Сыромятникова И..

Une Histoire Sans Nom

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Apr?s des ann?es d'une vie de forfaits, il ?tait arriv?, un soir, ? la Trappe de Bric-quebec, dans le plus affreux d?sespoir, montrant un de ces repentirs qui ne prennent que les ?mes puissantes… « Si vous me chassez, – dit-il ? l'abb?, – vous me renverrez ? l'Enfer d'o? je sors ! » « Et moi et mes fr?res, – dit l'abb? ? Mme de Ferjol, – nous nous souv?nmes que la Trappe, c'est le refuge des criminels qui ne sont pas punis par les hommes, et nous ouvr?mes les portes de la n?tre ? celui-ci et nous les ferm?mes sur lui contre la justice du monde, au nom de la bont? du Ciel ! Le P?re Riculf ?tait une de ces ?mes qui, en rien, ne connaissent de limites. Il a v?cu des ann?es parmi nous dans la plus expiatrice des p?nitences…

– Et il est mort comme un saint, n'est-ce pas ? » interrompit Mme de Ferjol, r?volt?e, et en ?clatant de la plus am?re des ironies.

Mais se reprenant, et d'un ton moins insultant :

« Mon p?re, dit-elle, – pouvez-vous croire qu'un pareil homme puisse jamais entrer dans le Ciel ?…

– Du moins, – dit le mis?ricordieux pr?tre, – il a v?cu des ann?es et il est mort comme quelqu'un qui veut y monter.

– S'il est au Ciel, je n'en voudrais pas avec lui ! » dit Mme de Ferjol avec une obstination devenue un ent?tement aveugle et presque de la rage.

Le doux pr?tre fut bless? au plus profond de sa charit?, mais il n'abandonna pas l'impitoyable femme. Il revint plus d'une fois la voir ? Olonde. Il aurait voulu ramener ? des sentiments plus chr?tiens cette ?me, si religieuse par la foi. Mais il ne pouvait pas. Cette ?me r?sistait. Une haine, n?e du ressentiment que de savoir sa fille innocente avait augment?e, pour l'homme du crime, comme elle l'appelait, confisquait ? son profit les autres sentiments de son ?me. Dieu avait pardonn? peut-?tre, mais elle, non !

Elle ne pardonnerait pas. Elle ne voulait pas pardonner. Sa haine devint une possession. Elle fut la poss?d?e de sa haine. Rien n'y put de ce que lui dit l'abb? Augustin qui s'effor?ait d'introduire dans cette ?me violente et ulc?r?e l'huile adoucissante que le bon Samaritain fit couler dans les blessures de l'homme de l'?vangile qui « descendait de J?rusalem ? J?richo.

– Mme de Ferjol opposait inflexiblement aux paroles de l'abb? et ? tout, l'id?e de cet outrage fait ? l'hospitalit? trahie par ce pr?tre, qu'elle appelait un Judas ; et m?me, un jour, cette haine f?conda un affreux d?sir (chose ?trange et que toutes les ?mes passionn?es comprendront). Il se d?gagea de sa haine une horrible curiosit? qu'elle savait pouvoir satisfaire…

Elle qui n'ignorait rien des choses religieuses, elle savait que les trappistes, qu'on enterre sans cercueil, la face d?couverte, restent expos?s dans leur tombe, o?, tous les jours, chacun des leurs vient jeter sa pellet?e de terre jusqu'? ce qu'ils en aient cette suffisance de six pieds d'argile qui nous suffit ? tous, h?las ! Eh bien, elle voulut voir encore une fois ce Riculf abhorr?, et repa?tre ses yeux du spectacle de son cadavre ! La haine est comme l'amour.

Elle veut voir… « Il n'y a pas – se dit-elle – si longtemps qu'il est mort. Les Bienheureux n'ont pas une figure comme les autres hommes. Quand on ouvre la terre ou le cercueil qui les renferme, on leur trouve des figures repos?es et quelquefois rayonnantes qui disent qu'ils sont morts dans la bonne odeur du ciel. Je verrai donc si le sc?l?rat, qui a fait peut-?tre dupe de son repentir l'abb? Augustin comme il m'avait fait dupe de sa saintet?, a la face d'un Bienheureux. » Et, sans le dire ? la vieille Agathe, elle s'en alla ? Bric-quebec un jour. Les femmes n'entrent jamais chez les trappistes, sinon ? certains jours de f?te et dans leur ?glise seulement, mais leur cimeti?re, plac? dans un champ ? c?t? de leur monast?re, est ouvert ? tout le monde. Y passe qui veut, et elle y entra.

Elle trouva sans peine la fosse qu'elle cherchait. Le cimeti?re ?tait d?sert, et la fosse du dernier trappiste d?c?d?, creus?e dans les hautes herbes, ?tait bien la fosse de Riculf. Elle s'en approcha jusqu'au bord et regarda dedans avec ces yeux que la haine a comme l'amour, – ces yeux qui d?vorent tout, – et elle vit le mort dans le fond de sa fosse. Malgr? les pellet?es de terre ?parpill?es autour du visage, et dont le plus grand nombre avait port? sur la partie inf?rieure du cadavre, on voyait encore la face d'un homme. Ah ! elle le reconnut, malgr? cette barbe qui avait blanchi, et ces yeux sans regard que les vers rongeaient d?j? dans leurs orbites. Elle enviait le sort de ces vers…

Elle aurait voulu ?tre un de ces vers… Elle reconnut cette bouche audacieuse qui l'avait tant frapp?e dans les C?vennes, et dans laquelle Dieu lui-m?me avait ?crit, de sa main, qu'il fallait se d?fier de cette bouche terrible. Elle ?tait debout devant cette fosse, la contemplant, oubliant les heures, plong?e des yeux dans ce trou o? allait pourrir l'homme de sa haine, comme le soleil d'une soir?e d'?t? plongeait ? l'horizon… Elle l'avait dans le dos, ce soleil, et sa grande ombre ? elle tombait dans la fosse, allong?e par ce soleil qui se couchait en rougissant ses v?tements noirs de ses rayons. Tout ? coup, une autre ombre s'allongea pr?s de la sienne, et une main se posa sur son bras. Elle tressaillit. C'?tait l'abb? Augustin.

« C'est vous, Madame ? – fit-il, plus grave qu'?tonn?.

– Oui ! – dit-elle, avec une profondeur d'accent qui le fit fr?mir ; – j'ai voulu en r?galer ma haine ! – Oh ! Madame, – dit le pr?tre, – vous ?tes une chr?tienne, et ce que vous dites n'est pas chr?tien, Venir regarder un mort dans sa tombe avec les yeux de la haine, c'est le profaner, et on doit le respect aux morts.

– ? celui-l?, jamais ! – fit-elle. – J'avais tout ? l'heure envie de descendre dans sa tombe pour le fouler sous mes talons !

– Pauvre femme ! – dit le pr?tre ; – elle mourra dans l'imp?nitence finale de sentiments trop absolus pour la vie. » Et, en effet, elle mourut ? quelque temps de l?, dans cette imp?nitence sublime que le monde peut admirer, mais nous, non !

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