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L'abîme

– Vous êtes tous les deux si généreux et si bons; – s'écria la vieille Suissesse repentante.

Puis revenant à son idée:

– C'est égal, – dit-elle, – j'ai été sa chatte!..

– Oui, mais comme la chatte des contes de fées, ma bonne Madame Dor, – dit Vendale en l'embrassant sur les deux joues. – Vous êtes une femme loyale et franche, et la sympathie que vous aviez pour les deux pauvres amoureux au supplice a été aussi franche que votre cœur.

– Je ne veux en aucune façon priver Madame Dor de sa part d'embrassades, – fit Bintrey en tirant sa montre, – et je ne trouve pas mauvais de vous voir réunis tous trois dans un coin comme les Trois Grâces. Je fais simplement la remarque que l'heure est venue et que nous pourrions nous mettre en marche. Quel est votre sentiment à ce sujet, Monsieur Laddle?

– Limpide, Monsieur, – répliqua Joey avec une grimace tout aimable. – C'est étonnant, Monsieur, comme je me sens limpide dans tout mon être, depuis que j'ai vécu quelques semaines sur la terre. Jamais je n'y avais passé si longtemps et cela m'a fait beaucoup de bien. Par exemple, je conviens que si, au Carrefour des Écloppés, je me trouve quelquefois un peu trop au-dessous de la terre, au sommet du Simplon, je me trouvais un peu trop au-dessus. J'ai rencontré le milieu ici, Monsieur… Là, si j'ai jamais pris la vie gaiement depuis que je suis au monde, c'est bien aujourd'hui. Et je compte le montrer en portant certain toast à table. Voilà mon toast: «Que Dieu les bénisse tous les deux!»

– J'appuierai le toast, – fit Bintrey. – Et maintenant, Monsieur Voigt, à nous deux, comme de vieux amis. Bras dessus, bras dessous, marchons ensemble.

La foule attendait aux portes, on prit gaiement le chemin de l'église, et cet heureux mariage fut accompli.

La cérémonie n'était point encore terminée quand on vint du dehors quérir le notaire.

Il sort, et bientôt de retour, il se tient debout, derrière Vendale, qu'il touche à l'épaule.

– Allez à la porte de côté, – dit-il, – et seul. Confiez-moi votre femme pour un moment.

Sur le seuil de cette porte se tenaient les deux guides de l'Hospice, couverts de neige, exténués par une longue route. Ils souhaitèrent toutes sortes de bonheur à Vendale, puis…

Puis chacun d'eux mit sa forte main sur l'épaule du jeune homme, et le premier lui dit:

– La litière est ici, la même dans laquelle on vous a transporté à l'Hospice, la même!..

– La litière, ici! – fit Vendale. – Pourquoi?

– Silence… Pour l'amour de votre femme… Votre compagnon de ce jour-là…

– Que lui est-il arrivé?

Le guide regarda son camarade comme pour le sommer de lui donner du courage.

– Il est là, – dit-il.

– Pendant quelques jours, – reprit le guide, – il a vécu au premier Refuge. Le temps était alternativement beau et mauvais…

– Eh bien? – fit Vendale.

– Il est arrivé à notre Hospice avant-hier, et s'étant réconforté par un bon sommeil, par terre, devant le feu, enveloppé dans son manteau, il se détermina à partir avant le jour, pour continuer sa route jusqu'à l'Hospice voisin. Cette partie du chemin lui inspirait de grandes craintes, il pensait qu'elle serait plus mauvaise le lendemain.

– Achevez…

– Il partit seul. Il avait déjà dépassé la galerie, lorsqu'une avalanche, semblable à celle qui tomba derrière vous près du pont de Ganther…

– Cette avalanche l'a tué?

– Nous l'avons trouvé broyé, brisé en morceaux… mais, monsieur, pour l'amour de votre femme… nous l'avons apporté ici sur la litière pour qu'on l'ensevelisse. Il faut que nous montions la rue et pourtant elle ne doit pas le voir, elle… ce serait une malédiction que de faire passer la litière sous I'arcade de verdure, avant qu'elle n'y ait passé… nous allons la déposer sur une pierre au coin de la seconde rue à droite, et lorsque vous descendrez de l'église, nous nous placerons devant. Mais tâchez que votre femme ne la voie point et qu'elle ne tourne pas la tête quand elle sera passée… Allez! ne perdez point de temps. Elle pourrait s'inquiéter de votre absence… Allez!

Vendale retourna vers sa femme. Ce joyeux cortége les attendait à la grande porte de l'église. Ils descendirent la rue au milieu du carillon des cloches, des décharges de mousqueterie, des drapeaux qui s'agitaient, des instruments de cuivre qui faisaient rage, des acclamations, des cris, des rires, et des pleurs de toute la ville, enivrée du plaisir de les voir heureux. Toutes les têtes se découvraient sur leur passage, les enfants leur envoyaient des baisers.

– Que la bénédiction du Ciel descende sur la jeune fille courageuse! – s'écriait-on de toutes parts. – Voyez! comme elle s'avance noblement dans sa jeunesse et dans sa beauté, au bras de celui à qui elle a sauvé la vie!

Lorsqu'on arriva au coin de la seconde rue à droite Vendale se pencha à son oreille et lui parla longuement tout bas. Lorsqu'ils eurent franchi le coin sinistre, Vendale, pressant le bras de Marguerite sous le sien, lui dit:

– Pour des raisons que je vous ferai connaître plus tard, ne vous retournez pas, ma chérie.

Mais lui, il tourna la tête.

Il vit la litière et ses porteurs qui passaient sous l'arc triomphal.

Et il continua de marcher avec Marguerite et tout le cortège de la noce, – descendant vers la riante vallée.

FIN

1

Sic.

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