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Le Lien Du Sang
Dean avait confié à Kriss la vérité sur ses propres péchés⦠c'était la seule façon sûre d'éloigner Kriss de Tabatha. Quand il avait été envoyé dans ce monde au début, il avait été séduit par une jeune femme d'à peu près le même âge que Tabatha. Il avait passé trop de temps avec elle et une chose en menant à une autre... il en était tombé amoureux.
En s'imaginant que la malédiction ne le suivrait pas⦠en croyant que grâce à la force de son amour pour elle ils auraient un enfant déchu, il s'était livré à la volupté des rapports charnels. Elle l'avait encouragé à cela parce qu'elle le désirait avec autant de force. Lui faire l'amour avait été le paradis sur terre, mais il n'avait fallu que quelques heures au démon pour se former complètement en elle. Quand elle l'avait réveillé plus tard dans la nuit avec ses hurlements, il avait dû tuer son propre enfant qui commençait à dévorer sa mère de l'intérieur.
Kriss s'était trompé⦠en pensant qu'il pouvait dormir aux côtés de Tabatha nuit après nuit sans faire l'amour avec elle, alors que Dean savait que c'était un mensonge... un dangereux mensonge. Kriss ne pourrait jamais supporter de vivre avec l'idée d'avoir tué Tabatha, s'il signait son arrêt de mort avec la semence de son amour.
Les déchus aspiraient à l'amour, mais on les avait envoyés dans un monde où ils ne pouvaient toucher aux femmes⦠tout ce qui leur restait, c'était leurs semblables. La beauté de Kriss avait toujours envoûté Dean, elle l'avait enchanté, et il savait pourquoi... Kriss faisait partie de la royauté chez les anges déchus. Il n'aurait jamais dû être envoyé ici-bas pour se battre contre les démons. Il se demanda intérieurement combien de temps il avait fallu à l'un de leurs rois pour remarquer la disparition de leur prince. Kriss était né pour être choyé, aimé, chéri.
En entrant dans la chambre, Dean se déplaça lentement de sorte à ce que son ombre reste sur le mur et à ce que Kriss puisse clairement voir ce qu'il faisait et trouve le temps de l'arrêter s'il le voulait.
« Les démons sont agités ce soir, en ville... peux-tu les sentir ? demanda Dean d'une voix tranquille, sans s'attendre à une réponse.
Il ouvrit la bouche quand la voix mélancolique de Kriss s'éleva et résonna en un doux écho à travers la pièce.
â Laisse-les venir.
Dean retira sa veste de ses épaules et la jeta sur une chaise appuyée contre le mur. Puis sa chemise... il la déboutonna et la fit glisser de ses épaules, abandonnant le petit tas de coton sur le sol. Il défit son pantalon et baissa lentement sa braguette, souriant presque lorsque Kriss retint son souffle. Retirant ses chaussures et chaussettes, Dean fit glisser son jean au sol et l'enjamba.
En se dirigeant vers le lit, Dean attrapa l'un des piquets du lit à baldaquin un instant pour ensuite baisser les yeux sur Kriss et s'étendre près de lui. Mettant Kriss sur le flanc, Dean se mit en cuillère dans son dos et le tira à lui, laissant libre cours à la jalousie qui couvait dans son cÅur.
Il savait que la tristesse de Kriss découlait de son amour pour Tabatha⦠il avait reçu la prémonition de ce danger, la nuit où Tabatha et Kriss s'étaient rencontrés. C'était pourquoi il avait piégée Tabatha dans le parking du Silk Stalkings. Il avait eu l'intention de l'avertir de la menace mais Kriss l'avait interrompu, se servant de son corps comme d'un bouclier pour la protéger... et retournant l'obsession de Dean contre lui.
Kriss roula sur le dos et tourna la tête pour regarder Dean. Ils se dévisagèrent pendant ce qui sembla être une éternité avant que Dean ne réduise rapidement la distance entre eux et ne caresse avec sensualité les lèvres de Kriss avec les siennes.
Sentant que le souffle de Kriss s'emballait, Dean prit l'avantage et approfondit leur baiser⦠avec une ardeur grandissante. Il en avait assez de s'étendre à côté de Kriss toutes les nuits et de le regarder languir pour une fille qu'il ne pourrait jamais avoir. S'il avait pu le faire, il aurait aspiré toute la souffrance que ressentait Kriss et l'aurait remplacé par un amour furieux pour lui.
Kriss sentit le feu se répandre dans ses veines, mais sa propre culpabilité le poussa à détourner le visage de celui de son amant, ce qui rompit leur baiser. Il se blottit dans les bras de Dean, serrant ce dernier dans ses bras avant d'emmêler leurs jambes.
Dean fixa en silence le sommet du crâne de Kriss et soupira en son for intérieur. Il ne se calmait vraiment que lorsque Kriss le serrait aussi fort contre lui. Il sentait la tristesse décliner un peu avant de revenir. Il avait déjà décidé de libérer Kriss de ses liens à l'aube mais devant l'abandon de Kriss, les yeux de Dean se mirent à étinceler, et les entraves disparurent.
En un instant, Kriss se retourna et saisit les poignets de Dean, pour les plaquer contre le lit et les clouer sur place.
Dean soutint calmement son regard, de ses yeux argentés et agités, curieux de savoir ce qu'allait faire Kriss à présent qu'il avait la liberté de revenir auprès de Tabatha. Alors que Kriss se contentait de le retenir là , Dean leva la tête du matelas pour caresser doucement de sa bouche la clavicule puis le creux du cou de son amant. Il fut récompensé par le sifflement de désapprobation qui échappa à Kriss, et par sa libération.
Plusieurs heures s'écoulèrent, et ils étaient encore mêlés l'un à l'autre lorsque l'aurore se montra. Dean savait, tout comme Kriss, qu'il serait là quand Kriss s'éveillerait au matin... il serait toujours là .
*****
Kane s'enfonçait dans la ville en essayant de ne pas penser à quelque chose qui était survenu ces dernières semaines. Il avait même senti des bribes de son ancienne personnalité émerger à la surface à plusieurs reprises... surtout en se trouvant près de Michael. Il devait reconnaître qu'il aimait ce type.
La bride sous laquelle il retenait si fort ses émotions ces dix dernières années commençait à se relâcher, et la sécurité des murs imaginaires dont il avait entouré son esprit lui manquait déjà . Il était sûr qu'un psychiatre bien payé dirait que c'était une bonne chose mais il était également certain qu'il lui ferait changer d'avis en un temps record.
Il se servait comme d'un bouclier de l'engourdissement qui l'habitait depuis sa sortie de tombe... qui le gardait à demi-mort et, par le même biais, sécurisait les gens autour de lui. Tel que c'était, il avait besoin de toute sa maîtrise de lui-même pour refouler ses sentiments pour Tabatha et la protéger ainsi de Misery.
Il avait encore des frissons à la pensée que Michael avait fini par découvrir que c'était Tabatha qui l'avait libéré de sa tombe. S'il avait pu réfléchir avec lucidité, il aurait trouvé un moyen de garder Scrappy éloigné de Tabatha plus longtemps, le temps de trouver les mots pour lui parler... s'il comptait lui en parler.
Pour lui, certains secrets étaient faits pour être gardés. En vérité, il n'avait jamais eu l'intention de dire la vérité à Tabatha.
Kane grogna, agacé de se voir interrompu dans ses pensées. Il sentait que des yeux démoniaques étaient rivés sur lui alors qu'il marchait... à épier ses moindres mouvements. Il se demanda s'ils avaient été envoyés par Misery. Il ne pouvait percevoir la présence de ce démon femelle parmi eux, ce qui était tout à fait logique, quand on y pensait. Pourquoi cette garce le traquerait-elle, quand ses subalternes pouvaient le faire à sa place ? Actuellement, la ville grouillait de ses mignons... des entités ténébreuses qu'il avait contribué à créer.
Il accéléra son allure au point que les phares des voitures arrivant vers lui se retrouvaient derrière lui en un clin dâÅil. La lueur rouge des feux arrière illuminaient la rue l'espace de quelques secondes avant de disparaître. Il ne s'était jamais déplacé aussi vite par le passé mais, étant donné l'humeur à laquelle il était sujet ces derniers temps, il avait ignoré ce regain de puissance.
En ce moment, il n'aspirait qu'à être seul dans sa bulle, au lieu d'avoir sur le dos Michael et quiconque son meilleur ami/frère fréquentait. Il n'était pas vraiment certain de savoir s'il était capable de porter son masque spécial « Je suis sain d'esprit »⦠pas ce soir. Son vrai Moi remontait à la surface et c'était quelque chose que Michael n'avait pas besoin de voir.
Enfonçant ses mains dans ses poches, Kane continua de marcher, en une tentative pour ignorer ces satanés espions qui le suivaient. Il se rapprocha d'une partie plus huppée de la ville, et se dirigea vers un côté où l'on comptait une grande majorité de night-clubs. Il avait besoin d'un bon verre et peut-être même d'une petite bagarre pour se remettre les idées en place, et peu importait si cela impliquait de devoir la provoquer lui-même. Les night-clubs fourniraient le breuvage qui lui engourdirait l'esprit, et il lui serait assez facile de localiser un nid de vampires.
Tournant à l'angle d'une rue très peuplée, Kane surprit un doux parfum qui planait dans l'air et s'arrêta, laissant les bruits et lumières de la ville redevenir distincts autour de lui. Il pouvait la sentir tout près, et il parcourut du regard ce qui l'entourait, essayant de déterminer l'endroit où elle se cachait. Il huma profondément l'odeur, avec le désir d'en avoir plus, puis se demanda s'il était masochiste pour se torturer tout seul de cette manière.
Il savait qu'il devait rester loin d'elle depuis qu'il se révélait être un véritable radiophare pour démons, mais son autre Moi argua aussitôt que son âme sÅur se débrouillait très bien toute seule pour se mettre dans le pétrin. Si elle était assez folle pour se risquer dans une zone rouge spéciale démons, alors peut-être qu'il devrait lui rafraîchir la mémoire sur tous les mauvais aspects de cette idée.
Son regard perçant se posa sur un night-club nommé le Silk Stalkings et il fronça les sourcils, car il savait que c'était là que le déchu, Kriss, travaillait comme danseur. Intéressant choix de carrière pour un ange déchu, mais Kane n'était pas du genre à juger. Avec un soupir de résignation, Kane traversa la rue et pénétra dans le night-club pour ramener Tabatha chez elle avant qu'elle ne s'attire encore plus d'ennuis.
Chapitre 2
Tabatha entra dans le Silk Stalkings et regarda autour d'elle. Elle cherchait Kriss... et espérait l'y trouver. Il avait disparu depuis quelques jours et n'avait même pas appelé... et il l'avait évitée encore plus longtemps que ça. Il lui manquait et elle commençait à s'inquiéter. S'il était parti pendant un certain temps par le passé, il l'avait toujours appelée pour lui dire qu'il allait bien.
Le simple fait de le voir lui enlèverait cette peur tenace que Misery l'ait mangé ou enfermé dans une cave quelque part.
Une fois assise à l'une des tables hautes, elle ne quitta pas la scène des yeux, avec l'espoir que Kriss y apparaîtrait pour faire sa performance. Ce ne fut que presque une heure plus tard qu'elle réalisa l'heure et comprit que Kriss serait déjà monté sur scène à l'heure qu'il était. Un serveur passa à côté d'elle et elle lui toucha le bras pour retenir son attention.
« Avez-vous besoin de quelque chose, Mademoiselle ? demanda-t-il.
Tabatha sourit.
â J'espérais que vous pourriez m'aider. Je cherche Kriss Reed. Pouvez-vous me dire à quelle heure il passera ?
Le serveur soupira et secoua la tête.
â Vous êtes la sixième demoiselle à me demander où il est, cette semaine. Malheureusement, il a arrêté de travailler ici depuis un moment, et personne ne l'a revu depuis.
Tabatha reçut la nouvelle comme un coup en plein visage. Un sentiment de désespoir la prit au ventre et elle baissa la tête pour cacher les larmes qui montaient... elle avait perdu son meilleur ami.
â Vous allez bien ? s'inquiéta le serveur à voix basse.
Tabatha leva les yeux vers lui et sourit, séchant ce qui menaçait de ruiner son mascara.
â Ouais, ça va. Mais pourriez-vous me servir un Malibu à l'ananas ?
Le serveur la regarda d'un air interrogateur avant de pousser un soupir et de retourner au bar. Il avait reconnu Tabatha comme étant l'une des plus proches amies de Kriss et en déduisit que ce dernier avait quitté la ville sans la prévenir. C'était tellement dommage... elle semblait être une gentille fille et le départ de Kriss l'avait de toute évidence blessée.
Tabatha sortit son poudrier de sa pochette avec ostentation et vérifia son maquillage. Il était parti sans même dire au revoir... il lui avait promis qu'il ne la quitterait jamais, quand ils étaient partis en Floride avec Devon et Envy. Ils s'étaient même rapprochés depuis son enlèvement... ils avaient été si proches.
â Et voilà , annonça le serveur en posant le verre devant la jeune femme.
Tabatha abaissa son poudrier et leva un visage souriant vers lui.
â Allez-y et commencez à faire l'addition... je vais rester ici un moment.
Le serveur acquiesça et passa entre les tables pour s'assurer que tout se passait bien chez ses autres clients, vérifiant de temps à autre que la nouvelle arrivée ne s'oubliait pas dans l'alcool.
Tabatha vida rapidement son verre et le reposa sur la table. Pourquoi sâinquiétait-elle, d'ailleurs ? Kriss était un ange déchu... il avait mieux à faire que de s'occuper des mortels... et encore moins de ceux qui étaient ses amis. Seigneur, ce qu'elle détestait être d'humeur boudeuse et colérique en même temps... cela la perturbait.
Une nouveau verre fut posé devant elle et elle le but tout aussi rapidement. Environ six verres plus tard, elle était de bonne humeur et pompette. En parcourant la scène du regard, elle fit la moue à la vue d'un nouveau danseur qui arriva sur la scène avec un string argenté et des ailes. Elle se demanda où était passé son Gourou attitré, sur l'épaule de qui elle aimait pleurer quand elle en avait besoin, et plissa les yeux sur le danseur, le détestant pour se moquer inconsciemment d'elle.
â Un dernier avant que je m'en aille ? lança-t-elle au serveur qui restait près d'elle depuis son arrivée.
Le serveur lui fit un doux sourire et secoua la tête.
â Je crois que vous avez assez bu. Voulez-vous que j'appelle un taxi ?
â Non, répondit Tabatha en se relevant et en attrapant son sac. Je veux que vous disiez à Kriss qu'il m'appelle, s'il se souvient de qui sont ses amis.
Bien sûr, elle ne le pensait pas, mais sur le moment elle était tellement en colère contre Kriss... blessée qu'il n'ait pas pris assez en compte leur amitié pour au moins l'avertir de son départ... ou de son enlèvement. En ouvrant son sac, elle sortit son porte-monnaie et essaya de payer les verres qu'elle avait bus mais le serveur secoua de nouveau la tête.
â Votre addition a déjà été payée, dit-il. Maintenant, rentrez chez vous et reposez-vous... je suis sûr qu'il vous rappellera bientôt.
Tabatha sortit ses clefs de voiture de son sac et les laissa tomber par terre.
â Merde ! siffla-t-elle, car elle voulait s'en aller avant de faire quelque chose de stupide, comme par exemple de pleurer en public.
Elle se baissa pour les ramasser, mais une main sortie de nulle part se referma dessus et s'en empara. Le regard de Tabatha remonta de la main jusqu'au bras, puis du bras jusqu'à l'épaule de l'inconnu. Elle écarquilla les yeux quand son regard s'arrêta sur le beau visage de Kane.
â Allez viens, ma belle, dit-il en voyant la façon dont les lumières explosaient comme du verre brisé dans ses yeux au bleu clair. Elle était sur le point d'éclater en sanglots. Il n'était pas le seul à être d'humeur morose ce soir-là , semblait-il. Laisse-moi te ramener chez toi, proposa-t-il.
La lèvre inférieure de Tabatha se mit à trembler alors qu'elle levait les yeux vers lui et elle se laissa aller contre son bras en sentant la force qu'il possédait. Son harceleur grandeur nature était venu pour elle, et pour une fois... elle en était heureuse.
Kane fit un signe de tête au serveur par-dessus celle de Tabatha et la fit sortir du night-club. Il jura intérieurement, car il savait pourquoi elle avait choisi d'entrer dans celui-ci. Elle voulait retrouver cet enfoiré d'ange déchu qui se cachait d'elle.
Kriss se fichait-il de savoir ce que sa négligence avait comme conséquences sur Tabatha ? ou bien s'était-il ajouté à la liste des ennemis potentiels de Tabatha en abandonnant son titre de meilleur ami ? Kane passa un bras autour des épaules de la jeune femme et resserra son autre bras autour d'elle quand elle faillit tomber de ses hauts talons.
â Est-ce que tu l'as vu ? l'interrogea Tabatha en levant les yeux sur le visage de Kane.
Kane secoua tristement la tête.
â Non, je ne l'ai pas vu.
Il se retint de lui dire que la dernière fois qu'il s'était cogné à Dean, il portait sur lui l'odeur de Kriss... le déchu se portait bien.
â Il est parti, enchaîna Tabatha en séchant d'un geste enfantin la larme qui avait réussi à lui échapper. Et si Misery l'avait mangé ?
Kane essaya de ne pas éclater de rire devant sa question, due à son état d'ébriété mais aussi à sa sincérité.
â Misery trouve que le déchu a un goût répugnant, dit-il en répétant les propres mots de Misery.
â Alors pourquoi n'a-t-il pas dit au revoir ? insista Tabatha, les yeux baissés alors qu'ils marchaient vers la voiture.
Kane ne répondit pas alors qu'il aidait Tabatha à s'installer dans son véhicule et contournait le véhicule pour prendre la place du chauffeur. Se déchaînèrent dans son esprit des images de lui-même en train d'arracher ses douces ailes satinées du dos de Kriss, mais Kane les ignora. La vengeance pouvait attendre... pour le moment, il devait ramener son ange gardien personnel sain et sauf à son appartement avant que la porte tournante de son esprit ne s'ouvre sur le retour de son mauvais penchant.
Tabatha resta silencieuse pendant le trajet, le bleu des lumières du tableau de bord éclaboussant d'une douce lueur l'intérieur de la voiture, comme pour autoriser la jeune femme à regarder celui qui conduisait. Elle n'avait jamais vraiment été du genre à refuser un défi et, bien qu'elle tenait l'alcool mieux que personne... les verres l'aidaient à effacer une peur bien enracinée.
Elle tourna lentement la tête et regarda franchement Kane dans les yeux.
â Pourquoi Misery a dit que je t'appartenais ?
Kane tourna aussitôt la tête vers son interlocutrice pour lui lancer un regard dur. Elle n'était pas censée se rappeler l'épisode de cette nuit-là ... il l'avait retiré de ses souvenirs. Comment diable pouvait-elle se rappeler de quelque chose qu'elle était supposée avoir oublié ? Après avoir observé le reflet des phares sur son visage, il reposa les yeux sur la route et fit une embardée juste à temps pour éviter de rentrer dans une voiture qui arrivait en face.
Elle agrippa la poignée de la portière dans un mouvement instinctif quand elle observa la réaction du vampire à sa question, mais finit par changer d'avis. Elle n'était pas assez saoule pour se jeter d'une voiture en marche. Le frisson de peur qui remontait le long de son échine ne fit qu'abaisser son courage au niveau de la stupidité.
â Décide-toi, répliqua Tabatha avec un grand sourire, avant de se reprendre et d'éprouver l'envie de se donner des baffes.
« Merde, pensa-t-elle. C'est ça imbécile, vas-y, énerve le gars aux dents pointues. »
â Tu te souviens de cette nuit-là ? demanda Kane avant de pouvoir s'en empêcher.
â Et alors ? rétorqua-t-elle avant de hausser les épaules. Grande nouvelle, je me souviens. Bon ... l'essentiel, en fait. Peut-être n'es-tu pas aussi doué pour hypnotiser les gens que tu le crois.
â Peut-être que la prochaine fois je ne serai pas aussi gentil, l'avertit Kane, avant de constater qu'elle frissonnait à ces paroles sinistres.
Tabatha plissa les yeux devant l'expression stoïque que le vampire affichait. Comment osait-il insinuer qu'elle bluffait ?
â Bon, avant que tu n'essaies de me laver le cerveau encore une fois, et si tu me donnais la réponse à la devinette de Misery ? interrogea-t-elle en croisant les bras, consciente qu'elle reportait sur Kane sa colère causée par l'abandon de Kriss... une fois encore, peut-être que Kane le méritait.
Pour elle, c'était Kane qui avait mangé Kriss.
â Soit tu m'expliques ce qu'elle a insinué, soit je jure de porter autour du cou un gros cÅur de vache bien juteux pour attirer Misery et lui poser moi-même la question.
Elle lâcha un hoquet de surprise et se retint rapidement au tableau de bord quand Kane braqua brusquement, faisant une embardée jusque de l'autre côté de la route, sur le bord du trottoir. Il pila et glissa sur le remblai, faisant faire à la voiture un 180 ° complet avant de s'arrêter.
Kane planait au-dessus d'elle avant que la voiture ne s'arrête. Tabatha ne put s'empêcher de lever les yeux sur son visage et d'admirer les lignes puissantes de sa mâchoire... ainsi que la couleur améthyste de ses yeux. Son regard glissa sur sa bouche parfaite, et elle se demanda si elle était froide comme la glace ou brûlante comme le feu.
Kane était plus qu'en colère et il avait envie d'étrangler la jeune femme pour avoir seulement pensé à une telle chose. En se mordant la langue, il attendit d'y sentir le rapide et petit flot de sang, avant d'emprisonner la bouche de Tabatha en un baiser brûlant. En temps normal, il aurait tué pour avoir le cran d'agir ainsi... et une fois encore, elle aurait dû être sobre, pour que ce baiser compte. En l'embrassant aussi passionnément à ce moment-là , il désirait seulement lui faire oublier ces idées dangereuses que l'alcool lui avait mises dans la tête.
Chaudes, ses lèvres étaient chaudes, et cette sensation créait un doux tourbillon de plaisir qui descendait jusqu'au cÅur de son être, entre ses cuisses. Tabatha éprouva soudain la peur qui lui avait fait défaut un moment plus tôt. Elle la submergea de ses vagues vengeresses, au point de lui faire dresser les cheveux sur la tête, et à ce moment très précisément, la panique la prit au ventre. Son esprit se concentra sur cette terreur et elle la repoussa de toutes ses forces. Malheureusement, cela eut le même effet qu'une fourmi tentant de soulever une maison.
Kane sentit les mains de la jeune femme pousser contre son torse, mais si ce baiser devait être le dernier, alors il allait le savourer encore un moment. Il mêla son souffle à celui, chaud, de la jeune femme tandis qu'il rendait le baiser plus tendre, pour de nouveau l'approfondir.
Tabatha fut assaillie par la saveur douce et salée du sang de Kane, et le besoin tout-puissant de s'enfouir en lui prit le pas sur sa peur persistante. Ce besoin s'intensifia quand Kane passa une main sous ses hanches et la souleva de son siège, la pressant le plus possible contre lui, autant que le petit espace confiné de la voiture le permettait. Ses cuisses devinrent brûlantes et, avant qu'elle ne puisse s'en empêcher, une de ses mains vola de son torse à l'arrière de sa nuque, pour plonger les doigts dans ses cheveux de neige et les empoigner fermement.
Kane frissonna en la sentant passer ses ongles sur sa peau sensible, ce qui eut pour effet de lui faire tendre les hanches vers elle, et un grognement monta du fond de sa poitrine. Il la désirait... nom d'un chien, il la désirait tellement. Un klaxon de voiture beugla soudain dans leurs oreilles et Kane se rappela tout à coup où ils se trouvaient. Il dut rassembler plus de volonté qu'il ne l'imaginait pour libérer le corps de la jeune femme et se laisser presque retomber sur le siège côté conducteur.
â Déjà sobre ? demanda-t-il. Les muscles de sa mâchoire se crispèrent et ses jointures blanchirent quand il saisit le volant, luttant pour brider son désir.