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Le sergent Simplet

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La R?sidence, pronon?a le g?n?ral.

Tenant le bras de son captif, Dalvan lit une courte station. Toutes les fen?tres ?taient brillamment ?clair?es, et les accords dun orchestre passaient dans lair en bouff?es joyeuses.

Ah ??! on danse?

Le Hova ne r?pondit pas. En regardant mieux, on apercevait dans lombre une foule grouillante, pl?be tananarivienne prenant sa part de la f?te.

Arrive! et surtout pas un mouvement pour t?chapper.

Sur cet ordre, entra?nant son compagnon, Simplet fendit le flot de curieux et parvint aupr?s du factionnaire qui gardait la porte.

Camarade, o? est le chef de poste? demanda-t-il.

Le soldat sourit en entendant la langue maternelle.

Sous le porche, ? gauche.

Bien!

Quelques pas encore et le jeune homme se trouva devant un sous-lieutenant, commandant la garde du R?sident.

Mon lieutenant, commen?a-t-il, lhomme qui maccompagne est mon prisonnier. Il faut que tous deux nous voyions Son Excellence le R?sident sur lheure, car nous avons ? lui apprendre des choses si graves que tout retard mettrait en danger, non seulement la vie des Fran?ais ?tablis dans l?le, mais encore la domination de la France elle-m?me.

Lofficier esquissa un geste dincr?dulit?.

Croyez-moi, mon lieutenant. En septembre dernier, j?tais sergent en activit?. Si je vous trompais dailleurs, il vous serait ais? de me punir.

Il parlementa et d?ploya tant d?loquence que le chef de poste se laissa persuader. Il conduisit Marcel et le Hova dans un salon dattente.

Restez l?. Je pr?viens le R?sident.

Sans attirer lattention des invit?s, je vous en prie, recommanda encore Dalvan.

Le lieutenant inclina la t?te et sortit. Simplet ?tait ravi. Mais le sentiment dIkara?nilo paraissait tout autre. Les sourcils fronc?s, la t?te basse, il ne bougeait non plus quun terme. Un rictus farouche tirait ses l?vres, d?couvrant ses dents aigu?s noircies de laque, selon lusage hova.

G?n?ral, tu peux tasseoir, fit malicieusement le sous-officier en lui avan?ant un si?ge.

? ce moment la porte souvrit, et dans lencadrement un homme dune cinquantaine dann?es, grand, ? la figure bonne et ?nergique, ?largie par des favoris gris, se montra. Marcel rapprocha les talons et salua militairement:

Vous avez demand? ? me parler, dit lentement le nouveau personnage.

Pardon, Excellence, il y a erreur.

Erreur?

Le R?sident eut un regard s?v?re.

Parfaitement, continua le jeune homme sans se troubler. Jai sollicit? la faveur dune audience, afin de faire parler ce singe que je vous pr?sente.

Et pointant sa ba?onnette vers le Hova.

L?ve-toi devant Son Excellence. Bien Monsieur le R?sident, je vous am?ne Ikara?nilo, 16e honneur, g?n?ral charg? de la surveillance de la l?proserie.

Il fit une pause, puis avec un accent si profond?ment gouailleur que le repr?sentant de la France ? Madagascar comprit quil se jouait devant lui une com?die dont la clef lui manquait, il termina:

La l?proserie do? je sors il ?tendit ses mains en pleine lumi?re.

Vous le voyez, jai les mains en triste ?tat La l?pre, Excellence, laffreuse l?pre!

Il tournait le dos au g?n?ral et montrait au r?sident un visage souriant, qui contrastait avec ses paroles lamentables. Changeant de ton:

Excellence, veuillez prendre place. Ce que va vous apprendre mon compagnon est dune importance capitale, et peut-?tre

Je re?ois ce soir et ne puis vous donner longtemps Le premier ministre Rainilaiarivony est au nombre de mes invit?s.

Lui! s?cria Dalvan, vraiment cest une chance!

Que voulez-vous dire?

Vous allez comprendre, Excellence.

Et revenant au g?n?ral, la ba?onnette mena?ante:

Ikara?nilo, ordonna-t-il dune voix grave en scandant bien ses paroles, raconte ? M. le R?sident de quelle fa?on les Fran?ais doivent ?tre ?gorg?s, au signal qui partira du palais de la reine.

Il sinterrompit. Le pl?nipotentiaire ?tait pr?s de lui, les yeux ?tincelants:

Quels mots avez-vous prononc?s?

Ceux qui expriment la v?rit? Nest-ce pas quelle est int?ressante? Mais vos minutes sont br?ves H?tons-nous Allons, g?n?ral, parle.

Le Hova leva ses paupi?res, un d?fi dans le regard.

Non, articula-t-il nettement.

Non?

Non.

Alors, une piq?re! Une simple piq?re

Et brandissant son arme, Dalvan fit mine de transpercer son adversaire. Celui-ci poussa un cri ?trangl?.

Non, pas cela, pas cela!

Parle donc.

Oui, je parlerai.

Ses vell?it?s de r?sistance ?taient vaincues. La lame empoisonn?e qui miroitait devant lui en avait eu raison.

Le R?sident assistait ? la sc?ne, sans la comprendre; mais sa sympathie ?tait pour le jeune alli? qui lui apportait la preuve du complot. Dans son cerveau un travail rapide se faisait. Il navait rien appris des pr?paratifs homicides du gouvernement hova. Quelle responsabilit? e?t injustement pes? sur lui devant lhistoire, si les Malgaches, imitateurs inconscients des Siciliens, avaient eu leurs v?pres mad?casses!

Mat?, Ikara?nilo parlait:

Apr?s-demain, ? la nuit, une fus?e verte s?l?vera au-dessus du palais. De montagne en montagne le signal sera r?p?t?, portant ? tous les soldats lordre de courir sus aux Europ?ens. Les troupes, cantonn?es ? peu de distance, marcheront sur Antananarivo; des r?serves de poudre et de plomb remplissent les caves du palais. Elles seront distribu?es aux guerriers.

Le R?sident tira le cordon dune sonnette. Le lieutenant entra aussit?t.

Lieutenant, commanda-t-il, faites prier le premier ministre de me rejoindre ici. Avec quatre hommes vous vous tiendrez pr?t ? venir ? mon premier appel. Que nul ne sorte de cette habitation.

Lofficier s?loigna pour ex?cuter ces ordres.

Le premier ministre! g?mit le g?n?ral, je suis perdu!

Non pas, riposta vivement Marcel. De ce jour, tu es prot?g? Fran?ais. Je suis certain que Son Excellence ne me contredira pas.

Et vous avez raison.

Ikara?nilo parut soulag? dun poids ?norme. D?cid?ment le faux l?preux avait du bon, puisquil veillait ? la s?ret? de ceux qui servaient ses desseins.

La porte se rouvrit, livrant passage au premier ministre malgache Rainilaiarivony. Grand, maigre, le cr?ne d?nud?, le visage sillonn? dinnombrables rides, l?il inquiet, fuyant, le grand dignitaire ?tait rev?tu dun uniforme couvert de broderies, de d?corations.

Quest-ce donc? vous me demandez en grand myst?re, mon cher R?sident?

Sa voix aigrelette sonna faux dans le silence.

Il se passe des choses graves, r?pliqua froidement le pl?nipotentiaire fran?ais.

Le ministre leva au ciel ses bras maigres.

Des choses graves! Aurait-on molest? quelquun de vos prot?g?s? Dites-le. Justice sera faite.

Un sourire ?claira le visage du R?sident:

Je suis heureux de vous entendre parler ainsi.

Jai donc devin? juste?

Presque

Je ne saisis pas bien

Pourquoi je dis presque? Je mexplique. Ce nest pas un de mes prot?g?s qui est menac?, mais tous mes prot?g?s de Madagascar et la France elle-m?me, dont je suis le repr?sentant.

Les paupi?res de Rainilaiarivony papillot?rent, son regard parcourut la salle avec lexpression effar?e dun renard traqu?. Mais d?j? le R?sident barrait la porte, et Marcel, appuy? contre la fen?tre, jouait avec la ba?onnette de son remington.

Le Malgache essaya de ruser. Ses mains se serr?rent, sa physionomie prit le masque de la stup?faction.

Que me contez-vous l?? fit-il, les Fran?ais courraient un danger?

Terrible. Demain ? la nuit, la population se levant en masse doit les assaillir tra?treusement et les an?antir.

Laccusation ?tait nette; mais il est dans le caract?re hova de mentir.

Le dignitaire haussa les ?paules.

Contes ? dormir debout. La population nagirait que sur lordre de sa reine et

Et le mouvement a ?t? pr?par? par la reine et par celui qui, dapr?s la Constitution, est forc?ment son mari. Vous, monsieur le premier ministre.

Moi?

Vous-m?me.

Et vous croyez cela?

Le R?sident ne r?pondit pas tout de suite. Rainilaiarivony se figura quil h?sitait:

Non, vous ne le croyez pas. Cest tellement absurde de penser que nous, qui aimons les Fran?ais et vous particuli?rement, nous allons vous tendre un guet-apens Cest un fou, ou un malheureux ivre de vin de palme qui vous a fait ce rapport. En toute autre circonstance, je m?priserais pareil adversaire, mais cette fois, lall?gation est trop grave; il faut quil soit puni. Amenez-le en ma pr?sence, que je le confonde

Sur un signe du R?sident Marcel savan?a:

Ce mis?rable est pr?sent, cest moi, et il vous d?fie de le confondre.

Le Hova s?tait arr?t? court au milieu de sa tirade. Ses paupi?res tremblotaient de plus en plus

Quoi! cest vous qui?

Moi-m?me.

Mais cette com?die est odieuse, clama Rainilaiarivony, sadressant au R?sident. Jaccepte votre hospitalit?. Jentre dans votre maison, aussi confiant que si elle ?tait mienne. Et vous, que je croyais mon ami, vous auquel j?tais li? daffection comme leau et le riz

La comparaison malgache, la plus haute expression de lamiti? puisque le riz cro?t et cuit dans leau, fit long feu.

Vous soudoyez des aventuriers pour minsulter, continua le sec personnage, et vous pensez que je mettrai ma parole en opposition avec celle de cet individu? D?trompez-vous. Linjure part de trop bas pour que je daigne me d?fendre.

Dalvan avait interrog? son sup?rieur du regard. Celui-ci fit un mouvement de t?te qui pouvait sinterpr?ter:

Allez!

Aussit?t, le sous-officier sinclina, et dun ton respectueusement ironique:

Vous vous m?prenez, monsieur le premier ministre, on ne vous demande pas de vous d?fendre.

Ah bah!

Ce serait trop difficile. Il vous sera plus ais? de vous accuser.

Leno-Reno! gronda le Malgache.

Cela veut dire? interrogea Simplet.

Dr?le!

Fort bien. Le plus dr?le des deux ce sera vous, quand vous avouerez votre petite combinaison assassine.

Avouer cela, moi? jamais!

Jamais Serment damoureux, cela na aucune valeur politique. Voyons, voulez-vous, oui ou non, vous ex?cuter?

Rainilaiarivony haussa les ?paules, mais ?tendant une main mena?ante vers le R?sident:

Monsieur, dit-il, je me plaindrai ? votre gouvernement. Je doute quil approuve les proc?d?s dont vous usez.

Il fait le malin, interrompit Marcel, cela ne durera pas longtemps. Il parlera.

Comment?

C?tait le R?sident, quelque peu inquiet des suites de laventure, qui posait la question.

Vous allez voir. Cest simple comme bonjour.

Et en apart?:

Quand un truc est bon pour des soldats et des g?n?raux, il ne peut pas ?tre mauvais pour un Ministre.

Sur ce, il fit un pas vers laccus? et lui mit ses mains sous les yeux. Aussit?t leffet accoutum? se produisit. L?poux de la reine poussa un cri et, la face convuls?e par le d?go?t, se jeta pr?cipitamment en arri?re.

Bon, d?clara le sous-officier, premier point acquis: jai la l?pre; second point, faites bien attention. Je mets ma ba?onnette en contact avec mes plaies. Ceux quelle blessera seront s?rement la proie du fl?au Ceci pos?, monsieur le ministre, je vous enferme dans ce dilemme: ou bien vous garderez le silence et je vous embrocherai, ou bien vous parlerez et vous ?viterez la l?pre.

N?gligemment il se rapprochait de Rainilaiarivony terrifi?.

Gr?ce! bredouilla celui-ci.

Volontiers, avouez.

Puis faisant osciller la lame aigu?, ce qui provoquait de la part du Malgache les plus amusantes contorsions:

Je vais vous aider. Est-il vrai que, sur votre ordre, les milices hovas mobilis?es sont r?unies ? peu de distance de la ville?

Le ministre grin?a des dents, il se ramassa comme pour bondir sur son interlocuteur, mais la ba?onnette sapprocha de sa poitrine.

Oui, fit-il dune voix rauque.

Bien. Est-il vrai que le signal de la destruction des Fran?ais doit partir du palais?

Cest vrai.

Que ce signal est une fus?e verte?

Oui encore Ah! qui donc nous a trahis?

Que les caves sont bond?es de poudre et de balles pour les soldats?

Oui.

? la bonne heure. Reposez-vous et souriant au R?sident qui ?coutait Vous le voyez, Excellence, mes renseignements sont exacts.

Le repr?sentant fran?ais hocha la t?te dun air songeur.

Oui, murmura-t-il, comme se parlant ? lui-m?me, le complot est ?vident. Il naura pas lieu ? la date fix?e, mais dans quelques semaines il ?clatera soudain. Comment r?duire ces gens ? limpuissance?

Cest bien simple.

Il leva la t?te. Dalvan ?tait aupr?s de lui, les l?vres encore ouvertes du passage de son axiome favori.

Votre Excellence veut-elle me continuer sa confiance pendant cinq minutes?

Ma foi, au point o? nous en sommes, il y aurait injustice de ma part ? me d?fier de vous. Je vous donne carte blanche.

Si vous vouliez y ajouter du papier de m?me couleur, des enveloppes, de lencre et un porte-plume?

Sur un coup de sonnette du R?sident, on apporta les objets r?clam?s par le sous-officier. Celui-ci les disposa sur la table, pla?a une chaise devant et appela Rainilaiarivony.

Monsieur le ministre, prenez donc la peine de vous asseoir ici, dit-il en balan?ant son arme dune fa?on significative.

Et le Hova ayant ob?i.

Vous ?tes le mari de la reine?

Parfaitement.

Veuillez donc lui ?crire une lettre tr?s tendre, non une froide ?p?tre d?poux blas?, mais un poulet galant de fianc?. Priez-la de venir vous rejoindre ici.

Mais ce nest pas lusage

Ce nest pas lusage non plus de communiquer la l?pre ? laide dune ba?onnette, et cependant Mais je ne veux pas r?it?rer mes menaces, je suis persuad? de votre bon vouloir. Allons, ?crivez gentiment ? votre ch?re femme et surtout trouvez un pr?texte assez adroit pour quelle se d?cide ? se mettre en route au milieu de la nuit, car si elle h?sitait, votre position deviendrait extr?mement dangereuse.

Rongeant son frein, Rainilaiarivony ?crivit ? sa royale moiti? un billet dont le R?sident prit connaissance.

?tes-vous satisfait, Excellence? demanda Simplet.

Oui, ceci est parfait.

Alors continuons.

Il allongea la main vers le ministre qui faisait mine de se lever et qui, ? ce simple geste, se rassit pr?cipitamment.

Je d?sire de vous encore un petit autographe. ?crivez au chef de vos Tsimandos dexp?dier, au re?u de ce papier, des courriers vers tous les g?n?raux commandant les troupes. Ils leur porteront lordre de se rendre ? la R?sidence fran?aise pour y d?poser leurs armes.

?crire cela? gronda le ministre.

Par la vertu de ma ba?onnette, d?p?chez-vous.

Et tandis que le Hova, fou de rage impuissante, tra?ait lordre qui d?sarmait ses r?giments et rendait toute r?volte impossible pendant de longs mois, Marcel, que le R?sident remerciait avec effusion, linterrompit:

Ne parlons plus de cela, Excellence, cela nen vaut pas la peine. Exp?diez le petit mot ? la reine. Elle viendra. Vous la garderez prisonni?re, ainsi que ce vilain magot de ministre, jusqu? ce que vous ayez proc?d? au d?sarmement de larm?e ennemie. Alors vous les laisserez libres sous la condition quils fassent transporter ? Tamatave, pour ?tre remises ? nos navires de guerre, les provisions dexplosifs et de projectiles accumul?es dans les souterrains du palais. Jai lair de vous donner des conseils, pardonnez-moi; vous savez mieux que moi ce quil convient de faire mais j?tais emport? par le raisonnement.

Trois quarts dheure s?taient ? peine ?coul?s, que la reine arrivait avec une faible escorte et apprenait avec stupeur quelle ?tait prisonni?re. Aussit?t un expr?s quittait la R?sidence, charg? de la d?p?che adress?e au chef des courriers.

Les invit?s du R?sident, auxquels on avait fait dire que le premier ministre ?tait parti accompagn? de son h?te, s?taient retir?s en se demandant quel ?v?nement avait pu d?terminer cette brusque retraite. Apr?s les explications indispensables, le repr?sentant des droits fran?ais ? Madagascar allait donner lordre de conduire ses prisonniers dans les appartements o? ils seraient gard?s ? vue.

Excellence, un instant encore, implora Dalvan.

Son interlocuteur le questionna du regard.

Oh! simple amour-propre dauteur. La pi?ce qui sest d?roul?e devant vous aurait pu ?tre un drame. Nous en avons fait un vaudeville, il faut donc quelle finisse gaiement.

Et venant ? Ikara?nilo, immobile ? c?t? du premier ministre:

Messieurs, dit-il, dans cette soir?e o? jai eu lhonneur dentrer en relations avec vous, il est advenu ? diverses reprises que mes mains ont effleur? vos v?tements. Ces pauvres mains sont en pitoyable ?tat et, sans nul doute, vous vous proposez de br?ler vos habits afin d?viter le microbe de la contagion. Je pr?tends vous ?pargner cette d?pense. Messieurs, ce que vous avez pris pour leffrayante l?pre est tout simplement la trace des ?pines de lortie zapankare.

Du coup le R?sident ?clata de rire. Quant aux indig?nes, rien ne peut rendre lexpression de leurs physionomies. C?tait de la col?re, de la honte. Le sous-officier les avait bern?s, bafou?s. Il les avait amen?s ? se livrer pieds et poings li?s en les ?pouvantant avec une piq?re dortie.

On les entra?na dans les salles de la R?sidence transform?es en prison. Marcel demeura seul en face du R?sident. Ce dernier savan?a vers lui, les mains tendues.

Monsieur, dit-il lentement, aujourdhui vous avez fait acte de grand patriote et dhomme desprit. La France a contract? une dette dhonneur envers vous. Elle la payera, je my engage pour elle. Veuillez mapprendre le nom du sauveur du protectorat.

Mais Dalvan secoua la t?te.

De nom, je nen ai plus depuis que je me suis impos? une mission de justice puis les l?vres distendues par un sourire mais jesp?re mener ma mission ? bonne fin, alors, je reprendrai mon nom, et dame! il ne me serait pas d?sagr?able quil f?t un peu honor? Comment faire?

Il se frappa le front:

Ah! un moyen. Excellence, vous me laisserez partir tout ? lheure. Vous consentirez, nest-ce pas, ? me donner un guide pour me conduire ? la demeure du Tsimando Roum?vo, mon fr?re de sang? Demain, jaurai quitt? la ville. Alors faites venir un homme qui habite Antananarivo. Cest mon ennemi mortel, mais il sait mon nom; il vous le dira et si le succ?s couronne ma mission

Vous pourrez compter sur moi comme sur vous-m?me Il sera fait ainsi que vous le d?sirez.

Un coup discret fut frapp? ? la porte.

Quest-ce encore? grommela le R?sident. Entrez.

Un soldat parut; il tenait ? la main une lettre.

Cest un soldat de la l?proserie qui vient de lapporter pour Votre Excellence.

Donnez Cest bien, allez.

Le troupier se retira et le R?sident, ouvrant la missive, chercha la signature:

Canet?gne, dit-il.

Simplet poussa une exclamation.

Ah!

Quavez-vous?

Ce Canet?gne Monsieur le R?sident, vous mavez promis de me renvoyer tout ? lheure.

Et je tiendrai ma promesse. Apr?s le service que vous mavez rendu ce soir, je ne me reconnais pas le droit de vous contrecarrer en rien.

Je vous remercie. Eh bien donc, ce Canet?gne est lennemi mortel dont je vous parlais ? linstant.

Lui?

Oui, Excellence.

Alors, je connais votre nom.

Vous

Oui: blond, teint rose Marcel Dalvan; jai votre signalement. Vous accompagnez une jeune fille, coupable dun vol que

Une p?leur subite d?colora les joues de Simplet. Dune voix fr?missante:

Vous blasph?mez, monsieur le R?sident elle, voleuse?

Et rapidement, en phrases hach?es, ardentes, il raconta lodyss?e de sa s?ur de lait, linfamie du n?gociant, la recherche dAntonin Ribor, d?tenteur de la preuve de linnocence dYvonne.

Tandis quil parlait, le R?sident parcourait la lettre de lAvignonnais. Elle relatait le complot. Dans un style amphigourique, le commissionnaire narrait complaisamment au prix de quels dangers il lavait surpris. Il insistait sur lhorrible m?tier de violateur de s?pultures quil lui avait fallu faire. Marcel se tut. Son interlocuteur lui tendit la missive.

Lisez et d?chirez. La prose de ce personnage ne m?rite pas un autre sort. Pour vous, monsieur Dalvan, croyez ? ma gratitude et ? ma profonde estime. Je souhaite que vous r?ussissiez ? confondre votre ennemi, ? rendre lhonneur ? cette jeune fille que, sur une note de justice, jai injustement accus?e comme les autres.

Et d?faisant le ruban rouge fix? ? sa boutonni?re, il lattacha ? la vareuse de Simplet.

Excellence vous ny songez pas, bredouilla le jeune homme tout troubl?.

Si, demain, je t?l?graphierai le r?cit sommaire des ?v?nements. Un inconnu a sauv? le protectorat fran?ais dun d?sastre. Jai attach? ? sa boutonni?re, assur? d?tre approuv? par le gouvernement, le ruban de la L?gion dhonneur. Cette nomination figurera sur les listes de lOrdre, jusquau jour o? la mention Inconnu sera remplac?e par le nom dun brave.

Il prit le jeune homme par le bras, laccompagna jusquau corps de garde, et apr?s avoir d?sign? un soldat pour le guider vers lhabitation de Roum?vo:

Allez, monsieur, dit-il, et bonne chance. Cest un ami qui vous serre la main.

Un moment plus tard, Simplet, suivant de pr?s son conducteur, senfon?ait de nouveau dans les ruelles sombres de Tananarive.

Marcel venait de r?duire les Hovas ? limpuissance pour pr?s de deux ann?es, donnant ainsi ? la R?publique fran?aise, le temps de pr?parer lexp?dition qui devait nous rendre ma?tres de Madagascar[2]2
Les r?sultats de cette aventure ont d?pass? toutes les pr?visions. L?le de Madagascar conquise par la France, la supr?matie hova d?truite, le g?n?ral Galli?ni devenu gouverneur, tra?ant routes, chemins de fer, fondant des fermes, d?cuplant le rendement commercial et, plus que tout cela encore, enseignant aux Malgaches lamour profond de la France. ? ce grand Fran?ais, ? ses collaborateurs, il nous est doux denvoyer ce salut ?mu.


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