..

Le sergent Simplet

( 43 43)



Apr?s avoir franchi deux portes gard?es par des goumiers et travers? une cour int?rieure, les captifs furent pouss?s par leurs gardiens dans une salle dune richesse incomparable. Des vitraux de couleur formaient le plafond, laissant filtrer un jour myst?rieux. Les murs semblaient de dentelles, tant ils ?taient surcharg?s de ciselures et darabesques. Des ?toffes pr?cieuses masquaient les portes. Et tout au fond se d?tachant sur une panoplie d?tendards verts du proph?te, lagha, assis sur un tapis turc recouvrant une estrade ?lev?e de trois marches, se d?tachait nettement en ses v?tements blancs constell?s de broderies.

Le chef de lescorte sapprocha du puissant arabe et lui parla ? voix basse. Alors, scandant bien les syllabes, lagha pronon?a en excellent fran?ais:

Serviteur d?vou? de la France, je dois en toutes circonstances faire respecter ses lois. Marcel Dalvan, Claude B?rard, Yvonne Ribor approchez.

Les jeunes gens firent un pas en avant. Aussit?t des Arabes les saisirent et leur pass?rent les menottes avec une dext?rit? quenvierait plus dun de nos bons gendarmes.

Vous ?tes mes prisonniers, continua lagha. D?s demain vous serez dirig?s vers le Nord, afin d?tre remis aux autorit?s fran?aises.

Puis sadressant ? miss Diana, qui demeurait l?, p?trifi?e par ce coup de tonnerre:

Vous, mademoiselle, vous ?tes libre ainsi que vos serviteurs. Excusez mes guerriers sils vous ont arr?t?e en m?me temps que les coupables; cest quils navaient point la facult? de discerner les bons des mauvais. Par mes soins, la diffa festin vous sera offerte, et vous quitterez la casbah, charg?e de pr?sents destin?s ? effacer m?me le souvenir de laventure f?cheuse dont vous f?tes victime.

Sur ces mots, lagha fit un signe. Yvonne et les sous-officiers furent entra?n?s au dehors, tandis quun secr?taire du chef dOuargla conduisait respectueusement lAm?ricaine ? la salle du banquet. En traversant la cour, Diana se trouva face ? face avec Canet?gne. Elle eut un mouvement de r?pulsion, mais se dominant elle lui demanda:

Monsieur Canet?gne, quavez-vous fait dAntonin Ribor?

Sous lhorreur de la question, le commissionnaire chancela, ses traits se d?compos?rent, et il r?pondit dune voix ? peine intelligible:

C?tait une ruse de guerre. Je ne lai jamais rencontr?.

Puis il s?loigna, la t?te basse, le dos courb?, murmurant avec lobstination des meurtriers ? se trouver une excuse:

Apr?s tout, je navais pas le choix. Lui ou moi. Jai pens? ? moi, cest la lutte pour la vie, cest le struggle for life.

Indice de son trouble, lAvignonnais en arrivait ? parler anglais.

XXXIX. LA COUR DASSISES

La ville de Lyon ?tait en rumeur. Une foule compacte stationnait aux abords du Palais de Justice, huant les privil?gi?s qui, munis de cartes, pouvaient entrer dans la salle o? allait ?tre rendu le jugement sur laffaire Canet?gne-Ribor.

Oh! cette affaire passionnait la population si indiff?rente dordinaire, aux menus faits proc?duriers.

La presse sen ?tait empar?e. Les reporters avaient interwiev? miss Diana, Sagger, Sourimari, Canet?gne. En articles sensationnels, ils avaient racont? ce que les voyageurs leur avaient appris, agr?mentant le r?cit de leur fantaisie personnelle. Par une mixture savante, ils avaient orn? les extraits du dictionnaire g?ographique de Vivien de Saint-Martin de r?veries fantastiques emprunt?es aux conteurs des Mille et une Nuits.

Puis chacun, selon ses impressions, son temp?rament, avait pris parti.

Les uns avaient soutenu M. Canet?gne, ce n?gociant aust?re et progressiste, en butte aux entreprises de ma?tres chanteurs tellement habiles, quils avaient surpris la bonne foi de la richissime Am?ricaine Gay-Gold-Pretty.

Dautres, au contraire, adoptant la version des sous-officiers, promettaient une prime exceptionnelle ? qui trouverait trace du ch?que photographi?.

Les fausses nouvelles se croisaient. Les plaisantins des deux h?misph?res confiaient aux t?l?graphes terrestres ou sous-marins les d?p?ches les plus contradictoires.

Antonin Ribor avait ?t? vu le m?me jour ? Calcutta, ? Buenos-Ayres, au Cap et ? Sydney.

Laffaire avait pris les proportions dun obs?dant myst?re. Le public sarrachait les ?ditions successives des feuilles quotidiennes, commentait les t?l?grammes, discutait les cablogrammes. Pas une feuille o? lon ne sentretint de lissue probable du proc?s Canet?gne contre Ribor. Celui-l? ?veillant les sympathies des notables, personnages influents, jugeant avec moins de logique que dautorit? du haut de leur fortune faite. Ceux-ci d?fendus par la jeunesse et par le peuple, toujours dispos?s ? accabler le capital. Bref, les cinq cent mille habitants du chef-lieu du Rh?ne se divisaient en deux fractions les Canet?gnards et les Riboristes aussi ennemies que les Capulets et les Montaigus. Aussi ennemies nest pas une exag?ration, car des Juliettes, filles de Canet?gnards, virent leur main inexorablement refus?e ? des Romeos Riboristes. Des rixes ?clataient dans les rues. Pour un peu, les deux camps, dont lun ignorait tout et dont lautre ne savait rien, en seraient venus aux mains.

Devant cette effervescence, le tribunal s?tait d?cid? ? mettre les bouch?es doubles.

Linstruction ancienne de M. Rennard fut reprise, rapidement compl?t?e, et le samedi 18 mai 1895, les prisonniers Yvonne Ribor, Marcel Dalvan et Claude B?rard furent extraits de leur prison et conduits au Palais de Justice.

Lheure de lexpiation avait sonn?, ainsi que l?crivait un publiciste dans lun des organes les plus importants de la cit?.

On juge de l?motion de la population lyonnaise.

La salle ?tait bond?e. Tout ce que la ville comptait de notabilit?s se trouvait rassembl? dans l?troit espace mis ? la disposition du public. On se pressait, on se bousculait, d?montrant ainsi jusqu? l?touffement la compressibilit? du corps humain. Une rumeur sourde flottait dans lair. N?gociants, fonctionnaires, membres du barreau au grand complet poursuivaient lirritante discussion, ? laquelle le verdict du tribunal allait mettre fin.

Puis un grand silence plana sur lassembl?e.

Escort?s de gendarmes, les pr?venus venaient sasseoir sur le banc dinfamie. Tous les regards se fix?rent sur eux avec une avide curiosit?.

Yvonne ?tait bl?me. Sa robe noire, tr?s simple, faisait encore ressortir la p?leur de son teint. Ses yeux rougis indiquaient les larmes vers?es, les angoisses subies.

Claude aussi semblait abattu. Seul, Simplet conservait son air habituel. Une ride profonde entre les sourcils d?celait seule sa pr?occupation.

Du regard il fouilla la salle. Au premier rang des spectateurs il reconnut miss Diana Pretty, accompagn?e de William Sagger et de la maorie Sourimari. Il leur adressa un sourire et les d?signa ? ses co-accus?s.

Aux heures de d?sespoir, la plus l?g?re marque dint?r?t acquiert une valeur inestimable. La pr?sence de lAm?ricaine r?conforta Yvonne et Claude. Ils se souvenaient des mille preuves daffection quelle leur avait donn?es tandis que prisonniers, trait?s ainsi que des malfaiteurs, ils revenaient dOuargla en France.

Des goumiers les avaient conduits, par la vall?e de lOued Rihr et le Chott lac Melrirh, ? Biskra. L?, ils avaient ?t? remis aux mains des spahis qui sont les gendarmes alg?riens. ? partir de ce point ils avaient ?t? transport?s par le chemin de fer. Par Batna, El-Guerrah, le Kroubs, Souk-Ahras, ils avaient atteint Tunis.

? travers les fen?tres du wagon, prison roulante, ils avaient aper?u les montagnes escarp?es de lAur?s, couvertes de for?ts de ch?nes-li?ge; sous les feuill?es sombres r?sonnaient les rugissements des lions et des panth?res. Plus loin, les plaines qui entourent Constantine ?taient apparues un instant, puis la r?gion montueuse du Kroubs, de Souk-Ahras, et enfin le convoi avait fil? ? toute vapeur au milieu des vall?es fertiles de la Tunisie. ? chaque halte, ? chaque transbordement, miss Pretty ?tait l?. Aux prisonniers, elle envoyait des fruits, des fleurs; plus que cela encore: la parcelle d?me affectueuse dont les vaincus sont avides.

? Tunis, elle avait visit? ses amis dans leur prison. Elle avait pris passage sur le navire qui les emportait vers Marseille. Lembarquement avait eu lieu le matin, et dans l?blouissement de la rade de la Goulette bord?e de villas, de lancien port de Carthage qui faillit tuer notre civilisation latine, elle s?tait montr?e aux sous-officiers, ? Yvonne, comme une f?e bienfaisante, comme limage vivante de lesp?rance.

? Marseille, les voyageurs malgr? eux ?taient entr?s dans le port du Commerce, le jour m?me o? linventeur de g?nie qui a nom Goubet exp?rimentait devant une foule enthousiaste son nouveau torpilleur sous-marin. Profitant de laffluence des spectateurs, Diana avait r?ussi ? joindre les captifs, ? leur serrer la main.

Maintenant elle venait parmi le public hostile, en face des juges pr?venus, dire ? ceux qui allaient ?tre condamn?s:

Je suis l?. Dans cette salle daudience il est quelquun qui jamais ne doutera de vous; quelquun qui vous honore et vous aime.

La voix indiff?rente dun huissier annon?a:

Messieurs de la Cour.

Les magistrats parurent et prirent place.

Les d?bats de laffaire sensationnelle allaient commencer. Le pr?sident, M. Lousteyrie, renomm? pour son habilet? ? embrouiller les accus?s, proc?da rapidement ? linterrogatoire des pr?venus. Puis on passa ? laudition des t?moins. Lattention redoubla dans la salle. M. Canet?gne fut introduit.

Dans une d?position filandreuse, lAvignonnais parut s?vertuer ? innocenter Yvonne. Elle avait vol?, c?tait vrai, il ?tait bien oblig? de lavouer; mais il attribuait surtout son crime aux mauvais conseils. Depuis, du reste, il avait ?pous? la jeune fille ? Ha?phong. Elle ?tait sa femme. Or, dapr?s la loi, entre conjoints le vol nexiste pas.

Des murmures approbateurs soulign?rent les principaux passages de ce discours. On savait gr? au commissionnaire de plaider les circonstances att?nuantes. Aussi la surprise fut-elle vive quand Yvonne se leva et interrompant le t?moin:

Je naccepte pas la piti? de cet homme. ? l?poque o? il maccusa de vol, faussement, je le jure, je n?tais pas sa femme. Mon mariage, conclu par ruse, par surprise, n?tait pas c?l?br? encore. Si je dois ?tre punie dun crime que je nai pas commis, je sollicite la rigueur des lois. La prison est moins honteuse ? mes yeux que lexistence aux c?t?s de cet homme qui, maintenant encore, avec une piti? hypocrite, maccable de son faux t?moignage.

Le Pr?sident arr?ta laccus?e:

Asseyez-vous, mademoiselle. Songez que si vous repoussez lindulgence du tribunal, vous frappez du m?me coup vos complices: deux sous-officiers estim?s de leurs chefs, bien not?s, qui par une aberration ?trange vous ont aid?e ? ?chapper ? la justice.

Bah! murmura Marcel assez haut pour ?tre entendu. On ne peut pas condamner B?rard; linstruction a ?tabli quil navait pris aucune part ? l?vasion dYvonne.

Vous dites? clama M. Lousteyrie furieux de rencontrer des pr?venus qui semblaient tenir ? obtenir le maximum.

Je dis, M. le Pr?sident, quil vaut mieux ?tre nimporte o?, quaupr?s dun ?tre abhorr?. Ma s?ur de lait sait que lhymen est annul? si lun des conjoints est frapp? dune peine afflictive et infamante. Elle pr?f?re la prison ? la pr?sence de M. Canet?gne. Je lui donne raison. Je ferai m?me un peu de cellule, pour vous d?cider ? obtemp?rer ? son d?sir.

Le public riait. Vraiment laffaire prenait une tournure originale.

De son c?t? Canet?gne, interloqu? par la brusque sortie dYvonne, regagnait le banc des t?moins en grommelant cette phrase ? effet:

Vraiment! Cest ? d?go?ter de faire le bien!

Bah! M. Canet?gne, riposta Simplet. Ce d?go?t-l?, vous laviez de naissance.

Pour couper court ? lincident, le pr?sident ordonna de faire entrer le t?moin suivant, Mlle Doctrov?e, de la maison Canet?gne et Cie.

Languleuse personne parut. Depuis le d?part dYvonne, elle semblait encore avoir maigri, r?alisant ainsi un tour de force r?put? impossible. Son engelure nasale rutilait sous un chapeau dun bleu tendre. Pour se pr?senter devant le tribunal, la vieille fille avait soign? sa mise. Dazur v?tue, ses mains osseuses cach?es par des gants gris perle, ses oreilles en plats ? barbe allong?es par de lourds pendants, tout en elle trahissait son d?sir de faire sensation. Elle dut ?tre satisfaite, car un murmure salua son apparition. Il est vrai quil ?tait ironique.

Invit?e par M. Lousteyrie ? dire ce quelle savait, Doctrov?e paraphrasa de sa voix acide la d?position de lAvignonnais.

Marcel se pencha vers Mlle Ribor.

Ils se sont donn? le mot, murmura-t-il, il faut la faire changer de ton.

Tu ne pourras pas. Elle est si fine.

Mais si. Cest simple comme bonjour. La col?re d?range les combinaisons les mieux ourdies.

? ce moment, la s?che cr?ature disait dun ton emphatique:

Certes, cette jeune personne a mal reconnu les bont?s de M. Canet?gne, mais ainsi que ce n?gociant dune probit? ?prouv?e, je pense quelle a agi sous linfluence de conseils funestes

Mlle Doctrov?e, fit Simplet en se levant.

Asseyez-vous! rugit le Pr?sident.

Pardon, une simple question au t?moin:

Et r??ditant la plaisanterie qui nagu?re exasp?rait le complice du commissionnaire, Marcel, le sourire sur les l?vres, la bouche en c?ur, demanda:

Mademoiselle Doctrov?e, avez-vous vu le mar?chal Ney?

Un ?clat de rire hom?rique secoua la salle. Non, jamais on navait vu accus?s aussi joyeux.

Eh bien! continua paisiblement Dalvan, il est avec son ami Pif de la Mirandole. Tous deux s?tonnent quune demoiselle qui na pas pu trouver d?poux, se donne tant de peine pour river au poignet dune autre la cha?ne du mariage.

Du coup les assistants se p?m?rent. Cen ?tait trop. Mlle Doctrov?e passa du blanc au rouge, du rouge au violet; le bout de son nez prit une teinte incandescente.

Les yeux inject?s, la voix sifflante, elle chargea Yvonne.

Certainement M. Canet?gne avait bien tort de sapitoyer sur son ex-caissi?re. Il ?tait impossible de rencontrer jeune fille plus fausse, plus autoritaire, plus rev?che.

Impossible nest pas fran?ais, souligna Simplet. La preuve en est ais?e. Quelquun veut-il pr?ter un miroir au t?moin?

Les rires redoubl?rent, et M. Lousteyrie indign?, d?bord?, clama:

Je pr?viens les personnes pr?sentes que je vais faire ?vacuer la salle.

Et le silence r?tabli, le magistrat pr?cipita le d?fil? des t?moins. Les employ?s de Canet?gne qui ignoraient tout, le gendarme Cobjois, qui se souvenait seulement davoir dormi deux jours lors de l?vasion de Mlle Ribor, quelques autres comparses aussi peu int?ressants, d?fil?rent devant le tribunal. Laudition de ces personnages termin?e, la parole fut donn?e au Minist?re public.

Ah! il ne fut pas tendre pour les pr?venus. Apr?s avoir fait une peinture ?mouvante de l?tat d?me de M. Canet?gne, ce n?gociant mod?le, portant haut le drapeau commercial de la France jusquau fond des colonies les plus ?loign?es, de ce commissionnaire, orgueil de la cit? lyonnaise, si d?vou? ? Mlle Ribor, quil navait pas craint de lui donner son nom afin de lui ?viter la juste punition de ses fautes, le magistrat conclut par cette ?loquente p?roraison:

Il est temps, messieurs, de r?agir contre le scepticisme de cette fin de si?cle, qui met une coquetterie, un dilettantisme dangereux ? railler toutes les institutions sociales. Vous venez dassister au spectacle profond?ment d?courageant daccus?s narguant la r?pression l?gale. Il ne faut pas quils fassent ?cole, ces nouvellistes ? la main du crime. Frappez-les sans piti?. En pareil cas, lindulgence serait plus que de la faiblesse; elle serait la n?gation du principe dautorit?, la d?sorganisation de la magistrature; elle pr?luderait ? lagonie dune soci?t? que vous avez la mission glorieuse et ardue de prot?ger.

Apr?s cette violente apostrophe, laffaire semblait entendue. Le d?fenseur des pr?venus, d?sign? doffice par le tribunal, se leva dun air d?courag?. Il d?clara que lattitude de ses clients le mettait dans limpossibilit? de plaider en leur faveur.

Les juges, les jur?s allaient se retirer pour d?lib?rer, quand un huissier sapprocha de lavocat et lui remit un papier. ? peine le d?fenseur y eut-il jet? les yeux que son visage sillumina. Comme m? par un ressort, il se dressa tout dune pi?ce et ?tendant le bras vers les juges qui d?j? quittaient leurs si?ges:

Messieurs, dit-il, un mot encore. Monsieur le Pr?sident, en vertu de votre pouvoir discr?tionnaire, je vous demande dentendre un t?moin qui na pas ?t? cit?.

Un silence de mort plana aussit?t sur lassistance. Lhuissier porta ? M. Lousteyrie le billet re?u ? linstant par la d?fense. Les traits du magistrat exprim?rent la surprise; il conf?ra avec les autres membres du tribunal et enfin pronon?a ces mots:

Faites entrer le t?moin.

Une minute s?coula. La porte qui avait successivement livr? passage ? Canet?gne, Doctrov?e, Cobjois, souvrit de nouveau, et sur le seuil parut un jeune homme p?le, marchant avec difficult? en sappuyant au bras dun robuste guerrier Targui, drap? dans son long burnous blanc.

Deux cris r?sonn?rent:

Mon fr?re!

Antonin!

Les accus?s ?taient debout, tendant les bras au t?moin. Et presque aussit?t une voix chevrotante, affol?e, inconsciente g?mit:

Les morts reviennent! Le spectre! chassez le spectre!

C?tait Canet?gne ?perdu, hagard, qui saisi dune terreur superstitieuse se trahissait lui m?me. Antonin lentendit:

Oui, monsieur Canet?gne. Antonin Ribor, que vous avez fait assassiner au Bir-el-Gharama, a ?t? recueilli par le cheik Hoggar Mokh?dem-el-Djebel ici pr?sent. Il arrive ? temps pour vous emp?cher de d?shonorer sa s?ur.

Puis dune voix vibrante dont la salle enti?re frissonnait, le jeune homme raconta le crime, la d?couverte de son corps par les Touareg, les soins gr?ce auxquels il avait pu triompher du mal. Ensuite son retour ? Ouargla, sous lescorte de son sauveur, sa stupeur en apprenant de lagha larrestation dYvonne, de Marcel et dun inconnu du nom de B?rard.

Assassin, M. Canet?gne lest, fit-il en terminant. Mais il est aussi faussaire, voleur, et il a menti ? la justice en accusant ma s?ur. Oui, il mavait souscrit un ch?que de soixante-dix-huit mille francs. Oui, je lai fait photographier au moment de mon d?part. Seulement, arriv? ? Marseille, sur le point de membarquer, je confiai l?preuve photographique ? un ami chez qui je lai reprise au retour. Cette ?preuve la voici.

Des applaudissements unanimes ?clat?rent. Sur lordre de M. Lousteyrie, lAvignonnais fut arr?t? s?ance tenante, tandis que, sans d?lib?ration pr?alable, les magistrats renvoyaient acquitt?s Yvonne et ses amis.

Alors Mlle Ribor se jeta dans les bras de son fr?re enfin retrouv? et Simplet s?cria:

Si lun des ?poux est frapp? dune peine afflictive et infamante, le mariage est d?clar? nul de plein droit. Cest simple comme bonjour. Tu es libre, petite s?ur.

La jeune fille lui tendit la main et avec un accent impossible ? rendre:

Non, Simplet, jai un ma?tre. Il ma appris le d?vouement, le courage, labn?gation. Aussi je lui confie mon bonheur!

Quelques semaines plus tard, lAvignonnais ?tait gratifi? de vingt ann?es de travaux forc?s, et Mlle Doctrov?e, sa complice en fuite, condamn?e par d?faut ? huit ans de r?clusion. Marcel, avec largent qui lui restait et le produit de la vente des p?pites et diamants rapport?s de la Guyane ? bord du Fortune, rachetait la maison de commission qui prenait pour raison sociale A. Ribor, Marcel Dalvan et Cie.

Au bout dune ann?e, attente l?gale impos?e par le Code, trois mariages furent c?l?br?s le m?me jour, ? Lyon, au milieu dun immense concours damis et de curieux. Claude B?rard ?pousait Diana gu?rie de sa misanthropie; Sagger, consol? du pass? fatal, donnait son nom ? la maorie Sourimari, charmante en ses v?tements de fianc?e. Enfin Simplet devenait le mari dYvonne.

? sa boutonni?re, on remarquait une brochette compos?e de toutes les d?corations fran?aises.

En effet, ? la L?gion dhonneur obtenue ? Madagascar, aux m?dailles militaire et de sauvetage conquises ? Paknam et ? Papeete, ?taient venues se joindre la m?daille coloniale et lordre du M?rite agricole. La premi?re, sur la proposition du capitaine Fernet, qui, gr?ce au sous-officier, avait pu devancer les Allemands aupr?s du sultan du Baghirmi et traiter avec ce souverain; la seconde, sur un rapport de lagha dOuargla, duquel il r?sultait que le jeune homme, en semant le betna autour du puits de l?l?phant avait dot? le sud Alg?rien dune plante fourrag?re sup?rieure ? toutes les esp?ces existantes.

Enfin, utilisant ses loisirs, le voyageur avait mis en ordre ses souvenirs dont ce livre est une adaptation.

Juste r?compense de ce labeur litt?raire, Simplet ?tait officier dacad?mie.

.
( ). , .

rtf, mobi, fb2, epub, txt ( 14 )