. .

/ Contes de f?es fran?ais





. .

һ, 2018

Charles Perrault
Le Petit Poucet

Il ?tait une fois[1]1
Il ?tait une fois - ( )


[]
un b?cheron et une b?cheronne qui avaient sept enfants, tous gar?ons.

Ils ?taient fort[2]2
fort :


[]
pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce quaucun deux ne pouvait encore gagner sa vie[3]3
gagner sa vie


[]
. Ce qui les chagrinait encore, cest que le plus jeune ?tait fort d?licat et ne disait mot: prenant pour b?tise ce qui ?tait une marque de la bont? de son esprit[4]4
prenant pour b?tise ce qui ?tait une marque de la bont? de son esprit ,


[]
. Il ?tait fort petit, et, quand il vint au monde, il n?tait gu?re plus gros que le pouce, ce qui fit quon lappelale Petit Poucet.

Ce pauvre enfant ?tait le souffre-douleurs de la maison[5]5
le souffre-douleurs de la maison


[]
, et on lui donnait toujours le tort. Cependant il ?tait le plus fin et le plus avis? de tous ses fr?res, et, sil parlait peu, il ?coutait beaucoup.

Il vint une ann?e tr?s f?cheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens r?solurent[6]6
r?solurent Pass? Simple r?soudre :


[]
de se d?faire de leurs enfants.

Un soir que ces enfants ?taient couch?s, et que le b?cheron ?tait aupr?s du feu avec sa femme, il lui dit, le c?ur serr? de douleur: Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim[7]7
je ne saurais les voir mourir de faim ,


[]
devant mes yeux, et je suis r?solu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien ais?, car, tandis quils samuseront ? fagoter, nous navons qu? nous enfuir sans quils nous voient. Ah! s?cria la b?cheronne, pourrais-tu toi-m?me mener perdre tes enfants! Son mari avait beau[8]8
Son mari avait beau


[]
lui repr?senter leur grande pauvret?, elle ne pouvait y consentir; elle ?tait pauvre, mais elle ?tait leur m?re. Cependant, ayant consid?r? quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.

Le Petit Poucet ou?t tout ce quils dirent, car, ayant entendu, de dedans son lit[9]9
de dedans son lit


[]
, quils parlaient daffaires, il s?tait lev? doucement et s?tait gliss? sous lescabelle de son p?re, pour les ?couter sans ?tre vu. Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant ? ce quil avait ? faire[10]10
songeant ? ce quil avait ? faire ,


[]
. Il se leva de bon matin, et alla au bord dun ruisseau, o? il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint ? la maison. On partit, et le Petit Poucet ne d?couvrit rien de tout ce quil savait ? ses fr?res.

Ils all?rent dans une for?t fort ?paisse, o?, ? dix pas de distance, on ne se voyait pas lun lautre. Le b?cheron se mit ? couper du bois[11]11
couper du bois


[]
, et ses enfants ? ramasser des broutilles pour faire des fagots. Le p?re et la m?re, les voyant occup?s ? travailler, s?loign?rent deux insensiblement, et puis senfuirent tout ? coup par un petit sentier d?tourn?[12]12
par un petit sentier d?tourn?


[]
.

Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent ? crier et ? pleurer de toute leur force. Le Petit Poucet les laissait crier, sachant bien par o? il reviendrait ? la maison[13]13
sachant bien par o? il reviendrait ? la maison ,


[]
, car en marchant il avait laiss? tomber le long du chemin les petits cailloux blancs quil avait dans ses poches. Il leur dit donc: Ne craignez point, mes fr?res; mon p?re et ma m?re nous ont laiss?s ici, mais je vous ram?nerai bien au logis: suivez-moi seulement. Ils le suivirent, et il les mena jusqu? leur maison, par le m?me chemin quils ?taient venus dans la for?t. Ils nos?rent dabord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour ?couter ce que disaient leur p?re et leur m?re.

Dans le moment que le b?cheron et la b?cheronne arriv?rent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix ?cus, quil leur devait il y avait longtemps, et dont ils nesp?raient plus rien. Cela leur redonna la vie[14]14
Cela leur redonna la vie. .


[]
, car les pauvres gens mouraient de faim. Le b?cheron envoya sur lheure sa femme ? la boucherie. Comme il y avait longtemps quelle navait mang?, elle acheta trois fois plus de viande quil nen fallait pour le souper de deux personnes. Lorsquils furent rassasi?s, la b?cheronne dit: H?las! o? sont maintenant nos pauvres enfants! Ils feraient bonne ch?re de ce qui nous reste l?[15]15
Ils feraient bonne ch?re de ce qui nous reste l?. .


[]
. Mais aussi, Guillaume, cest toi qui les a voulu perdre; javais bien dit que nous nous en repentirions. Que fontils maintenantdans cette for?t? H?las! mon Dieu, les loups les ont peut-?tre d?j? mang?s! Tu es bien inhumain davoir perdu ainsi tes enfants!

Le b?cheron simpatienta ? la fin; car elle redit plus de vingt fois quils sen repentiraient, et quelle lavait bien dit. Il la mena?a de la battre, si elle ne se taisait. Ce nest pas que le b?cheron ne f?t peut-?tre encore plus f?ch? que sa femme, mais cest quelle lui rompait la t?te[16]16
Ce nest pas que le b?cheron ne f?t peut-?tre encore plus f?ch? que sa femme, mais cest quelle lui rompait la t?te , , , ,


[]
, et quil ?tait de lhumeur de beaucoup dautres gens[17]17
de lhumeur de beaucoup dautres gens ,


[]
, qui aiment fort que les femmesdisentbien, mais qui trouvent tr?s importunes celles qui ont toujours biendit.

La b?cheronne ?tait tout en pleurs: H?las! o? sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants! Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui ?taient ? la porte, layant entendu, se mirent ? crier tous ensemble: Nous voil?! nous voil?! Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant: Que je suis aise de vous revoir[18]18
Que je suis aise de vous revoir


[]
, mes chers enfants! Vous ?tes bien las, et vous avez bien faim; et toi, Pierrot, comme te voil? crott?, viens que je te d?barbouille. Ce Pierrot ?tait son fils a?n?, quelle aimait plus que tous les autres, parce quil ?tait un peu rousseau, et quelle ?tait un peu rousse. Ils se mirent ? table, et mang?rent dun app?tit qui faisait plaisir au p?re et ? la m?re, ? qui ils racontaient la peur quils avaient eue dans la for?t, en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens ?taient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix ?cus dur?rent[19]19
et cette joie dura tant que les dix ?cus dur?rent ,


[]
.

Mais, lorsque largent fut d?pens?, ils retomb?rent dans leur premier chagrin, et r?solurent de les perdre encore; et, pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la premi?re fois.

Ils ne purent parler de cela si secr?tement quils ne fussent entendus par le Petit Poucet, qui fit son compte de sortir daffaire comme il avait d?j? fait; mais, quoiquil se f?t lev? de grand matin pour aller ramasser de petits cailloux, il ne put en venir ? bout, car il trouva la porte de la maison ferm?e ? double tour. Il ne savait que faire, lorsque, la b?cheronne leur ayant donn? ? chacun un morceau de pain pour leur d?jeuner, il songea quil pourrait se servir de son pain au lieude cailloux, en le jetant par miettes le long des chemins o? ils passeraient: il le serra donc dans sa poche.

Le p?re et la m?re les men?rent dans lendroit de la for?t le plus ?pais et le plus obscur; et, d?s quils y furent, ils gagn?rent un faux-fuyant[20]20
ils gagn?rent un faux-fuyant ,


[]
, et les laiss?rent l?. Le Petit Poucet ne sen chagrina pas beaucoup, parce quil croyait retrouver ais?ment son chemin, par le moyen de son pain quil avait sem? partout o? il avait pass?; mais il fut bien surpris lorsquil ne put en retrouver une seule miette: les oiseaux ?taient venus qui avaient tout mang?.

Les voil? donc bien afflig?s; car, plus ils marchaient, plus ils s?garaient, et senfon?aient dans la for?t. La nuit vint, et il s?leva un grand vent qui leur faisait des peurs ?pouvantables. Ils croyaient nentendre de tous c?t?s que les hurlements de loups qui venaient ? eux pour les manger. Ils nosaient presque se parler, ni tourner la t?te. Il survint une grosse pluie, qui les per?a jusquaux os[21]21
Il survint une grosse pluie, qui les per?a jusquaux os ,


[]
; ils glissaient ? chaque pas, et tombaient dans la boue, do? ils se relevaient tout crott?s, ne sachant que faire de leurs mains.

Le Petit Poucet grimpa au haut dun arbre, pour voir sil ne d?couvrirait rien; ayant tourn? la t?te de tous c?t?s, il vit une petite lueur comme dune chandelle, mais qui ?tait bien loin, par-del? la for?t. Il descendit de larbre, et, lorsquil fut ? terre, il ne vit plus rien: cela le d?sola. Cependant, ayant march? quelque temps, avec ses fr?res, du c?t? quil avait vu la lumi?re, il la revit en sortant du bois.

Ils arriv?rent enfin ? la maison o? ?tait cette chandelle, non sans bien des frayeurs: car souvent ils la perdaient de vue; ce qui leur arrivait toutes les fois quils descendaient dans quelques fonds. Ils heurt?rent ? la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce quils voulaient. Le petit Poucet lui dit quils ?taient de pauvres enfants qui s?taient perdus dans la for?t, et qui demandaient ? coucher par charit?. Cette femme, les voyant tous si jolis, se mit ? pleurer, et leur dit: H?las! mes pauvres enfants, o? ?tes-vous venus? Savez-vous bien que cest ici la maison dun Ogre qui mange les petits enfants? H?las! madame, lui r?pondit le Petit Poucet, qui tremblait de toute sa force, aussi bien que ses fr?res, que ferons-nous? Il est bien s?r que les loupsde la for?t ne manqueront pas de nous manger[22]22
ne manqueront pas de nous manger ,


[]
cette nuit si vous ne voulez pas nous retirer chez vous, et, cela ?tant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange; peut-?tre quil aura piti? de nous si vous voulez bien len prier. La femme de lOgre, qui crut quelle pourrait les cacher ? son mari jusquau lendemain matin, les laissa entrer, et les mena se chauffer aupr?s dun bon feu; car il y avait un mouton tout entier ? la broche[23]23
il y avait un mouton tout entier ? la broche


[]
, pour le souper de lOgre.

Comme ils commen?aient ? se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups ? la porte: c?tait lOgre qui revenait. Aussit?t sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. LOgre demanda dabord si le souper ?tait pr?t, et si on avait tir? du vin[24]24
et si on avait tir? du vin


[]
, et aussit?t se mit ? table. Le mouton ?tait encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il flairait ? droite et ? gauche, disant quil sentait la chair fra?che[25]25
disant quil sentait la chair fra?che ,


[]
. Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens dhabiller, que vous sentez[26]26
Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens dhabiller, que vous sentez. , , , .


[]
. Je sens la chair fra?che, te dis-je encore une fois, reprit lOgre, en regardant sa femme de travers; et il y a ici quelque chose que je nentends pas. En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit. Ah! dit-il, voil? donc comme tu veux me tromper, maudite femme! Je ne sais ? quoi il tient que je ne te mange aussi[27]27
Je ne sais ? quoi il tient que je ne te mange aussi ,


[]
: bien ten prend d?tre une vieille b?te. Voil? du gibier qui me vient bien ? propos pour traiter trois ogres de mes amis, qui doivent me venir voir ces jours-ci.

Il les tira de dessous le lit, lun apr?s lautre. Ces pauvres enfants se mirent ? genoux, en lui demandant pardon; mais ils avaient affaire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien loin davoir de la piti?, les d?vorait d?j? des yeux, et disait ? sa femme que ce seraient l? de friands morceaux, lorsquelle leur aurait fait une bonne sauce.

Il alla prendre un grand couteau; et en approchant de ces pauvres enfants, il laiguisait sur une longue pierre, quil tenait ? sa main gauche. Il en avait d?j? empoign? un, lorsque sa femme lui dit: Que voulez-vous faire ? lheure quil est? naurez-vous pas assez de temps demain? Tais-toi, reprit lOgre, ils en seront plus mortifi?s[28]28
ils en seront plus mortifi?s :


[]
. Mais vous avez encore l? tant de viande, reprit sa femme: voil? un veau, deuxmoutons et la moiti? dun cochon! Tu as raison, dit lOgre: donne leur bien ? souper, afin quils ne maigrissent pas, et va les mener coucher.

La bonne femme fut ravie de joie[29]29
La bonne femme fut ravie de joie


[]
, et leur porta bien ? souper, mais ils ne purent manger, tant ils ?taient saisis de peur. Pour lOgre, il se remit ? boire, ravi davoir de quoi si bien r?galer ses amis. Il but une douzaine de coups de plus qu? lordinaire: ce qui lui donna un peu dans la t?te[30]30
ce qui lui donna un peu dans la t?te


[]
, et lobligea de saller coucher.

LOgre avait sept filles, qui n?taient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce quellesmangeaient de la chair fra?che, comme leur p?re; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu, et une fort grande bouche, avec de longues dents fort aigu?s et fort ?loign?es lune de lautre. Elles n?taient pas encore fort m?chantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient d?j? les petits enfants pour en sucer le sang. On les avait fait coucher de bonne heure, et elles ?taient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne dor sur la t?te.

Il y avait dans la m?me chambre un autre lit de la m?me grandeur: ce fut dans ce lit que la femme de lOgre mit coucher les sept petits gar?ons; apr?s quoi, elle salla coucher elle-m?me dans son lit.

Le Petit Poucet, qui avait remarqu? que les filles de lOgre avaient des couronnes dor sur la t?te, et qui craignait quil ne pr?t ? lOgre quelque remords de ne les avoir pas ?gorg?s d?s le soir m?me, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses fr?res et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la t?te des sept filles de lOgre, apr?s leur avoir ?t? leurs couronnes dor, quil mit sur la t?te de ses fr?res et sur la sienne, afin que lOgre les pr?t pour ses filles, et ses filles pour les gar?ons quil voulait ?gorger. La chose r?ussit comme il lavait pens?: car lOgre, s?tant ?veill? sur le minuit, eut regret davoir diff?r? au lendemain ce quil pouvait ex?cuter la veille[31]31
eut regret davoir diff?r? au lendemain ce quil pouvait ex?cuter la veille , ,


[]
. Il se jeta donc brusquement hors du lit, et, prenant son grand couteau: Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits dr?les; nen faisons pas ? deux fois[32]32
nen faisons pas ? deux fois


[]
.

Il monta donc ? t?tons ? la chambre de ses filles, et sapprocha du lit o? ?taient les petits gar?ons, qui dormaient tous, except? le Petit Poucet, qui eut bien peur lorsquil sentit la main de lOgre qui lui t?tait la t?te, comme il avait t?t? celles de tous ses fr?res. LOgre, qui sentit les couronnes dor: Vraiment, dit-il, jallais faire l? un bel ouvrage; je vois bien que je bus trop hier soir. Il alla ensuite au lit de ses filles, o?, ayant senti les petits bonnets des gar?ons: Ah! les voil?, dit-il, nos gaillards; travaillons hardiment. En disant ces mots, il coupa, sans balancer, la gorge ? ses sept filles. Fort content de cette exp?dition, il alla se recoucher dans sa chambre.

Aussit?t que le Petit Poucet entendit ronfler lOgre, il r?veilla ses fr?res, et leur dit de shabiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin et saut?rent par-dessus la muraille. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir o? ils allaient. LOgre, s?tant r?veill?, dit ? sa femme: Va-ten l?-haut habiller ces petits dr?les dhier au soir. LOgresse fut fort ?tonn?e de la bont? de son mari, ne se doutant point de la mani?re quil entendait quelle les habill?t[33]33
ne se doutant point de la mani?re quil entendait quelle les habill?t , ` (- habiller , )


[]
, et croyant quil lui ordonnait de les aller v?tir. Elle monta en haut, o? elle fut bien surprise, lorsquelle aper?ut ses sept filles ?gorg?es et nageant dans leur sang[34]34
nageant dans leur sang


[]
.

Elle commen?a par s?vanouir, car cest le premier exp?dient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres[35]35
car cest le premier exp?dient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres ,


[]
. LOgre, craignant que sa femme ne f?t trop longtemps ? faire la besogne dont il lavait charg?e, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins ?tonn? que sa femme, lorsquil vit cet affreux spectacle. Ah! quai-je fait l?? s?cria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout ? lheure.

Il jeta aussit?t une pot?e deau dans le nez de sa femme[36]36
Il jeta aussit?t une pot?e deau dans le nez de sa femme


[]
; et, layant fait revenir: Donne-moi vite mes bottes de sept lieues[37]37
mes bottes de sept lieues


[]
, lui dit-il, afin que jaille les attraper. Il se mit en campagne, et, apr?s avoir couru bien loin de tous les c?t?s, enfin il entra dans le chemin o? marchaient ces pauvres enfants, qui n?taient plus qu? cent pas du logis de leur p?re. Ils virent lOgre qui allait de montagne en montagne, et quitraversait des rivi?res aussi ais?ment quil aurait fait le moindre ruisseau. Le Petit Poucet, qui vit un rocher creux proche du lieu o? ils ?taient, y fit cacher ses six fr?res et sy fourra aussi, regardant toujours ce que lOgre deviendrait. LOgre, qui se trouvait fort las du long chemin quil avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer; et, par hasard, il alla sasseoir sur la roche o? les petits gar?ons s?tait cach?s.

Comme il nen pouvait plus de fatigue, il sendormit apr?s s?tre repos? quelque temps, et vint ? ronfler si effroyablement, que les pauvres enfants neurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le Petit Poucet en eut moins de peur, et dit ? ses fr?res de senfuir promptement ? la maison pendant que lOgre dormait bien fort, et quils ne se missent point en peine de lui[38]38
et quils ne se missent point en peine de lui [--]


[]
. Ils crurent son conseil, et gagn?rent vite la maison.

Le Petit Poucet, s?tant approch? de lOgre, lui tira doucement ses bottes[39]39
lui tira doucement ses bottes


[]
, et les mit aussit?t. Les bottes ?taient fort grandes et fort larges; mais, comme elles ?taient f?es[40]40
comme elles ?taient f?es


[]
, elles avaient le don de sagrandir et de sappetisser selon la jambe de celui qui les chaussait; de sorte quelles se trouv?rent aussi justes ? ses pieds et ? ses jambes que si elles eussent ?t? faites pour lui.

Il alla droit ? la maison de lOgre, o? il trouva sa femme qui pleurait aupr?s de ses filles ?gorg?es. Votre mari, lui dit le Petit Poucet, est en grand danger; car il a ?t? pris par une troupe de voleurs, qui ont jur? de le tuer sil ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment quils lui tenaient le poignard sur la gorge, il ma aper?u et ma pri? de vous venir avertir de l?tat o? il est, et de vous dire de me donner tout ce quil a de vaillant, sans en rien retenir, parce quautrement ils le tueront sans mis?ricorde. Comme la chose presse beaucoup il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voil?, pour faire diligence[41]41
pour faire diligence


[]
, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je suis un affronteur.

La bonne femme, fort effray?e, lui donna aussit?t tout ce quelle avait; car cet Ogre ne laissait pas d?tre fort bon mari,quoiquil mange?t les petits enfants. Le Petit Poucet, ?tant donc charg? de toutes les richesses de lOgre, sen revint au logis de son p?re, o? il fut re?u avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui ne demeurent pas daccord de cette derni?re circonstance, et qui pr?tendent que le Petit Poucet na jamais fait ce vol ? lOgre; qu? la v?rit? il navait pas fait conscience de lui prendre ses bottes[42]42
? la v?rit? il navait pas fait conscience de lui prendre ses bottes


[]
de sept lieues, parce quil ne sen servait que pour courir apr?s les petits enfants. Ces gens-l? assurent le savoir de bonne part[43]43
Ces gens-l? assurent le savoir de bonne part ,


[]
, et m?me pour avoir bu et mang? dans la maison du b?cheron. Ils assurent que lorsque le Petit Poucet eut chauss? les bottes de lOgre, il sen alla ? la cour, o? il savait quon ?tait fort en peine dune arm?e[44]44
il sen alla ? la cour, o? il savait quon ?tait fort en peine dune arm?e , , ,


[]
qui ?tait ? deux cents lieues de l?, et du succ?s dune bataille quon avait donn?e. Il alla, disent-ils, trouver le roi et lui dit que, sil le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de larm?e avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme dargent sil en venait ? bout[45]45
sil en venait ? bout


[]
. Le Petit Poucet rapporta des nouvelles, d?s le soir m?me; et, cette premi?re course layant fait conna?tre, il gagnait tout ce quil voulait; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres ? larm?e; et apr?s avoir fait pendant quelque temps le m?tier de courrier, et y avoir amass? beaucoup de bien, il revint chez son p?re, o? il nest pas possible dimaginer la joie quon eut de le revoir. Il mit toute sa famille ? son aise. Il acheta des offices de nouvelle cr?ation[46]46
Il acheta des offices de nouvelle cr?ation


[]
pour son p?re et pour ses fr?res; et par l? il les ?tablit tous, et fit parfaitement bien sa cour en m?me temps.

1. :


; ; ; -- , ; ; ; , ; ; ; ; ; ; , ; ; ; ; ; ; , , .


2. :

on lui donnait toujours le tort; je suis r?solu de les mener perdre demain au bois; il emplit ses poches de petits cailloux blancs; des fagots; la boucherie; cest toi qui les a voulu perdre; il la mena?a de la battre; ramasser; les oiseaux ?taient venus qui avaient tout mang?; hurlements de loups; Il survint une grosse pluie; ses fr?res; c?tait lOgre qui revenait; il r?veilla ses fr?res, et leur dit de shabiller promptement; le roi lui promit une grosse somme dargent; la joie.


3. :


Petit __________________________________________________________________________________

Se taire __________________________________________________________________________________

Pauvre __________________________________________________________________________________

Permettre __________________________________________________________________________________





: 1 2