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Le canon du sommeil

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Jai cela au premier, la vue sur la rivi?re, tr?s pittoresque, exposition unique.

Alors, faites monter les bagages, je vous prie.

Et je suis le Hansknecht (gar?on) qui nous guide vers lappartement, quil nous confie myst?rieusement ?tre r?serv? ? la Noblesse.

Ce gar?on l? nignore certainement pas que tout flatteur vit aux d?pens de celui qui l?coute.

Miss Tanagra et moi, nous sommes seuls dans le salon qui s?pare nos chambres respectives. Nous allons entrer chacun chez soi. Je la retiens un moment, pour lui dire:

Vous esp?rez donc, miss Tanagra, que X.323 sera de notre avis?

Ah! murmura-t-elle tendrement, si lespoir nexistait pas

Oh! il existe Car, sur le registre de lh?tel, sauf les noms imagin?s, vous avez ?crit ce qui doit ?tre la v?rit? de demain.

Sans doute, elle ne voulait pas savancer sans avoir consult? X.323, car elle ne retint quune partie de ma phrase.

Vous vous m?prenez. Graben-Sulzbach nest pas un nom imagin?.

Que voulez-vous dire, fis-je laccompagnant docilement sur le terrain quelle paraissait choisir de pr?f?rence?

? Vienne, ? la Cour et dans la ville, je suis bien r?ellement comtesse de Graben-Sulzbach.

Je ne pus retenir une exclamation stup?faite.

Comme vous ?tiez, ? Madrid, marquise de Almaceda, sans doute.

Je riais, lui montrant ainsi que les noms mimportaient peu, car je lui en avais attribu? un plus joli que tous les autres, lAim?e.

Mais elle secoua la t?te, et lentement:

? Madrid, je suis marquise de Almaceda, par licence courtoise de mon fr?re, d?tenteur du titre. ? Vienne, je suis comtesse de Graben-Sulzbach, parce que titre et nom mappartiennent en propre.

Puis avec un sourire qui corrigeait lironie du ton:

Si vous le voulez bien, dans une demi-heure, nous parcourrons la ville. Munich vaut quon ladmire. Cest une belle et fi?re cit?.

Elle avait disparu avant que jeusse song? ? r?pondre.

En v?rit?, je me trouvais devant elle un ?trange ?tat desprit. Elle bouleversait mon sang-froid, comme jamais je naurais suppos? quil p?t l?tre.

Je me sentais ? la fois son appui et son esclave.

Oh! Tanagra, Tanagra, aujourdhui encore, est-ce que je sais bien ce que mon c?ur ?prouve en face de vous!

Mais elle avait parl?. Je p?n?trai dans la chambre qui m?tait r?serv?e, afin d?tre pr?t pour la promenade au moment indiqu? par ma ch?re compagne.

Et dans la capitale bavaroise, parmi les passants qui ne le comprendraient pas, nous prom?nerions laurore dun doux bonheur damour.

Seulement toutes les aurores ne sont pas exemptes de nuages.

La n?tre devait avoir le sien, qui troubla notre t?te-?-t?te ? travers la ville. Dans lesp?ce, la nu?e fut un groupe de camelots criant je ne sais quelle feuille quotidienne.

?tant donn? que les journaux allemands comptent surtout pour exister sur leurs abonnements, cest-?-dire, sur une base que les presses anglaise et fran?aise estiment repr?senter au maximum 33 pour cent du tirage, on ne crie le quotidien allemand en vue dattirer lattention de lacheteur au num?ro que lorsquil contient une nouvelle tout ? fait sensationnelle.

Cest ce que me fit remarquer miss Tanagra, et jachetai le journal un zeitung quelconque, quaujourdhui encore je voue ? lex?cration des fianc?s, car il mapportait le premier avertissement de la cruelle v?rit?: le bonheur est chose fragile, plus fragile que la neige fondante sur le toit expos? au soleil.

Ne critiquez pas la comparaison, je vous prie.

Elle ne sort pas des tiroirs imaginatifs de Max Trelam. Son p?re est un certain Goethe que luniversalit? des hommes, sur la foi de quelques-uns qui lont lu, proclament une des plus ?clatantes manifestations du g?nie humain.

Mais jen reviens ? mon zeitung. Pourquoi jeta-t-il une ombre sur notre p?r?grination ? travers Munich?

Oh! tout simplement ? raison de deux entrefilets encadr?s, lun en premi?re colonne; lautre en quatri?me.

Celui-l? annon?ait que Herr Haute Naissance Comte Strezzi, conseiller priv? dAutriche, administrateur g?n?ral des services de Reconnaissances et dAviation militaires Austro-Hongroises, etc., venait deffectuer aux environs de la fronti?re austro-serbe, des exp?riences de marche de son ballon dirigeable, le Strezzi, qui laissait loin derri?re lui, et pour la vitesse et pour la maniabilit?, la?rostat similaire si populaire en Allemagne d? ? linventeur Zeppelin.

Lautre relatait que de nouvelles victimes de la mort par le rire avaient ?t? d?couvertes ? Belgrade, en Serbie. Les chefs du parti patriote avaient ?t? frapp?s par linexplicable maladie, et la peste bubonique touchait les habitants depuis la fun?bre trouvaille.

Et comme miss Tanagra, le visage soudainement attrist?, lisait ? demi-voix les deux articulets quelle soudait lun ? lautre, je me hasardai ? lui dire:

Que la mort hilare et la peste soient des ph?nom?nes connexes, je le crois. Mais que peut avoir de commun avec ces ph?nom?nes, une exp?rience de dirigeable.

Elle me r?pondit dun ton dont la tristesse ne me parut pas justifi?e:

La mort aussi est dirigeable entre les mains dun criminel audacieux.

Oh! Un personnage comme ce comte Strezzi ne saurait sadonner ? si odieuse besogne.

Elle me toisa avec une ?vidente ironie. Ses l?vres sagit?rent comme si elles allaient prononcer des mots de lumi?re, mais elle r?fl?chit sans doute et feignant lenjouement revenu:

Continuons notre promenade. Apr?s demain, ? Vienne, je penserai ? haute voix devant vous. Il faut auparavant que mon fr?re, mon chef, le permette.

Et puis, une anxi?t? soudaine, inexplicable, voilant le timbre argentin de son organe, elle reprit mon bras quelle avait abandonn? pour d?ployer le journal Elle mentra?na vivement. On e?t dit que nous fuyions un danger invisible pour ma personne.

Deux jours dattente, ou de r?pit, soupira-t-elle. Buvons les roses de ces jours despoir. Pourquoi le bonheur, le plus grand, le plus doux des bonheurs nen marquerait-il pas le terme!

Javoue que je ne voyais pas pourquoi nous ne trouverions pas la f?licit? en gare de Vienne. Il me semblait quaucun dirigeable, quaucun tr?pas hilare ne pourrait nous d?sunir.

XV.UNE M?TAMORPHOSE QUOVIDE NE PR?VIT PAS

Kaiserin Elisabeth, West banhof Terminus.

Ce qui se traduit:

Station de lImp?ratrice Elisabeth. Gare terminus de lOuest!

Cest ce que crie un employ? du chemin de fer, ? la porte du wagon o? miss Tanagra et moi avons pris place la veille, ? Munich.

Le grand Express Europ?en na pas une minute de retard.

En e?t-il dailleurs que je lui serais indulgent. Jai ?t? si parfaitement heureux durant le trajet effectu? ? une allure vertigineuse.

Miss Tanagra me marquait une gratitude infinie de ma recherche.

Pauvre ch?re chose, elle me savait gr? de ne point partager les sots et injustes pr?jug?s du commun des mortels, de cette horde dinf?rieurs ? qui les Latins attribuaient cette ?tiquette si m?prisante en sa concision: Vulgum pecus! De la gratitude delle ? moi Bah! Cela n?tait pas mati?re ? discussion. Quand on a toute sa vie pour adorer un ange, on peut bien lui passer la fantaisie de vous tresser des couronnes pendant cinq minutes.

West banhof terminus!

? ce cri, je sautai sur le quai. Ma compagne my joignit, et suivis ? trois pas par un homme de peine charg? de nos valises, nous nous achemin?mes vers la sortie.

Nous ?tions ? Vienne. Dans quelques instants nous serions en pr?sence de X.323, et notre engagement deviendrait d?finitif. Tanagra serait lengag?e, la fianc?e de Max Trelam.

Quand le c?ur chante l?pithalame des fianc?s, les l?vres se taisent

Nous marchions en silence, lun pr?s de lautre. Pourquoi faire bruire dans lair des paroles inutiles. Est-ce que nos ?mes avaient besoin de mots pour sentendre, se comprendre, se confier les adorables esp?rances?

Nos tickets remis ? lemploy? pr?pos? au contr?le, je murmurai dun ton plaisant:

Ch?re aim?e comtesse de Graben-Sulzbach, vous accompagnerai-je au logis de votre fr?re le marquis de Almaceda X.323, ou bien me faudra-t-il attendre un signe de vous dans lendroit quil vous plaira de me d?signer.

Elle allait r?pondre dans la m?me note, je le voyais au sourire ?panoui sur sa bouche exquise.

Tout ? coup, son sourire, se figea. Une expression de d?tresse crispa sa physionomie. Je suivis la direction de ses regards et je demeurai moi-m?me stup?fait.

Agathas Block, si adroitement laiss? ? lh?tel Royal de Boulogne, ?tait l? devant nous, en gare de Vienne.

Je remarquai machinalement quil ?tait v?tu avec la supr?me ?l?gance dun parfait gentleman; un monocle ? monture dor ajoutait ? lexpression ironiquement cruelle de sa physionomie.

Il nous consid?rait avec insistance. On e?t dit quil nous attendait.

Comment se trouvait-il l?? Par quel hasard malencontreux nous joignait-il alors que nous nous ?tions donn? tant de mal pour croiser nos traces?

Je neus gu?re le loisir de me livrer ? ma manie coutumi?re des points dinterrogation. Agathas Block se chargea dy r?pondre.

Il vint ? nous, salua ma compagne et du ton le plus aimable, affectant lattitude dun ami recevant des amis ? la descente du train:

Comtesse de Graben-Sulzbach, commen?a-t-il Jai eu une douloureuse ?motion ? Boulogne. Je me suis demand? un instant si la plus brillante fleur de la soci?t? Viennoise avait renonc? ? ses domaines pour entrer en religion.

Monsieur Agathas, fis-je avec impatience, permettez

Que je me pr?sente ? vous, sir Max Trelam, et sinclinant derechef: Comte Strezzi.

Strezzi!

Je r?p?tai ce nom sans en avoir conscience. Les articulets du zeitung de Munich se repr?sent?rent ? mon esprit. Le dirigeable Strezzi, la mort par le rire, l?pid?mie de peste de la capitale serbe, Belgrade.

Mes id?es tourbillonnaient. Linstinct mavertissait quune catastrophe ?tait suspendue sur ma t?te.

Le comte imperturbable continuait.

Javais un doute, depuis longtemps. Gr?ce ? votre concours, tout involontaire quil soit, sir Max Trelam, ce doute nexiste plus. Je vous marquerai ma reconnaissance, vous le verrez.

Puis, revenant ? miss Tanagra, alias comtesse de Graben-Sulzbach.

Jai pens?, jolie comtesse, que si votre fr?re et vous m?me ne pouviez ?tre pris en faute, jaurais peut-?tre chance de vous atteindre par un de vos amis.

Moi, b?gayai-je les dents serr?es, me rendant compte que je devais ?tre affreusement p?le.

Il eut un sourire moqueur, je dirais satanique si l?pith?te navait une saveur vieillotte dix-huit cent trente, et dun accent protecteur:

Ne minterrompez pas, dear sir, un instant mon confr?re. Je joue cartes sur table. Vous saurez donc tout sans questions oiseuses, dont le seul effet serait de ralentir mon explication.

Puis rivant son regard sur ma compagne:

Sir Max Trelam devait ?tre mon guide, adorable comtesse. J?tais s?r que vous le convieriez ? la bataille contre la mort de rire. Cest tout naturel. On soigne la gloire de ses amis. En mattachant aux pas de sir Max Trelam, j?tais assur? darriver jusqu? vous. En d?pit de votre adresse, il a bien fallu quil dispar?t ? Boulogne, en m?me temps que certaine religieuse; je ninsiste pas par respect pour le v?tement sacr?. Et comme j?tais certain ?galement que lhonorable gentleman repara?trait ? Vienne, jy suis venu directement et je vous attendais.

Dire la col?re qui bouillonnait en moi est impossible.

Je comprenais confus?ment que dans un duel ind?termin?, engag? entre le comte Strezzi et mes amis, javais jou? sans le savoir le r?le dappeau qui les avait attir?s dans un pi?ge.

Mais je tressaillis. Elle parlait, elle semblait avoir recouvr? son sang-froid.

Vous vous exprimez ? la fa?on des charades, cher comte, et vous mobligez ? un aveu p?nible. Je ne devine pas le mot.

Ne cherchez pas, je vous en prie. Je vais vous le donner, je ne me pardonnerais pas de vous imposer un travail qui semble vous d?plaire.

Ah! le sourire de cet homme. Jy lisais quil ?tait certain de tenir ? sa discr?tion celle qui aurait pu ?tre une si ador?e mistress Trelam.

Je souhaite avoir ce soir un entretien avec vous et avec M.votre fr?re.

Mon fr?re, vous savez mal la g?n?alogie des Graben-Sulzbach Il ny a pas de comte Graben.

Je nai pas dit quil y ait un personnage de ce nom, comtesse, remarquez-le Jai dit votre fr?re, rien de plus. Ajouterai-je une d?signation qui vous sera peut-?tre plus famili?re: X.323.

Jattendais ce nom et cependant, en lentendant sortir de la bouche de ce damn? comte Strezzi, je frissonnai de tout mon ?tre.

Il me sembla que toute la personne de mon aim?e subissait un flottement, on e?t cru quelle allait perdre l?quilibre, telle une personne fouett?e par un coup de vent violent; mais elle se raidit, parvint ? appeler un sourire sur ses l?vres d?color?es par langoisse.

Ce nom, en effet, a ?t? prononc?, notamment dans les articles si remarqu?s de M.Max Trelam, au Times, articles qui mont si pr?occup?e quau risque de sembler romanesque, jai voulu en conna?tre lauteur. Lexamen lui a ?t? pleinement favorable, et je me fais un plaisir de vous annoncer ? vous le premier notre prochain mariage. Ce secret sentimental vous explique mon voyage, mon d?sir de fuir un t?moin g?nant, si galant homme quil soit. Mais de l? ? conclure que jentretiens des relations avec un monsieur X.323, il y a un ab?me. Pourquoi voulez-vous que je connaisse ce h?ros daventures espagnoles, que sir Max Trelam, si jai bien lu ses articles, a d?clar? lui-m?me ne pas conna?tre bien quil le?t rencontr? plusieurs fois.

J?tais louch? de la vaillance de la courageuse jeune fille, jen ?prouvais une fiert?. Et puis ne venait-elle pas de proclamer notre prochaine union. Cela mincitait ? me r?jouir presque de lintervention du comte Strezzi.

? ?go?sme damour, sentiment ? vue courte!

Linterlocuteur de ma fianc?e lavait ?cout?e avec lattention la plus courtoise. Aucun geste de protestation ne lui avait ?chapp?. Au risque de passer pour na?f, je d?clare que je le croyais convaincu, ou tout au moins, r?duit ? para?tre tel.

Et je fus encore affermi dans cette croyance, quand il insista:

Alors, ch?re comtesse, je nai qu? implorer le pardon de mon erreur, puisque vous ne connaissez pas le seigneur X.323.

Oh! pas du tout.

Vous ?tes bonne. Vous pardonnerez quand jaurai ajout? que mon erreur entra?ne avec elle, pour moi-m?me, une cruelle d?ception.

Oh! fit-elle en riant, rassur?e apparemment par la tournure de lentretien. Une d?ception de ne pas trouver en moi lamie dun personnage int?ressant, je nen disconviens pas, mais qui en somme est un espion.

De haute valeur, comtesse Noubliez pas quen Autriche, nous avons faite n?tre, la th?orie si juste de lEmpire dAllemagne: Celui qui sert son pays doit ?tre honor? quelles que soient les armes quil tourne contre lennemi. Lespion est encore un soldat.

Elle riposta dun ton l?ger:

Peut-?tre cela est-il juste. Mais je ne pourrai jamais arriver ? assimiler un espion ? un soldat. Cela tient sans doute ? la faiblesse de mon intelligence f?minine.

Chacun juge selon sa conscience, fit le comte Strezzi dun ton doctoral. Moi, je proclame mon admiration pour lespion X.323 Admiration r?elle, agissante, car, je vous le confesse, ch?re comtesse, si je cherche actuellement ? le joindre, cest uniquement pour lui ?tre agr?able.

Vous voulez lui ?tre agr?able, sexclama miss Tanagra dun ton qui trahissait une surprise extr?me.

Oui, jugez-en. Je souhaite lui donner des nouvelles de miss Ellen, disparue depuis six jours du Trilny-Dalton-School de Londres.

Il navait pas achev?, quavec un cri sourd, ma fianc?e se renversait en arri?re. Elle fut tomb?e sur le trottoir si je ne lavais re?ue dans mes bras.

Des passants sarr?taient, curieux comme tous les habitants des agglom?rations humaines, mais un fiaker (voiture de place ? deux chevaux) appel? par un signe du comte, vint se ranger le long du trottoir.

Portez cette jeune dame dans la voiture, me dit Strezzi dun accent de commandement contre lequel je ne songeai pas ? me r?volter, tant j?tais boulevers? par cette r?percussion inattendue de lenl?vement de la Trilny-Dalton-School.

Job?is Je pris place aupr?s de ma ch?re aim?e, toute bl?me, sans connaissance, frissonnant f?brilement entre mes bras.

Le comte sassit sur la banquette de devant apr?s avoir jet? cette adresse au cocher.

Graben-Sulzbach ha?s! (h?tel de Graben-Sulzbach.)

XVI.LE TR?SOR DE LA TANAGRA

Dans la voiture, le silence r?gnait.

Des id?es cavalcadaient dans ma t?te. L?vanouissement de miss Tanagra que je soutenais dans mes bras, Miss Ellen, son sosie, le comte Strezzi, X.323 se livraient ? une course ?chevel?e ? travers mes m?ninges.

Qui ?tait miss Ellen, que son seul nom e?t produit pareil bouleversement chez ma fianc?e?

Cependant notre fiaker nous emportait ? bonne allure. Nous avions travers? les jardins de Bathauspark, coup? la ligne des Rings ou boulevards ext?rieurs encerclant la ville int?rieure ou Vieille Vienne, long? les jardins de Volks, puis le Burg, r?sidence habituelle de lEmpereur pour entrer enfin dans Rothenturmstrasse.

Depuis un instant, mafianc?e avait rouvert les yeux.

Ou sommes-nous, murmura-t-elle?

Ce fut le comte Strezzi qui lui donna la r?plique.

Nous arrivons ? votre r?sidence, comtesse. Jai pens? quil vous plairait de continuer chez vous lentretien que votre faiblesse a si d?sagr?ablement interrompu.

Ah oui, fit-elle avec ?garement. Ellen! Je me souviens.

Ne vous ?motionnez pas, reprit son interlocuteur dun accent cauteleux, la jeune fille est en excellente sant?. Et je ne doute pas que nous arrivions ? la maintenir dans cet ?tat sanitaire satisfaisant.

Elle parut chercher autour delle. Ses yeux rencontr?rent les miens. Jy lus un tel appel ? mon appui, que je pronon?ai:

Mademoiselle de Graben-Sulzbach ne me semble gu?re en ?tat de supporter une longue conversation.

Elle minterrompit vivement:

Si, si, le plus t?t sera le mieux; mais je d?sire que sir Max Trelam soit pr?sent.

Je regardai le comte. Je suis certain que mon coup d?il disait:

Prends garde. Si tu refuses, tu vas apprendre ? tes d?pens ce quest la col?re dun bon et loyal Anglais.

Lui, ne parut m?me pas sapercevoir de mes dispositions agressives.

Il inclina paisiblement la t?te pour souligner son acquiescement.

Je serai ravi de parler devant sir Max Trelam. Je le tiens pour un homme tout ? fait raisonnable, et je suis assur? quil maidera ? vous convaincre de limpossibilit? de lutter contre certaines n?cessit?s.

Moi, ny comptez pas.

Oh! Oh! ne vous pressez pas daffirmer pareille chose. Le sage r?serve son opinion jusqu? connaissance compl?te des pi?ces du proc?s.

D?cid?ment, Strezzi mhorripilait.

Et comme sil s?tait amus? de ma rage impuissante, ce mis?rable comte Strezzi reprit dun ton ?l?gamment persifleur:

Je suis certain, du reste, que les phrases prononc?es donneront ? sir Max Trelam un merveilleux th?me pour une nouvelle s?rie darticles au Times.

Et avec un salut terriblement ironique dans sa courtoisie affect?e, il dit:

Vous le voyez, mon cher confr?re, il appuya sur les trois mots, de fa?on ? les faire p?n?trer dans mon cerveau, comme des pointes daiguilles vous le voyez, au Standard, nous sommes beaucoup plus accueillants quau Times.

Cen ?tait trop. Il me plaisantait ? pr?sent sur notre rencontre initiale, alors quil s?tait cach? sous la personnalit? dAgathas Block.

Si je ne le corrigeai pas, cela tint uniquement ? ce que le fiaker stoppa ? cette minute pr?cise devant lh?tel de Graben-Sulzbach.

Nous ?tions arriv?s. Dans quelques minutes, je saurais Je saurais surtout comment je me pourrais d?vouer ? ma ch?re aim?e, car nest-ce pas, aucun doute nexistait ? cet ?gard, je me d?vouerais ? fond.

Nous descend?mes. Tout en soutenant ma fianc?e chancelante, comme bris?e par l?motion intense qui lavait terrass?e, jeus la curiosit? professionnelle de jeter un regard sur la r?sidence viennoise de la pauvre victime du destin, ? laquelle le sort, en son ironie, attribuait des titres nobiliaires vari?s, en cachant un cilice sous ces parures de la vanit?.

Une noble maison comme la vieille ville en contient encore quelques-unes. Le portail, lencadrement des crois?es dataient de la p?riode de transition de ce que lon pourrait appeler le gothique islamique. Des ogives o? se pressent la forme du tr?fle oriental. Entre les ouvertures, des panneaux sculpt?s, polychromes, h?ritage des r?ves byzantins.

La porte tourna sur ses gonds massifs. Un suisse g?ant, dont la livr?e moderne contrastait avec la riche et s?v?re tenue du lieu, seffa?a en une attitude respectueuse et fig?e.

Wurms, dit miss Tanagra dune voix faible. Une affaire importante qui ne souffre aucun retard. Je recevrai mes bons serviteurs ensuite.

Le g?ant pronon?a avec des r?sonances de basse taille.

Ya! Ya!

Nous pass?mes devant le serviteur allemand, et apr?s avoir gravi un ?tage dans un escalier o? nos pas n?veillaient aucun ?cho, leur bruit ?touff? par un ?pais tapis c?dant sous le pied, nous p?n?tr?mes dans un petit salon Louis XVI, aux vitrines exquises, toutes remplies de vases, de figurines, de miniatures, repr?sentant une fortune de collectionneur.





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