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Les cinq sous de Lavar?de

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Voyant un ?tranger dans son jardin, elle ne put r?primer un cri deffroi. Le Parisien la d?visagea. C?tait une gentille brunette au teint ros?. Sa camisole blanche, son jupon court et surtout le fer ? repasser quelle tenait ? la main, disaient sa profession: blanchisseuse.

Son parti fut vite pris. Il sinclina respectueusement, se d?couvrit et de lair le plus aimable:

Mademoiselle, dit-il, ce jardin est merveilleux, on y voit m?me des fleurs anim?es.

Elle baissa les yeux, un vague sourire flottant sur ses l?vres tr?s rouges. Le compliment lavait rassur?e.

Cest un suppliant qui vous adresse la parole, continua Lavar?de sans avancer dun pas. Charmante, vous devez ?tre bonne, et prendre en piti? un pauvre gar?on que les fatalit?s de la politique ont enferm? chez vous.

La politique, dit-elle avec une r?elle stup?faction?

Oui, mademoiselle, ajouta-t-il avec un aplomb formidable.

Et il pensa ? part lui:

Mon Dieu! Pourvu que cet enfant-l? ne comprenne rien au jeu de nos institutions parlementaires!

Il raconta une histoire invraisemblable:

Compromis dans une conspiration qui avait pour but de renverser le minist?re, on voulait larr?ter pour avoir des papiers dangereux. Il s?tait heureusement souvenu dun gracieux visage entrevu un jour ? la f?te patronale de la ville et il venait lui demander asile jusqu? la chute du jour.

Heureusement, la fillette ?tait na?ve autant que d?me po?tique; sauver un conspirateur daspect avenant lui parut h?ro?que; au fond m?me elle ?tait enchant?e de jouer ce r?le de Providence, et ce ne fut qu? la nuit close quelle lui permit de partir en lui souhaitant un bon voyage, apr?s avoir constat? par ?crit lheure de son d?part, sans trop comprendre pourquoi:

Sans encombre, Lavar?de d?passa les derni?res maisons de la ville et se trouva en rase campagne. ? sa gauche, les signaux lumineux du chemin de fer guidaient sa marche. Il ?tait certain de ne pas s?garer en r?glant son itin?raire sur les disques.

Et pourtant ce raisonnement, si logique en apparence, lui fit perdre sa route. Il ne saper?ut pas quil quittait la ligne de Paris pour celle de Saint-Florentin ? Troyes; si bien quau matin, un paysan quil interrogea lui apprit quil avait fait une vingtaine de kilom?tres en pure perte.

C?tait d?solant. La journ?e du 23 commen?ait. Et par suite de lincident survenu ? Tonnerre, le journaliste se rendait compte du danger de se pr?senter dans une gare. On pouvait avoir t?l?graphi? dans la r?gion. Son signalement, assur?ment fourni par M. Jean, ?tait entre les mains des gendarmes. Il fallait compter surtout sur ses jambes.

Seulement les lieues inutilement parcourues dans la nuit provoquaient une certaine lourdeur des membres ambulatoires Mais d?sesp?rer n?tait pas le genre de Lavar?de.

Courageusement, il poursuivit son ?tape. Un fermier auquel il r??dita lhistoire dun record ? pied sans argent, lui offrit ? d?jeuner et certifia la chose.

Un autre lui donna place dans sa charrette et le voitura pr?s de quatre lieues.

? la nuit, le pi?ton harass? sendormit dans une grange, apr?s avoir d?vor? un morceau de pain. La station de Joigny ?tait proche.

Le jour venu, il se rendit dans cette ville et r?da autour de la gare. Mais un employ? le regarda de travers.

On dirait lhomme de Tonnerre, grommela-t-il.

Avant que le doute de lagent se f?t transform? en certitude, Armand jugea prudent de d?guerpir. Il commen?ait ? douter du succ?s. Le lendemain avant six heures du soir, il devait ?tre ? Paris, rue de Ch?teaudun, sous peine de perdre tout droit ? lh?ritage de son cousin. Et cent soixante kilom?tres lui restaient ? franchir.

Tout le jour, il marcha d?sesp?r?ment. Mais l?tape forc?e de la veille pesait sur lui. La n?cessit? d?viter les villes au moyen de longs d?tours ralentissait sa course.

Avec cela, pour toute nourriture, il ne prit quune jatte de lait et un cro?ton que lui octroya une paysanne.

? la nuit tomb?e, il ?tait en vue de Sens; mais ses genoux pliaient sous lui. Au coin dun petit bois, deux hommes en blouse avaient allum? un feu. De leurs bissacs, pos?s ? terre, ils tiraient des tranches de pain, charit? des chaumi?res.

Le jeune homme vint ? eux, se soutenant ? peine.

Je nai pas dargent, leur dit-il, je suis las et jai faim.

Assieds-toi et mange, r?pondit un des personnages dune voix enrou?e, nous sommes des roulants. On va de ville en ville pour avoir de louvrage, on sait ce que cest quavoir lestomac vide. Voil? du pain et tout ? lheure, tu prendras ta part des pommes de terre qui cuisent sous la cendre et de la chopine de vin quest dans ma gourde.

Les pauvres gens partageaient ce quils poss?daient. Avec eux, Armand navait pas eu besoin dimaginer un conte. Il lui avait suffi de prononcer ces mots:

Jai faim.

Tandis quil se livrait ? ces r?flexions philosophiques, tout en cassant une cro?te, les deux hommes avaient repris leur conversation interrompue.

Tu disais tout ? lheure que tu pariais pour Chapurzat?

Oui, je le disais: vingt sous quil arrive le premier.

Tope l?. Moi, je tiens pour Serront.

Vingt sous!

Vingt sous.

Tiens, questionna le journaliste, vous pariez sur quoi donc?

Ben, sur la grande course de bicyclettes organis?e par le Petit Journal entre Lyon et Paris, les coureurs partent ce soir de la place Bellecour.

Et apr?s un silence, lhomme ajouta dun air entendu:

Il y a des champions s?rieux. Serront a gagn? la course de Brest et Chapurzat a battu le record de H?lurs. ?a sera disput?.

Lavar?de admira ce roulant si au fait du sport v?locip?dique.

Mais les pommes de terre ?taient cuites. Il re?ut sa part, but un coup de vin et sallongea par terre ? c?t? de ses compagnons.

Il se r?veilla frais et dispos. Les ouvriers furent ahuris, lorsquil les pria de certifier quils lui avaient accord? lhospitalit? de la belle ?toile; mais il leur serra la main de si vigoureuse fa?on quils le regard?rent s?loigner sur la route de Sens en disant:

Je ne sais pas ce que cest, mais cest un zig.

Armand filait dun pas ?lastique vers la cit? s?nonaise. Il allait jouer son va-tout. Le soir m?me, ? six heures, on lattendrait chez ma?tre Panabert, dont l?tude ?tait distante de Sens denviron trente lieues.

? tout prix il fallait se procurer un v?hicule plus rapide que les jambes humaines. Il ny avait plus ? barguigner. Au risque d?tre arr?t? il prendrait le chemin de fer.

? neuf heures du matin, il atteignait Sens et se faisait indiquer lemplacement de la gare. Renseign?, il se lan?a dans les rues de la ville. Tout ? coup, un cri le cloua sur place:

Monsieur Lavar?de!

Il leva les yeux et demeura stup?fait. Mlle P?n?lope Bouvreuil ?tait devant lui. Plus s?che, plus anguleuse que jamais, la fille de lusurier lui souriait.

Ah! reprit-elle, dire que depuis un an, jattends votre retour ici.

Vraiment! fit Armand, pour dire quelque chose.

Il cherchait comment il pourrait se d?barrasser de cette amante tenace.

Si vous saviez comme jai ?t? heureuse, quand papa ma t?l?graphi? de Messine. Jarrive. Lavar?de renonce au testament. Jai pens? aussit?t je puis l?pouser faire son bonheur.

Vous ?tes bien aimable, fit machinalement le jeune homme.

En vain mon p?re me r?p?tait: Ce monsieur Armand nest pas un parti pour toi. Je sentais en moi-m?me quil se trompait. Javais raison, puisque vous voici vous ?tes venu, enfin!

Le journaliste serrait les poings en ?coutant ce discours:

Et monsieur Bouvreuil? demanda-t-il.

Vous jouez de malheur; il est parti pour Paris tout ? lheure. Je viens de laccompagner ? la gare; il va chez le notaire, ma-t-il dit Mais cela ne fait rien. Venez ? la maison. Il sera bien content de vous trouver ? son retour, ce soir.

C?line, elle passait sa main sous le bras du jeune voyageur, qui au mot de notaire avait commenc? de rager.

Vous lavez fait courir ce pauvre papa, ajouta la tendre P?n?lope. Figurez-vous que le m?decin la menac? dune congestion sil reprenait sans transition ses habitudes s?dentaires dautrefois. Il lui a prescrit un vigoureux exercice quotidien. Si bien quil a achet? une bicyclette et que tous les jours, il simpose trois ou quatre heures de p?dales.

Sapristi, laissa ?chapper le voyageur!

Vous dites?

Il changea incontinent de ton et de mani?res

Que je suis impardonnable. Je vous tiens debout au milieu de la rue. Acceptez mon bras, je vous prie, et conduisez-moi vers la maison o? vous avez r?v? de me donner le bonheur.

P?n?lope ne se fit pas r?p?ter linvitation. Sa main s?che agrippa le bras dArmand et dun pas rapide elle entra?na le futur de son choix. Les pieds de la jeune personne ne touchaient pas la terre.

Elle avait des ailes!

En quelques minutes on atteignit lhabitation Bouvreuil. Une coquette maison pr?c?d?e dune cour ferm?e par une grille ouvrag?e. ? droite et ? gauche se trouvaient l?curie et la remise. Mlle Bouvreuil montra la premi?re:

Cest l? quest le cheval de papa sa bicyclette.

Elle riait de sa plaisanterie.

Voyons le cheval, riposta gaiement Lavar?de.

Oh! Il est tr?s joli, nickel?, muni de pneus, avec tous les derniers perfectionnements Il est superbe.

Armand ouvrait la porte et, pour examiner le v?locip?de, le tirait dans la cour.

Et il se tient l?-dessus? fit-il apr?s un moment.

Tr?s bien.

Cela doit ?tre horriblement difficile.

Il para?t que non.

En parlant, le Parisien enfourchait le bicycle, mais lappareil penchait ? droite, ? gauche, aussit?t quil tentait de poser les pieds sur les p?dales. P?n?lope sesclaffait. Son amoureux prit une mine froiss?e.

Ici, dans cette cour pav?e, cest impossible Sur une route jy arriverais.

Essayez, la chauss?e de la rue est en terre.

Armand sortit et recommen?a ses essais. Zigzaguant, manquant de tomber ? chaque pas, il s?loignait insensiblement. Et debout sur le trottoir, P?n?lope se tenait les c?tes.

Soudain elle demeure comme p?trifi?e, la bouche ouverte. Parvenu ? trente ou quarante m?tres delle, son fianc? avait brusquement et solidement saut? en selle, la machine conservait son ?quilibre.

Monsieur Lavar?de, clama la fille du propri?taire!

Lautre se retourna.

Je vais rejoindre votre p?re, je vous renverrai le v?lo ce soir par chemin de fer.

Sur ces mots, il se prit ? p?daler avec un tel entrain quil disparut avant que labandonn?e fut revenue de sa surprise.

Alors Armand commen?a une course folle. Pench? sur le gouvernail, il allait t?te baiss?e, sentant avec une sorte divresse la route glisser sous ses roues. Il traversait les hameaux, les villages, sans un arr?t, sans un regard aux comm?res qui, du seuil des maisons, s?tonnaient de la fougue de ce cycliste.

? Champagny, il vint donner dans une troupe de v?locip?distes. Des exclamations se crois?rent, cris de surprise, en des inflexions ahuries.

Il ny prit pas garde. Gagn? par la griserie de la vitesse, il laissa le groupe en arri?re, sans voir les gestes anim?s des promeneurs.

Mais en arrivant pr?s de Montereau, Lavar?de croisa un jeune homme mont? sur une bicyclette et dont la culotte courte, le maillot, la petite casquette ronde disaient assez la passion pour le sport v?locip?dique. Celui-ci eut aussi un Ah! de stupeur. Mais, plus curieux que les pr?c?dents, il ?volua et se lan?a ? la poursuite du journaliste, quil rejoignit dans la ville.

Comment! cest vous, d?j?? fit-il en marchant sur la m?me ligne.

Sans lever la t?te, Armand r?pliqua:

Oui, cest moi.

Bravo! courage. Ils ne vous rattraperont jamais. Je vais t?l?graphier ?a cest tout ? fait ?tonnant.

Que va-t-il t?l?graphier? bougonna le Parisien p?dalant toujours.

Les kilom?tres succ?daient aux kilom?tres. Par moment le jeune homme ?prouvait des crampes dans les jambes.

Il ralentissait alors son allure et pr?tait quelque attention au paysage forestier. Dans un de ces repos relatifs, un poteau dress? sur un c?t? de la route, lui fournit cette indication.

Fontainebleau, 1 kil. 200 m.

Devant lui, la chauss?e s?tendait ? travers bois, toute droite jusquaux premi?res maisons de la ville. Un mouvement bizarre se produisait l?. Des gens allaient et venaient. En approchant, Armand constata quune table ?tait dress?e sur le trottoir.

Des messieurs, la boutonni?re orn?e dun flot de rubans multicolores, se tenaient immobiles. Mais ? larriv?e du voyageur, ils se pr?cipit?rent vers lui:

Arr?tez-vous un instant.

Je nai pas le temps.

Vous prendrez bien un verre de champagne?

Cela volontiers.

Une fl?te dAy mousseux lui rendit sa vigueur premi?re. Il reprit sa course.

Je ne comprends rien ? ce qui se passe mais quimporte. Le champagne ?tait bon.

? Melun, cest autre chose: avec force politesses, on le supplie de prendre du chocolat. Il accepte encore, toujours sans sexpliquer ces gracieuset?s.

Et ainsi, tout le long de la route, du th?, du cognac, des cordiaux.

Ces gens sont fort aimables, mais le diable memporte si je comprends pourquoi ils sint?ressent tant ? moi.

De lieue en lieue, des bicyclistes laccompagnent, fendant lair devant lui. Toute la France semble comprendre son d?sir datteindre Paris.

? quatre heures, il fait une entr?e triomphale ? Charenton, et l?, d?guste un excellent consomm? agr?ment? de boulettes de blanc de poulet.

Ne vous trompez pas de chemin dans Paris, lui crie un cycliste.

Et il lui donne un itin?raire de rues aboutissant au Petit Journal.

Juste ? lentr?e de la rue de Ch?teaudun, pense Armand Qui donc a dit ? ce jeune homme que jallais chez le notaire?

Presque ? la m?me heure, sir Murlyton et miss Aurett suivaient la rue Lafayette ? Paris, se rendant pour la cinqui?me fois de la journ?e, chez ma?tre Panabert.

Leurs visites pr?c?dentes les avaient remplis dinqui?tude. Aucune nouvelle n?tait parvenue au notaire, depuis la lettre dat?e de Livourne. Aussi le gentleman ?tait-il grave et sa fille un peu triste.

Ils marchaient c?te ? c?te, sans ?changer une parole. Quauraient-ils dit? Sinon que labsence de leur ami leur paraissait inexplicable. Lui, si adroit, comment n?tait-il pas encore arriv?, comment navait-il pas donn? signe de vie?

? la hauteur de lh?tel du Petit Journal, les Anglais furent arr?t?s par la foule. On se pressait sur les trottoirs, on discutait. Les fen?tres de lh?tel ?taient garnies de curieux.

M. Figard, organisateur de la course v?locip?dique de Lyon-Paris, se montrait partout. Tant?t ? une crois?e, tant?t dans la rue, il parlait avec de grands gestes. Tout en lui trahissait leffarement.

Non! Cest invraisemblable, r?pondait-il aux nerveuses interrogations des badauds. Ce nest pas possible! Ils ont quitt? Lyon hier soir, aucun ne saurait encore ?tre si pr?s de Paris Il y a erreur ou fausse alerte.

Comme pour railler sa juste appr?ciation, sur limmense ?cran dispos? sur lentablement du premier ?tage un gar?on du journal appliquait une pancarte qui souleva les acclamations des assistants. Elle portait ces mots:

Le premier est signal? ? Charenton, on ne sait pas son nom.

Sir Murlyton et Aurett s?loign?rent en haussant les ?paules. Ils ne se doutaient pas que tout ce bruit ?tait provoqu? par leur ami, mont? sur la machine de Bouvreuil.

? l?tude de ma?tre Panabert, ils ne virent pas Armand mais seulement le propri?taire radieux.

Jai voulu constater de visu, la d?faite de mon gendre, dit-il avec un sourire victorieux.

Depuis Messine, il lui appliquait de nouveau ce titre. En quittant lh?tel de la Glorieuse Italie, o? il s?tait rendu pendant que le gentleman d?livrait sa fille avec le concours des Malouins, lusurier s?tait rendu rue Capranica. Il y avait trouv? son complice, r?lant, le cr?ne fracass?, et avait vite devin? la sc?ne. Ne se souciant, ni de se trouver en pr?sence de lAnglais, ni davoir maille ? partir avec la police, il avait abandonn? Jos? et ?tait rentr? en France. ? Sens, il avait d?clar? ? P?n?lope que le journaliste ne serait jamais envoy? en possession de son h?ritage, il en ?tait persuad? lui-m?me; mais le matin du 25 mars, une crainte mal d?finie lavait saisi.

Le voyage de Paris en chemin de fer une simple plaisanterie pour un homme arrivant de Chine n?tait pas pour larr?ter. Il le fit. Aussi, dans le cabinet du notaire, Bouvreuil manifestait hautement sa joie.

Quand je me suis m?l? de quelque chose, disait-il, gonfl? de vanit?, ?a a toujours r?ussi. Je nai jamais fait une mauvaise affaire, moi.

Sans le saluer, le p?re et la fille sassirent, attendant.

Cinq heures sonn?rent.

Et tout ? coup un brouhaha monta de la rue. Dix secondes n?taient pas ?coul?es que le timbre de lentr?e r?sonna. Des pas rapides frapp?rent le plancher de l?tude. La porte du cabinet souvrit et Lavar?de couvert de poussi?re parut sur le seuil. Trois cris salu?rent son apparition.

Lavar?de! Lui! Ah!

Le jeune homme eut un doux regard ? ladresse dAurett; puis il sapprocha de ma?tre Panabert.

Ce jourdhui, 25 mars, ? cinq heures, cest-?-dire en gagnant une heure sur le d?lai fix? par feu mon cousin Richard, jai accompli le tour du monde en ne d?pensant que vingt-cinq centimes. Jusqu? Messine, sir Murlyton, ici pr?sent, me contr?lait; ? partir de ce point, voici des certificats qui ?tablissent lemploi de mon temps. Veuillez v?rifier, ma?tre Panabert. Un mot cependant. ? Sens, ce matin, jai pris un v?locip?de; je nai aucun papier le prouvant, mais demain les journaux en parleront; cest, je crois, suffisant.

Puis, pendant que le notaire feuilletait les constatations, il se tourna vers lusurier et, un peu narquois, bien que tr?s poli:

Mademoiselle P?n?lope ma pr?t? votre bicyclette. Elle est excellente. On me la garde en bas, vous pouvez la reprendre Vous remercierez bien mademoiselle votre fille de ma part.

Tout cela est parfaitement en r?gle, d?clara le notaire; mes compliments, monsieur, lh?ritage est ? vous Un d?tail seulement, en votre absence, mon cher monsieur, des cr?anciers vous ont poursuivi. Votre concierge se souvenant de mon adresse est venue me consulter. Et moi, certain que vous voudrez bien me conserver votre client?le, jai pris la libert? de faire porter ici tous les papiers timbr?s, prot?ts, jugements, commandements, saisies, etc., afin de proc?der au r?glement d?s votre retour.

Le journaliste se prit ? rire.

Je nai quun seul cr?ancier, cest monsieur Bouvreuil. Il avait rachet? toutes les cr?ances et les avait confi?es ? des huissiers divers, ? ce que je vois.

Dame! vingt liasses au moins de papier timbr? font une somme de frais de douze mille francs au moins.

Vous remettrez le compte ? monsieur cest lui qui r?gle cela, ainsi quen fait foi l?criture que voici

Il pr?sentait la quittance compl?te et d?finitive remise par lusurier pr?s de Szegedin. Le p?re de P?n?lope poussa un sourd grognement.

Tout est liquid?, reprit joyeusement le jeune homme. Apr?s les satisfactions damour-propre, donnons-en une ? lamour pur.

Et sinclinant devant le gentleman:

Mon cher ennemi, dit-il dune voix ?mue, jai lhonneur de vous demander la main de mademoiselle votre fille.

Et moi, mon cher ami, s?cria lAnglais en le serrant dans ses bras jai le grand plaisir de vous laccorder.

Aurett s?tait lev?e, rougissante. Armand embrassa la blonde fille dAlbion.

All right! fit Murlyton, et maintenant que la question conjugale est trait?e avec monsieur Lavar?de, jen ai une autre ? r?gler avec monsieur Bouvreuil ici pr?sent.

Avec moi? susurra le propri?taire dun ton aimable.

Avec vous-m?me, monsieur; quand vous avez, ? Messine, s?questr? ma fille, jai jur? de vous corriger la premi?re fois que je vous rencontrerais.

Me corriger?

Oui. Je tiens parole.

Et le poing de lAnglais, lanc? violemment en avant, frappa, avec un bruit mat, le visage de lusurier. D?cid?ment, ce jour-l?, Bouvreuil navait pas fait une bonne affaire. Cest Lavar?de qui lavait faite en trouvant tout ensemble la fortune et le bonheur.

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