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Le sergent Simplet

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B?rard, Marcel et le Hova se regard?rent:

Que faire? murmura ce dernier tout pensif.

Marcel sourit:

Parbleu! ?trangler ce coquin.

Mais demain, on nous demandera compte

De cet acte de justice. Demain, nous ne serons plus ici.

Comment?

Nous allons partir ? linstant, apr?s avoir garrott? solidement notre ennemi. Ne perdons pas de temps. Il faut quau lever du soleil nous soyons loin de ce village.

Le jeune homme parlait avec calme. Le sorcier se m?prit ? cette tranquillit?. Il pensa que lon se rendait ? sa requ?te, et cauteleux, seffor?ant de donner ? sa face rus?e une expression aimable, il sapprocha du groupe.

Dois-je te faire le salut damiti?? dit-il. Tu es le chef, puisque ceux-ci te consultent. ? toi de r?pondre.

Le sous-officier le consid?ra, une lueur dans ses yeux bleus.

Ma r?ponse, la voici.

Dun croc-en-jambe il envoya le Betsileo rouler sur le plancher. En lespace dun ?clair, le voleur fut de nouveau charg? de liens, r?duit ? limpuissance, b?illonn?.

Ses regards ?tincelants, ses sourcils agit?s de brusques contractions trahissaient seuls sa rage. Rapidement, chacun reprit ses armes et quitta la cabane o? se d?battait le sorcier ?cumant.

Le village dormait. Sans encombre, la petite troupe d?passa les derni?res cases et s?lan?a dans la campagne.

Guide-nous vers la passe de Vatomasina, ordonna Marcel ? Roum?vo.

Non. Tu as dit au chef du village que telle ?tait ta direction. Au soleil levant, on se mettra ? notre poursuite de ce c?t? et nous serions atteints avant le soir, car les guerriers marcheront plus vite que ma s?ur blanche.

Alors tu penses?

Que le mieux est dincliner vers le sud-ouest, quitte ? nous rabattre dans deux ou trois jours vers loc?an Indien.

Ton conseil est sage, allons.

Dans les pas du courrier, les voyageurs travers?rent les champs cultiv?s aux abords du village, et bient?t ils se trouv?rent dans la brousse. Mais l?, ils durent ralentir leur allure. Des fourr?s ?pineux les arr?taient ? chaque instant, les obligeant ? de longs d?tours.

Et chaque fois le Tsimando vomissait un torrent dimpr?cations, chose facile pour lui, car la langue hova en foisonne.

Il existe s?rement un sentier, r?pondit-il ? une question de B?rard. Si pr?s des habitations, il est inadmissible que le fourr? soit imp?n?trable. Si nous avions la chance de le d?couvrir, nous ferions, avec moins de fatigue, un chemin double. Mais il ny faut pas compter. En plein jour, peut-?tre, arriverions-nous ? nous diriger; mais la nuit, avec un horizon born?, je nose lesp?rer.

Ce pronostic d?sagr?able devait se r?aliser. Durant des heures, on erra ? travers le d?dale des buissons, et ce fut seulement lorsque les premiers rayons du soleil dissip?rent lombre que le courrier trouva le sentier. Yvonne ?tait ext?nu?e. Son fr?re de lait parla de faire halte. Mais le Tsimando, ?tendant son bras vers le nord, pronon?a ce seul mot:

Regarde.

Le jeune homme ob?it.

? deux kilom?tres ? peine, d?passant le voile du brouillard matinal, les toitures du village betsileo apparaissaient. Pour parcourir cette faible distance, les voyageurs avaient employ? toute la nuit. Et la marche fut reprise, silencieuse, attrist?e.

Chacun sentait le danger proche. Ils comprenaient que le temps perdu dans la brousse pouvait amener dirr?parables malheurs. Cependant les arbustes devenaient plus clairsem?s; une plaine nue, rocailleuse succ?dait, et au centre s?levait une colline isol?e, aux flancs d?nud?s, et couronn?e dun bouquet darbres. Roum?vo d?signa la hauteur:

Nous nous reposerons l?.

Cest juste. En cas de poursuite, nous aurons lavantage de la position. Trois hommes r?solus tiendraient contre une troupe nombreuse de l?-haut.

Un aboiement lointain fit expirer la parole sur ses l?vres.

Un chien! murmura-t-il.

Pressons-nous! s?cria le courrier.

Pourquoi?

Les Betsileos ont lanc? un chien ? notre piste, jen ai peur.

Ah! b?gaya Yvonne toute p?le.

Un second aboiement, plus rapproch? cette fois, passa dans lair.

Plus de doute, reprit le Tsimando. En avant! Il faut ? tout prix atteindre le sommet de la colline avant que nos ennemis nous aient rejoints.

Si je restais en arri?re pour abattre le chien? demanda Claude.

Non, il est tenu en laisse, les guerriers laccompagnent. Cest la coutume des tribus betsileos.

Bien avant les arm?es dEurope, les sauvages de Madagascar avaient compris quel parti on peut tirer, au point de vue militaire, du flair des chiens et sen servaient comme ?claireurs. Les aboiements ne discontinuaient plus; la piste ?tait trouv?e. Sans chercher ? se dissimuler, les fugitifs s?lanc?rent au pas de course dans la direction du monticule.

XV.LE FADY

L?l?vation unique, se dressant au milieu de la plaine aride, avait un aspect singulier. On e?t dit deux troncs de c?nes superpos?s, formant ? mi-hauteur une corniche circulaire. Sur les flancs, pas une pousse verte, et sur le plateau sup?rieur, un ?pais bouquet darbres. Tout en courant, la petite troupe faisait ces remarques. La route ?tait difficile; partout des ?clats de pierre, brillants, coupants.

Du cristal de roche? remarqua Marcel.

Roum?vo acquies?a du geste. C?tait un des gisements communs dans le massif central.

Glissant, haletante, Yvonne allait comme les autres, encourag?e par son fr?re de lait, soutenue dans les passages difficiles. Rencontrait-elle un obstacle ? franchir, dinstinct elle cherchait son bras, et ce, jamais en vain. Il veillait sur elle, toujours pr?t ? laider; il semblait que pour lui les difficult?s nexistaient pas. Ils approchaient du but. Cent m?tres ? peine les s?paraient de l?minence quand, ? lautre extr?mit? de la plaine, les ennemis d?bouch?rent du taillis. Un hurlement avertit les fugitifs quils ?taient d?couverts.

Comme cingl?s par un coup de fouet, ils pr?cipit?rent leur allure, arriv?rent au pied de lescarpement. Sans prendre le temps de souffler, ils commenc?rent lascension. La pente ?tait rapide; la terre calcin?e glissait sous les pieds. Ils montaient toujours.

Tout ? coup, la voix joyeuse de Marcel s?leva:

Regardez donc ces moricauds!

Tous se retourn?rent. Dans la plaine, les Betsileos avaient fait halte. Form?s en groupe, ils discutaient, montrant la hauteur avec de grands gestes.

Ils se disent que la redoute sera difficile ? enlever, d?clara le Marsouin.

Probablement. Profitons toujours de ce r?pit pour gagner le plateau.

La mont?e fut reprise aussit?t. En peu dinstants, Yvonne et ses compagnons se hiss?rent au sommet de la colline, et prirent pied sur un plateau couvert dherbes et ombrag? par quatre ou cinq arbres aux proportions gigantesques.

Cette prairie mesurait une cinquantaine de pas dans tous les sens. Au centre, un bassin naturel d?versait son trop plein sous forme dun ruisselet qui courait sous lombrage, jusquau bord du plateau oppos? ? celui par lequel ?taient arriv?s les voyageurs.

Ce coin verdoyant, au milieu de la plaine br?l?e, sexpliquait par la pr?sence de cette source. Les Fran?ais, apr?s la course folle quils venaient de fournir, ?prouvaient un v?ritable bien-?tre ? se trouver sous lombre fra?che. D?j? ils se penchaient sur la fontaine, trempant leurs mains dans leau transparente. Une exclamation de Roum?vo les fit sursauter. Immobile au pied dun arbre, lair d?sol?, le Hova figurait une statue de la douleur. Marcel courut ? lui. Quavait-il? Do? venait son d?sespoir?

Ah! fr?re, murmura le courrier, nous avons commis le crime contre les esprits de la mort.

Diable! fit le sous-officier en riant, et quel crime?

Cette montagne est fady; nul pied humain ne devait fouler son sol.

Fady? Quest-ce que fady?

Cela signifie que la montagne est sacr?e; sans doute elle sert de s?pulture ? un grand chef.

Et alors?

En la gravissant, nous avons ?t? sacril?ges.

Philosophiquement, Dalvan secoua les ?paules:

?a vaut encore mieux qu?tre aux mains des Betsileos. Du reste, il ny a que le premier pas qui co?te, et si les noirs nous attaquent, je leur ferai tomber sur la t?te le tombeau du grand chef.

Puis changeant de ton:

? quoi reconnais-tu que cette colline est fady?

? ceci.

Roum?vo d?signa un b?ton de bois rouge plant? en terre pr?s du tronc de larbre. ? la partie sup?rieure, la forme dun coq se profilait, et sur les faces des entailles entre-crois?es figuraient ces lignes.

Tu sais ce que signifient ces signes?

Non, r?pliqua Roum?vo. Jadis, lorsque tous les Malgaches adoraient Zenahari, les pr?tres ?crivaient ainsi. Mais la tradition sest perdue. Aujourdhui le sens de ces lettres nous ?chappe. On pense seulement que ceci est la formule qui place un lieu sous la garde du soleil.

Parfait! Nous occupons donc un terrain plac? sous la garde de Ph?bus et, par bonheur, gard? de lui par un ?pais ombrage. Visitons notre propri?t?.

Dun regard, le jeune homme sassura quaucun danger imm?diat ne mena?ait ses amis du c?t? de la plaine. Les Betsileos continuaient leurs discours. Ils ne s?taient pas rapproch?s.

Tranquille sur ce point, Marcel poursuivit lexploration de son domaine. Quelques enjamb?es le conduisirent ? lendroit o? le ruisseau, quittant la surface plane, descendait en cascade la pente du coteau. Un cri dadmiration appela ses compagnons aupr?s de lui, et tous demeur?rent muets devant le spectacle qui soffrait ? eux. Leau avait creus? le flanc de l?minence et bondissait, de marche en marche, sur un escalier transparent que les rayons du soleil piquaient de feux multicolores. C?tait une succession de degr?s de diamant. Partout des lueurs, partout des ?tincelles, donnant aux voyageurs l?blouissement dun conte des F?es r?alis? par la nature.

Cristal de roche, dit encore Marcel.

Le mot expliquait les apparences. Sous la morsure du courant, la terre avait ?t? entra?n?e, laissant le roc ? nu; et ce roc, poli par lincessante caresse de la chute, ?tait de cristal.

Sur chaque bord, de hautes herbes, des lianes fleuries formaient un rempart imp?n?trable de verdure. Plus loin dans la plaine, une bande verte indiquait le cours du ruisseau et allait rejoindre une for?t ?paisse, dont les cimes ondulaient ainsi quune mer jusquaux confins de lhorizon.

Comme cest beau! fit Yvonne.

Ses compagnons neurent pas le temps de lui r?pondre.

Aux armes! cria Roum?vo. Ils approchent.

Les Fran?ais install?rent la jeune fille aupr?s de la source et vinrent se poster ? la limite du plateau.

Le courrier avait dit vrai. Les Betsileos s?taient form?s suivant une grande ligne, ainsi que des tirailleurs, et dans cet ordre, ils savan?aient sans h?te vers la colline Fady.

Ah ??? demanda Dalvan, est-ce quils oseront violer le mont consacr? au soleil? Lhistoire de Roum?vo mavait rassur?, mais maintenant, je vois bien que la pi?t? des Mad?casses est une l?gende.

Puis il adressa un sourire ? son revolver et attendit.

Que font-ils donc? reprit-il apr?s un instant, quelle singuli?re man?uvre!

? trente pas du monticule, le centre de la ligne ennemie s?tait arr?t? et les ailes op?raient, chacune en sens inverse, une conversion qui devait les amener en contact.

Ils forment le cercle autour de notre bastion. Auraient-ils lintention de nous attaquer de tous c?t?s ? la fois?

Le sous-officier devenait soucieux:

La pente est raide, fit-il encore, mais nous sommes trois contre une centaine dhommes. Il en arrivera toujours la moiti? sur le plateau. Sapristi! cest trop! beaucoup trop!

Il tourna la t?te vers lendroit ou il avait laiss? Yvonne.

Elle navait pas boug?, mais ses yeux ne quittaient pas Marcel. Les regards des jeunes gens se rencontr?rent. Une seconde ils demeur?rent ainsi, hypnotis?s, ?prouvant au c?ur comme une br?lure, puis tous deux abaiss?rent leurs paupi?res.

Eh bien non! grommela Dalvan, il nen arrivera pas la moiti? de ces Betsileos, il nen arrivera pas un.

Et avec un frisson:

Il ne faut pas quils semparent dYvonne je la tuerais plut?t.

Il se tut brusquement. Une expression ?tonn?e se peignit sur son visage. Tout bas, comme sil e?t eu honte de son aveu.

Est-ce que je laimerais comme une fianc?e, elle, ma s?ur de lait? Je me sens devenir fou ? la pens?e quelle serait captive de ces sauvages! Eh! eh! peut-?tre bien.

Froidement il reprit par r?flexion:

Cest une complication cela Elle est ma s?ur de lait, elle a de lamiti? pour moi; mais elle na pas lid?e de m?pouser. Donc, si elle sapercevait de ma sottise, elle serait froiss?e Cest bien simple, elle ne la saura pas.

Son ton devint douloureux:

Oh! oui, cest bien simple! Je la verrai chaque jour, je lui rendrai lhonneur et apr?s ah! apr?s, il faudra m?loigner, dispara?tre voil? le coup dur Au diable les Betsileos qui me font faire ces r?flexions-l?!

Lennemi avait achev? son mouvement. Un cercle de guerriers entourait la colline Fady.

Mais ils ne paraissaient pas vouloir proc?der ? une attaque de vive force. Tous prenaient leurs dispositions pour camper.

Saprelotte! s?cria B?rard post? ? droite de Simplet, cest un blocus en r?gle. Ils veulent nous prendre par la famine.

La famine! alors rien ? craindre, repartit ce dernier.

Nous navons aucune provision.

Dans nos poches, cest vrai, mais sur les arbres

Et du doigt Simplet montrait des boules vertes se balan?ant ? lextr?mit? des branches. Ils ?taient ? lombre darbres ? pain.

Le vivre et le couvert, d?clara joyeusement Marcel, nous allons ?tre ici comme des coqs en p?te. Des repas succulents. Comme menu: pommes de larbre ? pain; comme liquide, eau de source hygi?nique et rafra?chissante. Un blocus, ah! la bonne id?e. Jai lu dans un certain Hom?re quil y eut autrefois une ville du nom de Troie, dont le si?ge dura dix ans. Le si?ge de cette butte sera plus long encore, ? moins que nous ne trouvions un moyen de fausser compagnie ? ces estimables moricauds.

Toute sa belle humeur ?tait revenue. Les Betsileos respectaient le Fady. Donc, rien ? craindre pour les voyageurs, tant quils occuperaient le plateau. Roum?vo lui-m?me partagea cette conviction.

Il abandonna son poste de combat, et sinstalla aupr?s de la fontaine avec un soupir de satisfaction. Peut-?tre songeait-il en s?tendant sur lherbe ?paisse, en respirant lair rafra?chi par le voisinage de la source, que les assistants devaient griller dans la plaine sans ombre et sans eau. De grand app?tit tous d?jeun?rent. Les baies de larbre ? pain furent d?clar?es exquises. Puis d?s?uvr?s, les assi?g?s firent la sieste.

La nuit vint sans amener aucun changement ? leur situation. Seulement, ? linstant fugitif du cr?puscule, le cercle dinvestissement se resserra, enceignant de plus pr?s la colline. Les Betsileos ne voulaient pas l?cher leur proie. Marcel avait suivi leurs mouvements avec attention. Les noirs n?taient plus qu? dix pas de l?minence.

Claude! appela-t-il doucement.

Que veux-tu?

Ces Malgaches nous tracassent, nous nallons pas les laisser tranquilles.

Si nous avions des fusils, cela irait tout seul; mais nos revolvers ne porteraient pas jusquau bas de la pente.

Aussi, je te propose de descendre.

Tu dis?

Nous nous trouvons dans un fort admirable, puisque les assi?geants nen tenteront pas lassaut. Nous sommes donc assur?s dy trouver un refuge, Tu le disais toi-m?me, nous manquons de fusils ou plut?t jen ai un, mon remington de la l?proserie, sans cartouches, h?las! Prenons-en ? nos ennemis, et alors nous les obligerons bien ? ?largir le cercle.

Yvonne navait rien entendu. Les sous-officiers se lev?rent sans bruit et travers?rent le plateau. Au moment de sengager sur la descente, ils pr?t?rent loreille. Aucun bruit ne montait de la plaine. Il semblait que la troupe betsileo se f?t ?loign?e. Mais ce calme ?tait trompeur. Une pierre d?tach?e sous le pied de lun des Fran?ais roula sur le flanc du coteau. Aussit?t un cliquetis dacier r?sonna dans la nuit.

Ils sautent sur leurs armes, souffla Dalvan ? loreille de son compagnon. Ils veillent.

Le silence s?tait r?tabli. Sans doute, les indig?nes, comprenant le motif de leur alerte, avaient repris leur somme interrompu. Lentement, posant le pied ? terre avec des pr?cautions infinies, les Fran?ais saventur?rent sur la pente. Comme des ombres ils se rapprochaient de leurs adversaires, retenant leur haleine, tremblant d?veiller lattention. Parfois des pierrailles filaient avec un bruissement de pluie sur les vitres.

Et durant de longues minutes, aplatis sur le sol, les jeunes gens nosaient bouger. Enfin, rassur?s par le calme qui les environnait, ils repartaient, arr?t?s bient?t par une nouvelle chute de pierres. Cependant ils avan?aient. ? leurs yeux apparaissait la surface noire de la plaine. Familiaris?s avec lobscurit?, ils distinguaient des taches plus sombres.

Au-dessous deux, ? quelques m?tres, un guerrier ?tait plac? en sentinelle. Appuy? sur son fusil, la t?te pench?e, il semblait ?couter; se d?fiant de ses yeux, il sen rapportait ? son ou?e.

Ce fut le salut pour les assi?g?s; sans cela, lhomme les aurait aper?us. Marcel se laissa glisser encore un peu, et dun bond de tigre, se trouva ? c?t? du Betsileo. Lui fracasser la t?te dun coup de revolver, lui arracher sa cartouchi?re et son fusil, tout cela fut fait dans lespace dun ?clair. Des d?tonations press?es indiquaient que Claude ne restait pas les bras crois?s.

Radieux, Dalvan se disposa ? regagner sa retraite, mais il se sentit retenu par sa blouse de chasse. Il se retourna. Une forme obscure ?tait accroupie derri?re lui. Un grognement sourd lui fit comprendre ? quel adversaire il avait affaire.

Un chien!

Dun geste rapide il reprit son revolver. Mais lorsquil voulut tirer, il dut faire pivoter le corps sur ses hanches. Le chien tourna aussi.

Comme une temp?te hurlante, les Betsileos se pr?cipitaient sur le th??tre de la lutte. Marcel entrevit B?rard courant ? la colline.

? moi! cria-t-il.

Et soudain un hurlement lamentable retentit. Le chien l?cha prise et saffaissa avec des tressauts convulsifs. Une fusillade nourrie cr?pita aux oreilles de Simplet, brisant l?lan des ennemis, z?brant la nuit de raies de feu, tandis quune voix claire dont le timbre argentin ?tait fauss? par la terreur criait:

Simplet, je ten supplie, reviens!

Ch?re Yvonne! balbutia-t-il en rejoignant la vaillante enfant qui venait de le d?livrer.

Son intervention ?tait naturelle. Elle avait entendu la conversation des deux amis et avait voulu, au besoin, prot?ger leur retraite. Avec Roum?vo elle avait quitt? le plateau derri?re eux.

Mais il importait de profiter de lind?cision des indig?nes, et rapidement la petite troupe regagna son campement.

Les Betsileos ne tiraient pas. Les Europ?ens leur ?chappaient apr?s avoir tu? ou bless? cinq ? six des leurs; mais le fanatisme ?tait plus fort que la col?re. On ne dirige pas son arme contre un lieu fady, f?t-ce pour tuer son plus mortel ennemi. Aussi Yvonne et ses amis arriv?rent sans encombre aupr?s de la source. Marcel avait saisi sa petite main. Moins troubl?, il aurait remarqu? combien elle ?tait agit?e, mais il songeait bien ? observer en cet instant! Il bredouilla:

Merci, petite s?ur. Sais-tu que tu es brave?

Et elle, avec un m?lange dorgueil et dhumilit?, r?pondit doucement:

Cest toi qui mas appris.

Ces mots indiquaient une compl?te ?volution desprit chez Mlle Ribor. Le matin encore, elle pr?tendait diriger son fr?re de lait. En marchant ? son secours, elle s?tait senti des qualit?s daudace, de sang-froid quelle signorait. Elle s?tait dit quelle devait cette valeur insolite au contact du tranquille courage de Simplet. Layant tir? du danger, cest de lui quelle ?tait fi?re. Le prot?g? ?tait devenu le ma?tre.

Roum?vo ne leur permit pas de se livrer ? leurs ?panchements. Il r?unissait le butin de lexp?dition: deux fusils, ce qui, avec celui que la petite troupe poss?dait d?j?, suffisait ? larmement de la garnison, une cinquantaine de cartouches et une gourde de betsabesse que Claude, dans sa pr?cipitation, avait enlev?e ? un assi?geant, avec ses munitions.

Au jour, nous pourrons ouvrir le feu, dit-il.

La face du Hova rayonnait. Il combattait lennemi h?r?ditaire, le Betsileo.

Moi, d?clara Dalvan, je pense quil faut nous attacher ? tuer les chiens.

Cest de la rancune.

Non, de la raison. On peut tromper la vigilance des hommes, non celle des b?tes.

Claude le toisa:

Tu penses donc ? quitter ce nid?

Parfaitement!

Et serait-il indiscret de te demander de quelle fa?on?

Tr?s indiscret; mon id?e nest pas m?re, mais elle m?rira

Car elle est espagnole, fredonna le Marsouin ravi de son ? peu pr?s.

En attendant, conclut Marcel, jen suis pour ce que jai dit. Il faut d?truire les chiens.

Comme personne ne r?pondit, le jeune homme sallongea sur lherbe et sendormit ainsi que ses compagnons. Tous ?taient fatigu?s. La journ?e avait ?t? rude, et certes, si les Betsileos navaient ?t? tenus ? distance par le Fady, ils auraient eu beau jeu de surprendre les voyageurs.

Le soleil ?tait d?j? haut sur lhorizon lorsque Yvonne se r?veilla. La mine repos?e, elle sassit et promena autour delle ses regards encore obscurcis par le sommeil. ? quelques pas delle, Roum?vo et Claude dormaient profond?ment. Le courrier ronflait en basse profonde, tandis que B?rard ?mettait sa respiration suivant un mode aigu.