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Non, Marie, ce ne fut point Hortense, mais Dorsay, qui fut jaloux, et de quelle jalousie encore! Non pas celle qui nous met l'incendie dans les entrailles, qui nous br?le le long du jour, le long des nuits, qui nous r?veille en sursaut et nous fait t?ter avec des mains froides de sueur et de frissons le corps de femme endormi et respirant doucement pr?s de nous, en disant d'une voix ?trangl?e : Es-tu l?? Cette jalousie qui pousse un homme ayant vertu et g?nie ? espionner une jeune fille d'avant-hier, une enfant dont toute l'?me est dans les paupi?res, aussi transparente que les larmes qu'elle y fait monter, cette jalousie qui enfonce des crocs dans les veines du cou qu'elle suce de sa bouche de vampire, qui enfonce des griffes dans la poitrine nue, qui fait pleurer et rugir, miaule en tigre et demande merci en l?che, car elle r?unit dans un seul ?tre humain le monstre qui ?gorge et la victime qui se d?bat.

Cette jalousie, on ne l'?prouve qu'? la condition d'avoir de l'amour. Et n'est-ce pas l?, Marie, de l'amour comme il est glorieux et enivrant pour une femme d'en faire na?tre, gloire et ivresse avec les dangers qui les rendent plus ?clatants et plus profonds, comme il arrive toujours, puisque le sentiment une fois d?musel? tue pour une valse, un nom balbuti? dans un r?ve, pour un rien, un mouchoir perdu

En v?rit?, je vous le dis, Marie, je ne sais point comment les femmes ne sont pas fi?res et heureuses de cette jalousie. N'est-ce pas un acte d'humilit? fait ? genoux par l'?tre fort ? l'?tre faible, devenu le ma?tre maintenant? N'est-ce pas, si le coeur est ?teint, au moins du nectar pour l'orgueil? Mais les femmes, ces corps charmants, ? qui Mahomet, l'imposteur! refusait une ?me, n'ont pas de vanit? qui aille si haut. Aimable faiblesse, elles ignorent les ?go?stes d?sirs de l'orgueil.

La jalousie de Dorsay vous aurait-elle mieux convenu, Madame? Ah! elle ne venait pas, celle-l?, de trop de passion, d'un amour ? tempestueuses d?fiances, de tout ce qui la ferait pardonner. Elle n'?tait pas fille de la nature. La soci?t? l'avait produite et couv?e, sous le mensonge et le sarcasme, dans le sein de l'un de ses enfants ch?ris. D?j? plus d'une fois Dorsay avait rencontr? sur les l?vres de ses amis cette plaisanterie d'autant plus incisive qu'elle prend les dehors de l'int?r?t et de la piti?. Tous ces jeunes gens ne pouvaient croire qu'Hortense de *** ne donn?t bient?t un successeur ? Dorsay; ils avaient jug? que le temps approchait o? la liaison, comme ils disaient, d'Auguste et de Mme de *** devait finir, la modelant sur toutes les banales intrigues qui aboutissent de part et d'autre ? la lassitude. Ils se trompaient en ceci qu'Hortense, qui avait eu son r?gne ou plut?t ses batailles de coquetterie, selon l'usage de toutes les femmes qui sont belles et n'ont pas encore d'amant, n'?tait pourtant pas de celles qui usaient vite un sentiment pour le remplacer. Erreur profonde, mais explicable. Ces messieurs connaissaient tr?s bien la g?n?ralit? des femmes et le caract?re de Dorsay.

Un jour, dans une de ces soir?es que Paris compte parmi les plus brillantes, Dorsay avait souffert plus que jamais des plaisanteries de ses amis.

Ces plaisanteries qu'ils infligeaient ? sa vanit? de fat ?taient d'un go?t si parfait et d'un ton si mesur? dans les termes qu'il ?tait impossible ? un homme de bonne compagnie de montrer de l'humeur ou du courroux, mais l'intention en ?tait si blessante, si triomphante surtout, qu'il fallait d'un autre c?t? une grande puissance sur soi-m?me ou une grande peur de l'inconvenable pour se contenir en les entendant. Dorsay les ?coutait les l?vres tremblantes, le front p?le et les traits frapp?s d'un vague sourire qui s'effor?ait d'?tre insouciant et gai. Elles murmuraient, bruissaient, ricanaient, ?clataient ? ses oreilles dans cent bouches diff?rentes, avec une foule d'accents divers. Il lui semblait que vingt mains de d?mon jouassent de la harpe avec son ?me pour en tirer les vibrations les plus aigu?s, et taquinassent avec une ?trange volupt? d'ironie jusque ses plus subtiles, ses plus d?li?es fibrilles nerveuses. La jeune fille qui levait sur lui son grand oeil noir, plein de la ros?e et du soleil matinal de la vie, ne pensait gu?re que cet homme vant? et charmant ?tait tout ? l'heure d?chir? de supplice, dans ces d?licieux moments d'un bal, et que cette main blanche et parfum?e qu'il plongeait dans ses cheveux boucl?s se trempait en passant sur son front de la sueur que l'humiliation y faisait couler. Heureuse jeune fille, dont le sang, sous les belles veines rougissantes, ressemble ? l'essence de rose ti?die, ? travers le cristal qui la renferme, par la moiteur d'une gorge de femme. Heureuse jeune fille, po?te de la plus vague, de la plus ?th?r?e po?sie, qui cr?e, ? propos d'une expression sur un visage d'homme, tout un drame o? il n'y a pas une douleur. Et avec quoi? Avec les soup?ons d'un coeur pub?re et d'une imagination ?namour?e.

Hortense elle-m?me s'y serait tromp?e comme les jeunes filles. Les tourments de la vanit? restent incompris des ?mes passionn?es. Elle voyait Dorsay au milieu de ses amis, devisant d'une voix douce comme toujours. Elle ne se doutait gu?re alors qu'elle allait bient?t expier le calme apparent qui recouvrait une honteuse douleur.

Hortense ?tait all?e ? ce bal comme elle allait ? toutes les f?tes, depuis que Dorsay avait cess? de l'aimer. Maintenant que l'amour et la solitude n'avaient plus d'enchantement pour elle, elle venait demander au monde et ? ses pompes la ch?tive aum?ne d'une distraction. Rester seule chez elle lui ?tait devenu insupportable. Elle n'avait jamais aim? son mari, mais depuis longtemps elle le ha?ssait. C'est l? la cons?quence des passions. ?pouvantable logique! Alg?bre de fer et de feu! Une femme hait son mari parce qu'elle ne l'aime plus, elle le hait parce qu'il lui faut singer avec lui la tendresse, parce qu'il faut endurer froidement ses caresses comme des outrages, et ne pas le repousser, cet ?poux qui n'est plus qu'un ma?tre, au moment o? il prend ce qui est donn? ? un autre dont l'image se pose incessamment sur le coeur. Et puis ne hait-on pas celui dont la pr?sence vous met au front l'effet d'un brasier, celui qui peut vous m?priser et vous punir s'il vient ? vous conna?tre mieux? Hortense ?prouvait toujours devant son mari le mal de coeur qui pr?c?de les ?vanouissements, et quand il n'?tait plus l? elle avait honte d'une faiblesse qui la rendait une vile cr?ature et la faisait d?pendre d'un homme qui l'avait sacrifi?e, et ? qui elle r?p?tait les mains jointes : Ne me quitte pas!

Il y a une belle imposture de Rousseau, c'est quand il montre dans son H?lo?se que celle qui a aim? une fois, qui s'est donn?e corps et ?me, baisers et sourires, peut devenir, mari?e ? un autre que celui qui l'a poss?d?e, ?pouse tendre et soumise, m?re de famille irr?prochable, chaste pr?tresse des dieux domestiques. A ce compte-l?, le vice ne laisserait que des stigmates embellissants comme des blessures dans une face de brave. A ce compte-l?, l'?me se donne et se reprend comme l'amour nuptial entre des ?poux divorc?s. La r?alit? n'est point ainsi. A force d'avoir voulu ?tre moral dans son livre, Rousseau a exag?r? la puissance de la volont? et les efforts du repentir. On ne pouvait mentir plus noblement ? la nature humaine, mais enfin Rousseau a menti et sa Julie d'Etanges est un sophisme. Un sophisme de plus, senti, rendu avec g?nie, si ce n'est un blasph?me plein de s?duction et de charme, ? l'?gal presque d'une pure et grande v?rit?, un ?tonnant tour de force comme il les faisait tout en se jouant, cet acrobate de la pens?e, aux reins cambr?s et musculeux. Ou, le jour qu'elle s'est livr?e, sa Julie ?tait comme tant d'autres, qui, prenant leur sens pour leur coeur, veulent de ce pauvre amour qui n'est, h?las! que de la volupt? pass?e au filtre, mais du moins de la volupt? qu'on peut nommer et non plus de celle-l? que l'on a cherch?e adolescent dans des insomnies qui cernent les yeux de violettes meurtrissures et tachent un front p?le de mates rougeurs, ou bien c'?tait l'enfant na?ve et tout abandonn?e dont le coeur fut d?flor? comme le corps, et qui, ?me d'?lite, accepta, r?sign?e, une douloureuse existence pour la sanctifier de repentir et de vertu. Et ni l'une ni l'autre ne pouvait devenir Mme de Volmar. Quand on a connu l'amour, quand on a ?tal? un corps virginal et d?voil? sous les enlacements du serpent, toutes les chances de bonheur que pr?sentait la vie ont disparu d'une haleine. La coupe est tarie. Et si la l?vre en presse les bords, avide de chercher un reste d'ivresse en h?te, elle n'y trouve que le froid du cristal qui se brise et qui l'ensanglante. En vain demande-t-on ? toutes les vertus une f?licit? qui remplace celle qu'on a perdue. Les saintes joies des devoirs accomplis ne sont appr?ci?es dans leur puret? et leur go?t c?leste que par les coeurs non fan?s du toucher des passions de la terre. La pi?t?, les soins maternels, qui sont de l'amour encore, baume divin pour une ?me angoiss?e, ne suffisent plus, vides des instincts de bonheur que la passion d?veloppa et qui restent furibonds jusqu'? l'heure de l'agonie, comme un ch?timent que l'on porte au fond de l'?me pour avoir abus? des dons de Dieu.

Il ne faut qu'un r?ve dans l'ombre du coeur, un r?ve que le pass? empourpre de ses souvenirs, pour faire devenir cendres les teintes adoucies et suaves dont se colorait l'atmosph?re de l'existence. Mais c'est surtout quand on a connu les d?lices qu'il y a dans la trahison et dans l'adult?re que toutes les sensations s'affadissent et que toute vie devient insipide. Myst?re d?sesp?rant de la conscience qui fait hocher la t?te aux sages, que ce bonheur r?prouv? du ciel, disent les hommes, et fl?tri par eux, qui, faussant l'intelligence, fait pr?f?rer ? la vertu non pas lui, ce bonheur ?trange, mais la pens?e coupable et d?sol?e du temps qu'il exista, et ? laquelle on s'accroche, avec des mains palpitantes, plus encore pour l'idol?trer que pour le maudire.

Hortense ?tait arriv?e jusque-l? des sensations morales. Comme l'?ther sulfurique blase le palais, la passion avait blas? son coeur, ce coeur si nativement bon et tendre, et l'id?e de la vertu ne lui paraissait plus assez inspirante pour lui donner le courage de l'essayer, m?me par un effort de d?sespoir. Elle voulait du bruit, de l'?clat, de la p?ture pour ses organes qui ne f?t pas toujours de l'opium. Elle avait besoin de la musique aux sons ?clatants, aux fantaisies qui font hennir le coeur et relever la t?te, de la poussi?re qui prend ? la gorge, des sorbets glac?s qui jettent du froid jusque dans les ?paules et dont seulement une goutte ferait tant de bien si elle tombait sur le coeur, de la valse qui l'emportait dans des bras de chair humaine et lui faisait chercher dans des pressions voluptueuses des ressemblances et des souvenirs. C'?tait comme le pulmonique avec sa rage des acides qui doivent le tuer.

Il fut des soirs o? nous la v?mes plus belle; aucun o? elle par?t plus ravissante! Qui e?t dit alors que ces yeux d'une ardeur ? br?ler les cils de l'amant qui les fixait, ?taient souvent rougis de larmes? Que ce sein de houri n'?tait plus qu'un tr?ne d?sert, un coussin abandonn?, malgr? la fra?cheur de son tissu soyeux? Et que ce sein, sous ses ravissantes courbures, cachait un bouton de pourriture, une horrible tache de gangr?ne? Oh! personne de nous ne l'aurait dit. Et cependant, en observant attentivement cette danseuse effr?n?e, se jetant au plaisir d'un mouvement acharn?, comme le stylet se lance dans une poitrine ex?cr?e, on e?t devin? qu'elle cherchait ? se soustraire ? une id?e pers?cutrice, qu'elle ?tait vaincue, qu'elle fuyait, bient?t atteinte, d?pass?e, attaqu?e de nouveau en face, la fuyante! Et d?chir?e au front par l'id?e fatale, sous le diad?me de pierreries, visi?re de casque fauss?e et impuissante contre l'invisible ?p?e de la douleur, qui frappe toujours l'ennemi ? la t?te avant de l'achever dans le coeur!

Elle valsait avec un jeune officier de hussards, au teint rose comme celui d'un enfant, aux moustaches presque transparentes tant elles ?taient blondes, et que relevait le pur carmin d'une bouche gracieuse. C'?tait ce jeune homme que les charitables amis de Dorsay lui d?signaient, depuis un quart d'heure, pour son rival, et comme la femme est le sultan dans notre civilisation europ?enne, l'odalisque en pantalon rouge ? qui Hortense avait jet? le mouchoir. Shakespeare, mon grand sculpteur, les a fondus et p?tris dans une m?me argile, tous ces amis intimes, qui vous tendent la main dans la vie pour vous la blesser et qui soignent vos plaies pour y injecter plus ? l'aise des poisons condens?s. Il les a embrass?s et ?treints dans une seule pens?e et dans un seul bloc, vous savez, cette effroyable face de Iago, r?sum? fid?le des amiti?s humaines, totalis?es dans un seul homme.

Dorsay regarda le couple enlac?. En ce moment la musique allait comme l'?clair. La valse roulait imp?tueuse. Hortense, les joues enflamm?es, la t?te en arri?re, semait sur le parquet les fleurs qui pleuvaient de sa coiffure; elle ?tait tout ?chevel?e, ceinte ? la taille par un bras nerveux elle se penchait sur cet appui comme si elle e?t cherch? un lit pour s'y renverser, semblable ? la vierge viol?e qui ne se d?bat plus dans la lutte, mais qui s'?tend sous la p?moison. Ce tableau aurait pu rappeler ? Dorsay dix minutes de sa vie et de celle d'Hortense : dix minutes rapides, solennelles, br?lantes, o? il n'y avait ni valse, ni musique, ni bal, ni univers sinon eux. Ce souvenir aurait pu revenir Rien ne revint! Il se retourna et vit les jeunes gens qui l'entouraient abaisser tout ? coup leurs lorgnettes, et lui dire, avec une froideur insultante : A pr?sent, es-tu convaincu?

C'?tait l'aplomb et le geste de la sup?riorit? intellectuelle courbant un esprit r?volt? sous l'?vidence d'une d?monstration.

Sans ce mot il e?t gard? son sang-froid. Mais quand les bras se d?nou?rent et que la valse fut finie, ?cheveau de soie d?vid?, il avait d?j? repris toute la d?sinvolture de ses mani?res. Son visage ?tait aussi caressant que jamais en parcourant cette triple ligne de femmes, lasses, pench?es, assises, roul?es dans leurs cachemires rouges, bleus, orange, et secouant d'impatience ou de langueur leurs t?tes d?fris?es d'o? s'exhalait cette odeur sensuelle des fleurs m?l?e ? la sueur, vapeur suave et chaude comme l'h?liotrope, qui s'?levait non comme d'un bain, mais comme d'une fournaise de parfums.

Hortense n'attendit pas la fin du bal pour demander sa voiture. Elle se retira de bonne heure, apr?s avoir pr?text? une indisposition subite ? son mari qui resta.

A peine ?tait-elle rentr?e chez elle et d?shabill?e qu'elle s'?tablit au coin de son feu, fit approcher d'elle une table de bois de citronnier sur laquelle gisait une lettre commenc?e, et, sa femme de chambre renvoy?e, elle appuya son coude sur sa table, son front dans sa main, et se tint ainsi toute r?veuse.

Avez-vous quelquefois, Maria, laiss?, comme Hortense, le bal dans tout son ?clat, dans toute sa fougue, et caprice ?prouv? le besoin du repos apr?s tant de bruit? Avez-vous quelquefois abandonn? la f?te au plus fort de la m?l?e pour retrouver la chambre en d?sordre que vous aviez quitt?e impatiente de l'heure qui allait sonner? Vous ?tes-vous aussi appuy?e sur la table o? se trouvait la lettre inachev?e, interrompue par l'impatience de partir? Et ? revenir plus calme et presque r?fl?chie aux lieux qui vous avaient vue fr?missante, avez-vous senti un charme, une douceur secr?te, quelque chose de moins serr? au coeur? On dit que c'est chose d?licieuse de laisser-aller et de vague tristesse. Mais Hortense ne sut rien de tout cela, car tout cela ne se sent que quand la vie s'essaie encore, que quand ni vent du ciel, ni haleine humaine, ni poussi?re d'ici-bas, n'a gliss? sur la surface d'une ?me de cristal et que rien n'a ?branl? un fr?le corps d'enfant presque transparent et palpitant comme une goutte de pluie suspendue fragilement au bord recourb? d'un calice de lys.

R?veuse, elle n'achevait point la lettre commenc?e. Tout ? coup, et ce ne fut point le timbre de la pendule un bruit la tira de sa r?verie. Elle leva les yeux et vit Dorsay.

Ne craignez pas, Marie, que je vous montre en d?tail cette intimit? de l'adult?re, ce d?laissement de toute pudeur, et le respect de soi-m?me disparaissant devant un d?lire souill? d'amour. Hortense, depuis longtemps, ?tait perdue sans ressource. Qu'importe que ce soir-l? elle se soit mise ? genoux une fois de plus devant l'homme qui l'avait avilie Plus bas qu'? genoux, ? son cou, pour lui demander une caresse, un peu de ce qui lui restait quand il avait tout prodigu? ? d'autres. Infamie! un peu de lui qui ne l'aimait plus. Plus que jamais, plus durement que jamais, elle fut repouss?e. La malheureuse tomba sans connaissance sur le tapis.

Quand la vanit? s'avise d'?tre jalouse, elle doit ?tre implacable. Dorsay le fut. Comparez-le ? cet Othello qui ne veut pas que Desd?mone trahisse d'autres hommes et prononcez!

A coup s?r, Auguste ?tait venu chez Hortense avec l'intention de lui rendre au centuple ce que ses amis lui avaient fait endurer de souffrances avec leur ton leste et leur piti? moqueuse Mais probablement il ne pr?voyait pas jusqu'? quel point il serait atroce. Mal?diction! Il fallait que cette nuit-l? Hortense s'?vanou?t ? ses pieds. La chute d'Hortense avait repli? sous elle ses l?gers v?tements de nuit. Ses admirables formes ressortaient sur la couleur sombre du tapis, comme celles d'une blanche statue tomb?e de son pi?destal sur le gazon fl?tri par un vent d'hiver. Dorsay se mit ? sourire.

Tu m'appartiens, dit-il ? voix basse, et depuis longtemps je ne veux plus de toi. Tu es d?shonor?e. Je t'ai mis une empreinte au front. Eh bien, pour que tu ne sois jamais ? d'autres, tu seras encore marqu?e ailleurs.

Il prit sur la table ? ?crire la cire argent et azur et un cachet. Jamais bourreau ne s'?tait servi d'instruments plus mignons. Le cachet, o? ?tait artistement grav?e une myst?rieuse devise d'amour, ?tait un superbe onyx que lui, Dorsay, avait donn? ? Hortense dans un temps o? la devise ne mentait pas. Il pr?senta ? la flamme de la bougie la cire odorante, qui se fondit toute bouillonnante, et dont il fit tomber les gouttes ?tincelantes l? o? l'amour avait ?puis? tout ce qu'il avait de nectar et de parfums.

La victime poussa un cri d'agonie et se souleva pour retomber. Dorsay, intr?pide et la main assur?e, imprima sur la cire bleue et paillet?e qui s'enfon?ait dans les chairs br?l?es le charmant cachet ? la devise d'amour!

Il avait bless? une forme d'ange et tu? la femme. Il rendait Hortense toute semblable ? la statue ? laquelle j'ai dit plus haut qu'elle ressemblait, mais statue qui n'?tait pas de marbre, quoique impuissante comme le marbre, et dont le sein n'?tait pas atteint. S'il avait pu la scier en deux, comme on coupe un serpent, il e?t ?t? moins barbare, car du moins une moiti? n'aurait pas v?cu.

Mme de *** garda six mois sa chaise longue d'un mal de pied qu'? force de soins les m?decins parvinrent ? gu?rir. C'est une grande femme p?le et belle encore, qui se tra?ne au lieu de marcher. Elle n'a pas eu le courage de se tuer; et elle n'est pas devenue stupide.

Imaginez, Maria, quelle dut ?tre la position de cette femme quand son mari

Son mari, depuis, ne lui a pas adress? une parole. Il vit sous ses yeux avec une femme de chambre qu'il n'est pas m?me permis ? Mme de *** de gronder quand elle lui manque de respect.

Eh bien, Maria, est-ce qu'? pr?sent vous n'aimez pas Othello?





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