissant Chloé légèrement perplexe face à cette réponse qu'elle mit rapidement sur le compte d'une plaisanterie qu'elle n'avait pas comprise.

Vers onze heures, alors que le feu commençait à baisser un peu et que certains élèves s'étaient éloignés vers les voitures pour discuter plus tranquillement, Ethan vint s'asseoir près d'elle sur un tronc d'arbre couché.

— Tu t'amuses ? demanda-t-il en passant un bras autour de ses épaules.

— Énormément, dit Chloé en posant sa tête contre son épaule. C'est exactement la soirée qu'il nous fallait.

— On devrait faire ça plus souvent, l'année prochaine. Enfin, si on reste dans la même ville pour l'université.

— On en reparlera à ce moment-là, dit Chloé, un peu évasive.

— Tu évites toujours cette question, remarqua Ethan avec un petit rire, pas vraiment agacé. C'est presque un talent chez toi.

— Ce n'est pas que je l'évite. C'est juste que je préfère profiter de maintenant plutôt que de tout planifier à l'avance.

— Moi, j'ai déjà tout planifié, dit Ethan fièrement. Bourse de football, université d'État, et toi à mes côtés sur les gradins.

— On verra bien ce que la vie nous réserve, dit Chloé en riant, sans vraiment prendre la remarque au sérieux.

Ethan n'insista pas, et ils restèrent silencieux un moment, regardant les flammes danser devant eux. Au-dessus de la clairière, la lune commençait tout juste à apparaître au-dessus de la ligne des arbres, immense et presque parfaitement ronde, d'une blancheur si intense qu'elle semblait presque irréelle.

— Regarde la lune, dit Chloé, fascinée malgré elle. Elle est énorme ce soir.

— Pleine lune, dit Ethan sans grand intérêt. Mon oncle dit toujours que ça rend les gens un peu fous.

— Peut-être que c'est pour ça que tout le monde est aussi survolté ce soir, dit Chloé en riant.

Elle continua pourtant à observer la lune quelques secondes de plus que nécessaire, incapable d'expliquer pourquoi cette image, ce disque blanc suspendu au-dessus de la forêt, lui donnait une sensation étrange, presque un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid de la nuit.

Un peu plus tard, quelqu'un proposa un jeu de vérité ou de défi, et tout le groupe se rassembla plus étroitement autour du feu, les visages éclairés par les flammes basses. Chloé participa deux ou trois tours, riant aux défis ridicules que ses amis devaient accomplir, comme imiter le cri d'un animal ou raconter leur pire moment de gêne au lycée. Quand vint son tour, quelqu'un lui demanda quelle serait la seule chose qu'elle changerait dans sa vie si elle le pouvait, et elle resta silencieuse une seconde de trop, cherchant une réponse qui ne venait pas vraiment, avant de répondre finalement, en plaisantant, qu'elle voudrait gagner la compétition régionale sans avoir à répéter la chorégraphie une seule fois de plus. Tout le monde rit, et le jeu continua sans qu'elle s'attarde sur l'étrange vide qu'elle avait ressenti, l'espace d'un instant, en cherchant vraiment une réponse sincère.

Un peu plus tard, alors que Madison proposait une nouvelle chanson et que la majorité du groupe se remettait à danser près du feu, Chloé sentit soudain le besoin de s'éloigner un peu, de retrouver un peu de calme après des heures de musique et de bruit. Elle se leva, tapota l'épaule d'Ethan.

— Je reviens, dit-elle. Je vais juste marcher un peu vers la rivière.

— Tu veux que je vienne avec toi ?

— Non, ça va. J'ai juste besoin de deux minutes de silence.

Ethan hocha la tête, déjà happé de nouveau par la conversation avec ses coéquipiers, et Chloé s'éloigna seule vers le sentier qui longeait la clairière. La musique diminua progressivement derrière elle à mesure qu'elle avançait entre les arbres, remplacée peu à peu par les bruits de la forêt : le bruissement des feuilles, le murmure lointain de l'eau, et ce silence pesant, particulier, qu'on ne trouve que loin de toute agitation humaine.

Elle marcha ainsi pendant plusieurs minutes, suivant vaguement le sentier à la lumière du clair de lune qui filtrait entre les branches. L'air était frais, et elle frissonna légèrement en resserrant sa veste autour d'elle, regrettant presque de ne pas avoir écouté sa mère. Autour d'elle, les arbres semblaient de plus en plus hauts, de plus en plus proches les uns des autres, et le bruit de la fête, derrière elle, devenait de plus en plus faible, comme s'il appartenait déjà à un autre monde. Elle remarqua, sans vraiment y accorder d'importance, que les oiseaux nocturnes qu'on entendait habituellement dans ce genre de forêt semblaient étrangement silencieux ce soir, comme si toute la nature retenait son souffle en attendant quelque chose. Même le vent, qui avait fait bruire les feuilles pendant tout le trajet en voiture, semblait s'être calmé d'un coup, laissant place à une immobilité presque parfaite.

Elle atteignit finalement la rivière, un mince filet d'eau qui coulait tranquillement entre des rochers couverts de mousse, et elle s'assit un moment sur une grosse pierre plate, laissant le silence l'envelopper complètement. La pleine lune se reflétait sur l'eau, créant un long ruban argenté qui semblait presque vivant, ondulant doucement au rythme du courant. Elle ferma les yeux quelques secondes, respirant profondément l'air frais de la nuit, savourant ce moment de calme absolu après des heures d'agitation joyeuse.

C'est alors qu'elle entendit, quelque part derrière elle, une branche craquer.

Elle se retourna instinctivement, le cœur soudain accéléré, mais elle ne vit rien d'autre que les troncs sombres des arbres et les jeux d'ombres créés par le clair de lune. Elle resta immobile quelques secondes, écoutant attentivement, mais seul le silence lui répondit, un silence si complet qu'il en devenait presque assourdissant.

— Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle doucement, sa propre voix lui semblant étrangement fragile dans cette obscurité.

Personne ne répondit. Elle se dit que c'était sans doute un animal, un cerf ou un raton laveur dérangé par sa présence, et elle se leva, décidant qu'il était temps de retourner vers la clairière, vers la chaleur du feu et le bruit rassurant de la musique. Mais alors qu'elle se retournait pour reprendre le sentier, elle sentit quelque chose d'indéfinissable, une sensation presque physique d'être observée, comme si des yeux invisibles suivaient chacun de ses mouvements depuis l'obscurité entre les arbres.

Elle pressa le pas, essayant de se convaincre que son imagination lui jouait des tours, que la fatigue et l'alcool de la soirée expliquaient facilement cette sensation désagréable. Pourtant, alors qu'elle s'éloignait de la rivière, elle entendit de nouveau ce bruit, plus proche cette fois, un mélange de branches qui craquaient et de quelque chose qui semblait se déplacer entre les arbres avec une rapidité presque impossible.

Elle accéléra encore, son cœur battant maintenant violemment dans sa poitrine, et elle ne s'arrêta de marcher rapidement qu'en apercevant enfin, au loin, la lueur orangée du feu de camp et les silhouettes familières de ses amis dansant encore dans la clairière. Elle s'arrêta un instant à la lisière des arbres, reprenant son souffle, se sentant presque ridicule d'avoir eu si peur pour si peu de chose.

— Tout va bien ? demanda Madison en la voyant arriver, un peu essoufflée.

— Oui, oui, dit Chloé en essayant de sourire naturellement. J'ai juste cru entendre quelque chose dans les bois.

— Sûrement un animal, dit Madison en haussant les épaules. Cette forêt est pleine de cerfs.

Chloé hocha la tête, acceptant cette explication rassurante, et elle se laissa entraîner de nouveau vers le groupe, vers la musique et la chaleur du feu. Elle but encore un peu, rit encore avec ses amis, et essaya de chasser cette sensation étrange qui persistait malgré tout au fond d'elle, cette impression tenace que quelque chose, dans l'obscurité de cette forêt, l'avait regardée d'une manière qu'aucun cerf n'aurait pu le faire.

Ethan la rejoignit près du feu, lui tendant un gobelet rempli d'eau plutôt que d'alcool, comme s'il avait deviné, sans qu'elle ait besoin de le dire, qu'elle avait besoin de reprendre un peu ses esprits.

— Tu es toute pâle, dit-il en fronçant les sourcils. Tu es sûre que ça va ?

— Oui, juste un peu fatiguée d'un coup, répondit Chloé en buvant une gorgée d'eau fraîche. La marche m'a fait du bien, en fait.

— On peut rentrer si tu veux.

— Pas encore. Je veux profiter encore un peu de cette soirée.

Elle se rassit près du feu, laissant la chaleur des flammes chasser peu à peu le froid étrange qui s'était installé en elle depuis la rivière. Autour d'elle, la fête continuait, insouciante, et elle finit par se laisser reprendre par l'ambiance, riant de nouveau aux blagues de ses amis, dansant encore une ou deux chansons avec Madison avant que la fatigue ne commence réellement à se faire sentir chez tout le monde.

Vers une heure du matin, le groupe commença à se disperser progressivement, certains élèves rentrant chez eux, d'autres s'installant dans des voitures pour continuer à discuter à voix plus basse. Ethan et Chloé restèrent parmi les derniers, assis côte à côte près des braises rougeoyantes du feu qui s'éteignait lentement.

— On devrait y aller, dit finalement Ethan en se levant et en lui tendant la main.

— Encore cinq minutes, dit Chloé en regardant une dernière fois la lune, toujours aussi haute, aussi blanche, au-dessus de la clairière presque vide désormais.

Au-dessus de la clairière, la pleine lune continuait de monter dans le ciel, de plus en plus haute, de plus en plus blanche, inondant toute la forêt de sa lumière froide et silencieuse, comme si elle attendait, elle aussi, que quelque chose se produise.

Exercices de vocabulaire

Exercice 1. Complétez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Au centre de la clairière, un grand _______ brûlait toute la nuit.

2. Chloé a _______ en entendant une branche craquer derrière elle.

3. Ethan a dit que la _______ rend parfois les gens un peu fous.

4. Chloé a suivi le _______ qui menait vers la rivière.

5. Après le bruit, un _______ étrange s'est installé dans la forêt.

Exercice 2. Trouvez l'équivalent russe de chaque mot français.

1. s'éloigner

2. une gorgée

3. le clair de lune

4. craquer

5. résonner

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre réponse avec une phrase du texte.

1. Chloé va à la fête seule, sans Ethan.

2. La fête a lieu près d'une rivière, dans une clairière.

3. Chloé n'a rien entendu d'étrange dans la forêt.

4. Madison pense que le bruit vient probablement d'un animal.

Réponses

Exercice 1 (vocabulaire, phrases à trous) :

1. feu de camp 2. frissonné 3. pleine lune 4. sentier 5. silence pesant

Exercice 2 (traduction) :

1. s'éloigner : удаляться, отходить

2. une gorgée : глоток

3. le clair de lune : лунный свет

4. craquer : трещать, хрустеть

5. résonner : звучать, отдаваться эхом

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Faux. "Elle monta et l'embrassa rapidement avant de boucler sa ceinture" (elle est venue avec Ethan).

2. Vrai. "Elle atteignit finalement la rivière" et "La clairière s'ouvrit devant eux."

3. Faux. "C'est alors qu'elle entendit, quelque part derrière elle, une branche craquer."

4. Vrai. "Sûrement un animal, dit Madison en haussant les épaules."

Chapitre 3 : La morsure

Vocabulaire thématique

la griffe — коготь

le grognement — рычание

la fourrure — мех, шерсть

crier — кричать

s'échapper — вырваться, сбежать

la douleur — боль

le sang — кровь

attaquer — атаковать, нападать

reculer — отступать

le prédateur — хищник

la panique — паника

se figer — застыть (от страха)

la morsure — укус

guérir — заживать, лечиться

le danger — опасность

Vers une heure et demie du matin, la clairière commençait enfin à se vider pour de bon. Le feu n'était plus qu'un tas de braises rougeoyantes, et la musique s'était arrêtée depuis un moment, remplacée par le bruit des voitures qui redémarraient une à une sur le chemin de terre. La plupart des invités semblaient épuisés, leurs voix plus basses qu'au début de la soirée, leurs mouvements plus lents, comme si la nuit elle-même avait fini par absorber une partie de leur énergie. Ethan avait finalement réussi à convaincre Chloé qu'il était temps de rentrer, et il s'était levé pour aider son cousin à ranger les dernières glacières et les enceintes avant de partir.

— Je vais chercher la voiture et la rapprocher, dit-il en enfilant sa veste. Le chemin est trop encombré pour que je te fasse marcher jusque-là avec tes chaussures.

— Je peux marcher, protesta Chloé en riant, mais Ethan avait déjà tourné les talons, plaisantant avec son cousin sur le nombre de canettes vides qui traînaient encore dans l'herbe.

Chloé resta donc seule un moment près des braises, resserrant sa veste autour d'elle pour se protéger du froid qui s'était installé maintenant que le feu ne brûlait presque plus. Autour d'elle, il ne restait plus qu'une dizaine d'élèves, la plupart occupés à rassembler leurs affaires ou à dire au revoir aux derniers groupes qui s'apprêtaient à partir. Madison était déjà partie avec des amies un peu plus tôt, après avoir serré Chloé dans ses bras et promis de l'appeler le lendemain.

Chloé chercha son téléphone dans sa poche et se rendit compte, avec un léger agacement, qu'elle ne l'avait plus. Elle se souvint alors l'avoir posé sur la pierre plate, près de la rivière, quand elle s'y était assise plus tôt dans la soirée. L'idée de retourner seule vers cet endroit, après ce qu'elle avait cru entendre quelques heures auparavant, ne l'enchantait pas particulièrement, mais elle n'avait pas vraiment le choix : elle avait besoin de ce téléphone, ne serait-ce que pour appeler sa mère si jamais quelque chose n'allait pas.

— Je reviens dans deux minutes, dit-elle à un groupe de camarades encore assis près du feu. J'ai oublié mon téléphone près de la rivière.

— Tu veux qu'on t'accompagne ? proposa une fille qu'elle connaissait vaguement.

— Non, ça va, c'est juste à côté, répondit Chloé, déjà en train de s'éloigner vers le sentier.

Elle s'engagea entre les arbres, sortant son propre téléphone de mémoire du chemin qu'elle avait pris quelques heures plus tôt. La lune, toujours aussi pleine, aussi blanche, éclairait suffisamment le sentier pour qu'elle puisse avancer sans trop de difficulté, même si l'obscurité, entre les troncs, semblait plus dense que dans son souvenir. Le bruit de la fête, derrière elle, diminua rapidement, remplacé par ce même silence pesant qu'elle avait déjà remarqué plus tôt dans la soirée. Elle se surprit à marcher plus vite que nécessaire, presque au pas de course, se répétant intérieurement que ce n'était qu'une simple question de deux minutes, qu'elle serait de retour près du feu avant même d'avoir eu le temps de vraiment s'inquiéter.

Elle atteignit la rivière en quelques minutes et repéra immédiatement, sur la pierre plate où elle s'était assise, la petite lumière de son téléphone qui clignotait faiblement, signalant une batterie presque vide. Elle se pencha pour le ramasser, glissa l'écran allumé dans sa poche, et se redressa, prête à repartir rapidement vers la clairière. L'endroit lui parut différent de ce dont elle se souvenait, plus sombre, plus silencieux, comme si l'atmosphère elle-même avait changé depuis son passage plus tôt dans la soirée.

C'est à ce moment-là qu'elle l'entendit de nouveau : ce bruit sourd, ce craquement de branches, mais cette fois beaucoup plus proche, beaucoup plus net, comme si quelque chose de lourd se déplaçait délibérément entre les arbres, sans plus chercher à se cacher.

— Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle, sa voix tremblant légèrement malgré elle.

Aucune réponse ne lui parvint, seulement ce même silence pesant, interrompu de temps en temps par un nouveau craquement, toujours plus proche. Chloé se figea sur place, tous ses sens soudainement en alerte, scrutant l'obscurité entre les troncs sans réussir à distinguer quoi que ce soit de précis. Son cœur battait maintenant si fort qu'elle l'entendait résonner dans ses oreilles, couvrant presque le murmure de la rivière derrière elle. Elle songea, l'espace d'une seconde, à appeler à l'aide, mais elle se ravisa aussitôt, craignant de paraître ridicule si ce n'était vraiment qu'un animal inoffensif, un simple écureuil ou un raton laveur curieux venu fouiner près de l'eau.

Elle recula d'un pas, puis d'un autre, cherchant instinctivement à mettre de la distance entre elle et l'origine du bruit, sans quitter des yeux l'obscurité qui semblait maintenant l'entourer de toutes parts. C'est alors qu'elle les vit : deux points lumineux, dorés, presque phosphorescents, suspendus dans le noir entre deux arbres, à une hauteur qui ne correspondait à aucun animal qu'elle connaissait.

— Qui... qui est là ? balbutia-t-elle, sa voix réduite à un murmure paniqué.

Les yeux ne bougèrent pas immédiatement, comme s'ils l'observaient, l'évaluaient, et Chloé sentit une terreur pure, primitive, remonter le long de sa colonne vertébrale, une peur si intense qu'elle en oublia presque de respirer. Puis, sans le moindre avertissement, les yeux se mirent en mouvement, se rapprochant à une vitesse effrayante, et une forme massive, sombre, couverte de fourrure, surgit littéralement de l'obscurité en direction de Chloé.

Elle n'eut même pas le temps de crier avant que la créature ne la percute de plein fouet, la projetant au sol avec une force qui lui coupa immédiatement le souffle. Elle sentit le poids énorme de l'animal sur elle, sa fourrure épaisse contre sa peau, son souffle chaud et rapide tout près de son visage, et un grognement sourd, presque guttural, qui semblait provenir de quelque part au fond de sa poitrine plutôt que de sa gorge.

— Non ! Lâche-moi ! hurla enfin Chloé, retrouvant sa voix dans un sursaut de panique pure, et elle se débattit de toutes ses forces, frappant l'animal de ses poings, cherchant désespérément à se dégager.

La créature poussa un grognement plus fort encore, et Chloé sentit soudain une douleur fulgurante lui traverser l'épaule gauche, une douleur si intense qu'elle en cria de nouveau, plus fort cette fois, sa voix se brisant dans l'obscurité de la forêt. Elle sentit quelque chose de chaud et de liquide couler le long de son bras, et elle comprit, dans un éclair de terreur absolue, qu'elle venait d'être mordue.

Elle continua à se débattre malgré la douleur, frappant, griffant, criant le nom d'Ethan de toutes ses forces, et peut-être que ce fut le bruit, ou peut-être quelque chose d'autre, mais la créature relâcha soudainement sa prise, reculant de plusieurs mètres avec une rapidité presque surnaturelle. Chloé resta immobile un instant, allongée sur le sol froid et humide, le souffle court, la douleur irradiant depuis son épaule dans tout son corps. Elle sentit la terre humide sous ses doigts, les feuilles mortes collées contre sa joue, et pendant une seconde qui lui parut durer une éternité, elle fut incapable de bouger, incapable même de penser clairement, son esprit entièrement occupé par la douleur et par une terreur qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.

Elle releva la tête juste à temps pour voir la créature s'immobiliser à la lisière des arbres, ses yeux dorés toujours fixés sur elle, sa silhouette massive à peine visible dans l'obscurité. Elle distingua, l'espace d'une seconde, la forme générale d'un loup, mais un loup bien plus grand que ceux qu'elle avait pu voir dans des documentaires, avec une fourrure sombre qui semblait presque absorber la lumière de la lune autour de lui. Ce qui la frappa le plus, dans cet instant suspendu, ce fut le regard de la créature : non pas la fureur aveugle qu'elle aurait attendue d'un animal sauvage, mais quelque chose qui ressemblait presque, absurdement, à de la curiosité, ou peut-être même à une forme de reconnaissance qu'elle ne sut absolument pas comment interpréter.

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