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Le canon du sommeil

( 20 21)



Oui, eh bien?

Eh bien, la sonnerie na pas r?sonn? depuis que Herr Goertz est rentr? de permission Il a sonn?, puisque je lui ai ouvert, nest-ce pas? Je laffirme sur ma t?te Et je viens de trouver cela dans la bo?te.

Strezzi hausse violemment les ?paules. ?videmment il doute de la vigilance dHermann; pourtant il ne dit rien.

? quoi bon! Il prend la lettre, louvre; mais ? peine y a-t-il jet? les yeux quil a un cri.

X.323 !

Tous, nous sursautons. Ce nom, jet? dans le silence, a boulevers? tout le monde.

Mes compagnes et moi avons limpression que nous serons veng?s!

Strezzi et ses acolytes ont peur. Je le reconnais ? leurs regards effar?s, ? leurs attitudes inqui?tes de fauves ? lapproche de la meute.

Et lui, comme pouss? par une force dominant sa volont?, lit les lignes suivantes:

Tous les atouts semblent dans votre jeu. Ils semblent seulement.

Comme preuve, je vous pr?viens, conform?ment ? mes habitudes de loyaut? que, ce soir, ? minuit, jentrerai dans votre laboratoire.

Jesp?re que vous my attendrez avec votre complice Morisky, pour entendre ? quelles conditions je consens ? traiter avec vous.

Je vous laisse libre de prendre toutes les pr?cautions que votre terreur vous sugg?rera. Je vous avertis pourtant que rien ne memp?chera de faire ce que jai r?solu.

Sign?: X.323 .

Tous courbaient la t?te, jetant ? la d?rob?e des regards apeur?s autour deux. Cela ?tait tragique de constater ainsi la puissance de lhomme remarquable dont le hasard ou la providence mavait fait lami.

Un chiffon de papier, sur lequel sa main avait trac? quelques lignes, et les criminels exceptionnels qui nous tenaient en leur pouvoir frissonnaient d?pouvante.

Enfin Morisky, qui seul a conserv? quelque sang-froid, ?met cette supposition:

Pour annoncer aussi affirmativement son entr?e ? minuit dans le laboratoire, X.323 doit ?tre assur? quaucune pr?caution ne saurait lemp?cher dy p?n?trer.

Que voulez-vous dire, Morisky?

? la question de Strezzi, le savant r?plique:

Je veux dire que, d?s maintenant, il est cach?, quelque part, dans le m?andre des couloirs souterrains.

Et un murmure terrifi? accueillant lhypoth?se, le f?roce microbiologiste ajoute dun ton d?daigneux:

Haut les revolvers, mes enfants. X.323 est bien habile, mais je nai jamais ou? dire que son ?piderme fut ? l?preuve de la balle.

Atroce bonhomme. Il souffle sur mes esp?rances qui s?croulent comme un ch?teau de cartes.

Cest vrai, ils sont Combien sont-ils? Neuf ouvriers, le concierge Hermann, Goertz, Morisky, Strezzi Tiens, ils sont treize exactement Cela porte malheur, disent les gens superstitieux Malheur, ? qui? Je tremble que ce soit ? mon beau-fr?re, seul en face de treize revolvers que les bandits tiennent ? pr?sent ? la main.

Cela leur a rendu du ton de sentir sous leurs doigts des armes fid?les, incapables de trahir leur ma?tre.

Chacun a foi dans les cinq ou six cartouches quil a ? sa disposition.

Chacun se dit que, sa main ne tremblant pas, il tient cinq ou six fois la vie de X.323 ? sa merci.

Malheureusement, moi aussi, je me dis cela Sur le visage de miss Tanagra, je lis la m?me impression d?courageante.

Je reporte mes yeux sur sa s?ur. ?trange! Miss Ellen sourit.

Elle a confiance, elle Elle ne doute pas de la victoire de son fr?re

Sil est dans les grottes, il faut forcer X.323 ? se montrer avant lheure fix?e.

Hein? Qui parle? Ah! ma foi, cest le prince Strezzi. Ses aides le consid?rent. On devine que la parole de leur chef a ?veill? en eux une esp?rance.

Il a un ricanement sinistre, en v?rit?. Est-ce quil aurait trouv? le moyen de faire pi?ce ? X.323 ?

Eh! Eh! plaisante-t-il, X. 323 est sto?que lorsquil sagit de lui-m?me, mais sa tendresse fraternelle me lavait d?j? livr? une fois Voyons donc si elle a diminu? depuis quun mariage a uni nos deux familles.

Le revolver au poing, il va vers la porte du laboratoire, louvre brusquement et il clame au dehors, de toute la force de ses poumons:

Je convie X.323 au drame qui va saccomplir.

Sa voix, enfl?e par les r?sonnances des salles souterraines, a roul? de crevasse en crevasse. Les ondes sonores sentrechoquent avec un bruit de torrent bondissant sur un lit rocheux.

Tous les revolvers sont maintenant braqu?s sur la porte dont le rectangle se d?coupe sur le noir de la caverne.

Mais rien ne r?pond ? lappel du prince.

Alors, celui-ci, toujours for?ant sa voix, clame:

Goertz, prenez une pipette dacide sulfurique. Nous en verserons quelques gouttes dans les beaux yeux de miss Ellen. Voyons un peu si X.323 laissera aveugler sa s?ur.

Un silence de mort accueille cet ordre.

Les bandits peut-?tre sentent que leur f?rocit? est faible en regard de celle ? qui ils sont inf?od?s.

Je crois bien que le contrema?tre Goertz, lui-m?me, a un vague mouvement de recul.

Je naffirme pas. Je ne suis pas en ?tat dobserver.

Aveugler miss Ellen, ?teindre les algues marines de ses yeux Ah! mon c?ur, mon cerveau, sont emport?s dans un tourbillon de haine contre le bourreau, de d?sir ?perdu de sauver la victime.

? cette heure, r?v?lation subite, irr?sistible, ?toile lumineuse jaillissant dun chaos, je sens, je crois, je sais que cest elle que jaime. Le crime a chass? mes ind?cisions sentimentales

Entre les deux ?preuves identiques de la fianc?e bien-aim?e, limminence du p?ril ma fait choisir.

Et je fouille dans ma poche; jen extrais mon couteau albanais. Dun ?lan furieux, je me rue sur le prince. Je frappe de toute ma puissance musculaire

Tout cela est rapide comme la foudre, et je me trouve stup?fait, d?concert?, ?treignant le manche de mon arme dont la lame sest bris?e net.

Tandis que Strezzi, lequel a chancel? sous le choc, arr?te dun geste ses complices pr?ts ? se jeter sur moi, il me lance, supr?me ironie, cette explication qui maccable.

Pensiez-vous donc que je me promenais en votre compagnie sans prendre, les plus ?l?mentaires pr?cautions. Jai une cotte de mailles, sir Max Trelam, et voyez le bouffon de laventure; cette cotte qui me prot?gea contre le couteau dun Anglais, est de fabrication anglaise, made in England, sir Max Trelam.

Quallais-je r?pondre, pouss? au paroxysme de lexaltation par la raillerie de cet ex?crable individu Je ne saurais avoir une id?e pr?cise ? cet ?gard.

Il est vraisemblable, toutefois, que jaurais ?t? ridicule.

On lest toujours quand on menace lennemi que lon est incapable datteindre.

Ce fut le nomm? Goertz qui m?vita cette nouvelle humiliation.

Mest avis, pronon?a-t-il, que le sieur X.323 ne se pr?sentera pas avant lheure indiqu?e par lui Remettons donc lapplication du collyre au vitriol ? ce soir. Cela donnera du mouvement ? la conversation Et puis, si mes chers seigneurs Strezzi et Morisky veulent bien pr?ter loreille ? une proposition, je crois que nous serons en mesure de d?clarer ? ce digne X.323 que nous lui accorderons notre absolution sil consent ? absorber la l?pre de bonne volont?.

Il riait affreusement, ce r?pugnant Goertz.

Sans doute ses chefs avaient confiance dans ses facult?s nocives, car Morisky approuva du geste, et Strezzi commanda:

Reconduisez les prisonniers ? leur appartement et revenez tous ici.

On nous entra?na au dehors, ainsi quil lordonnait.

XX.LE COUP DE MINUIT

Vous connaissez le Colosseo ? Rome, ce Colosseo quen France vous appelez Colis?e[4]4
Le Colis?e se nommait en latin Colosseum, ? cause dune statue gigantesque de N?ron. Les Italiens lui ont conserv? le nom de Colosse, nom justifi? par ses dimensions. Cent mille spectateurs y trouvaient place.


[]
, je nai jamais pu comprendre pourquoi.

Cest la ruine gigantesque et hautaine du cirque des C?sars, o?, sur les gradins, un peuple tout entier venait se repa?tre de lagonie de centaines de gladiateurs, de fauves, de chr?tiens, de barbares, victimes volontaires ou non, offertes en holocauste ? la cruaut? dune race accoutum?e par dix si?cles de victoires ? se croire une race de ma?tres, ?rig?e au milieu du troupeau vulgaire et esclave de lhumanit?.

Eh bien, sous les gradins effondr?s, en ces remises, souterraines autrefois, o? les belluaires, r?tiaires, martyrs, attendaient lheure de mourir, javais r?v? nagu?re la pens?e des disparus ayant attendu l?.

Javais r?v? ladieu ? la vie, dans le temps qui fuit imperturbable. Mon imagination mavait retrac? les l?vres souvrant sur les mots sans lendemain, les mains press?es dans l?treinte finale.

Jeusse ri, au milieu de mes pens?es m?lancoliques, si quelquun dans la vaste ellipse du Colosse, o? cent mille spectateurs trouvaient place, mavait dit:

Un jour, dans notre soci?t? pr?tendue humanitaire, tu conna?tras les m?mes angoisses!

Et cela pourtant se r?alisait ? cette heure.

Nous ?tions tous trois, Tanagra, miss Ellen, moi, dans la salle commune de notre g?te. Nul navait song? ? sisoler.

Assis les uns aupr?s des autres, les mains unies, nous ne parlions pas. Quaurions nous pu dire? X.323 vaincrait-il? Serait-il abattu par ses adversaires, complotant ? cet instant nous ne savions quelle tortueuse machination?

Nous souhaitions la victoire pour lui, c?tait le v?u ultime nous rattachant ? la vie. Car, pour le reste, nous ?tions d?j? des morts.

La l?pre ?tait en nous.

Et puis, ? un moment, miss Ellen se prit ? interroger. Elle voulait tout savoir de la l?pre, et surtout comment progressait latroce maladie.

J?tais h?las! en mesure de satisfaire cette curiosit? macabre.

Un de mes confr?res et amis avait nagu?re publi? une ?tude remarqu?e sur la l?proserie dAntananarivo, ? Madagascar, et je dis ce dont je me souvenais.

La l?pre apparaissait sous la forme dune petite tache ros?e grandissant peu ? peu, creusant la chair.

Ellen mavait ?cout?. Enfin elle murmura:

Alors, nous aurions un ou deux mois de r?pit, avant que lhorrible maladie ?clate.

Oui, ? peu pr?s.

Deux mois, fit-elle, sont une existence bien courte, mais enfin on en peut faire un si?cle de bonheur. Combien nont jamais ces quelques semaines heureuses.

Et comme je la consid?rais, ?tonn?, ne comprenant pas la douce pens?e, elle ajouta:

Tout ? lheure, quand vous avez d?fendu mes yeux, il ma sembl?

Elle sarr?ta, un trouble d?licieux plaquant du rose ? ses joues.

Oui, r?pondis-je gravement, oui, jai senti alors que mon c?ur s?tait engag? ? vous.

Elle mit un doigt sur ses l?vres, me d?signa du regard sa s?ur immobile aupr?s de nous, absorb?e en une r?verie sombre.

Elle nesp?re plus rien, fit-elle dune voix si basse que je percevais ? peine ses paroles Montrons du courage, nous qui pouvons escompter des jours de contentement.

Un nuage passa sur son front, mais elle reprit courageusement:

Apr?s, oh! apr?s cette br?ve incursion dans le pays des joies, nous aurons une consolation encore: mourir ensemble et en beaut? Nest-ce pas, sir Max Trelam, vous tuerez votre femme avant quelle soit devenue hideuse.

Puis avec une ?motion soudaine dont son accent palpitait:

Vous aurez aim? ma beaut? Je ne veux plus ?tre laide.

Elle abaissa ses paupi?res; on eut dit quelles pressaient les larmes encloses en ses doux yeux; deux perles liquides gliss?rent lentement sur ses joues.

Dinstinct, je me penchai, je les bus, emportant sur les l?vres cette saveur sal?e qui fait songer aux embruns de lOc?an.

Il me sembla que cet acte enfantinement tendre nous liait indissolublement.

Puissance dune pens?e aimante. Elle et moi maintenant entendions chanter, au fond de nous-m?mes, un doux cantique despoir.

Pauvre Tanagra. Elle seule ne pouvait plus rien attendre de la vie.

Et le temps passait. On nous avait apport? une collation vers sept heures, avec lordre de nous tenir pr?ts ? suivre ceux que le prince Strezzi d?p?cherait vers nous.

Javais encourag? mes compagnes ? prendre quelque nourriture, et bien que la faim ne me tourment?t point, javais pr?ch? dexemple.

Ma montre marquait dix heures quand cinq hommes, conduits par Hermann, vinrent nous chercher.

Le revolver au poing, nos gardes nous conduisirent au laboratoire, dans lequel Strezzi, Morisky avec son cr?ne immense et luisant, Goertz aux regards diaboliques sous les verres rouges de ses lunettes, nous attendaient.

Hermann et ses hommes ferm?rent la porte acc?dant aux galeries souterraines. Ils lassujettirent avec une cha?ne dacier. Apr?s quoi, ils disparurent ainsi que des ombres par la baie aux obturateurs de caoutchouc, ?tablissant la communication entre le laboratoire et la logette dexp?riences, laquelle, on sen souvient, permettait, ? son tour de passer dans le hall destin? ? recevoir les victimes des exp?rimentations des terribles produits cr??s par le professeur russe.

Dun geste brusque, Strezzi nous indiqua des si?ges; nous nous ass?mes. Un lourd silence r?gnait et nos ge?liers, jen avais limpression, ?coutaient le silence.

Leurs traits immobiles refl?taient lanxi?t?. Ils avaient linqui?tude du bruit qui se produirait ? un moment venu, annon?ant lapproche de X.323.

Et je me surprenais ? tendre loreille comme eux.

Oh! ce fut long, je vous assure, darriver ? linstant o? Goertz, tirant de son gilet de laine une grosse montre dargent, fit entre haut et bas:

Onze heures trente cinq. Il est temps!

Deux minutes et mes compagnes, moi-m?me, avons les mains immobilis?es par des menottes m?talliques que relient des cha?nettes, dont Goertz tient lextr?mit?.

Il nous entra?ne vers la logette dexp?riences, nous y pousse, sy enferme avec nous.

Les judas des portes oppos?es, perc?s sur le laboratoire et sur le hall, sont ouverts. Ils laissent p?n?trer chacun un rayon lumineux. Il y a donc de la lumi?re dans les deux pi?ces contigu?s ? la logette.

Et tandis que Goertz se livre ? des op?rations que je ne discerne pas, dans la p?nombre, op?rations que trahissent deux ou trois cliquetis m?talliques, je r?ussis ? couler un regard par les ouvertures non encore obtur?es.

Morisky et Strezzi sont dans le laboratoire. ? linstant o? je les observe, ils rapprochent leurs chaises de la table comme pour sy accouder.

Dans le hall, les ouvriers, le gardien Hermann, sont rassembl?s, en armes. Ils ?changent des propos ? voix basse. Le chuchotement marrive impr?cis; mais je nai pas besoin de percevoir les paroles, je suis assur? quils parlent de ce qui va se passer dans quelques minutes. On devine si bien dans leur attitude, quils sont l? pour jouer une partie dont lenjeu est la possibilit? de vivre.

Je tressaille au son de la voix de Goertz.

Le contrema?tre est debout, les l?vres ? hauteur du judas du laboratoire.

Minuit moins cinq, a-t-il dit, attention.

Sans doute, lavertissement a secou? le prince et son complice, car un bruit de chaises remu?es parvient jusqu? moi.

Goertz se porte ? louverture du hall. Il r?p?te son appel en le modifiant l?g?rement:

Minuit moins cinq, braves gens! Le revolver en main! Et si jouvre la porte, pr?cipitez-vous comme un seul homme.

Lheure du choc est imminente. Jentends mes compagnes respirer avec force. Pauvres ch?res filles, comme elles doivent ?tre anxieuses. Il fait trop sombre, dans cette logette, je ne puis r?ussir ? distinguer leurs traits. Je veux leur parler.

Courage

Silence! ordonne rudement Goertz.

Dans le laboratoire, une pendulette, que je me souviens avoir remarqu?e le matin, frappe sur son timbre clair et gr?le, le premier coup de minuit.

Alors, le contrema?tre pr?cipite des gestes inexplicables pour moi; ce sont des gestes dombre dans une ombre ? peine plus claire. Il me semble que ses mains se portent successivement au judas du laboratoire, puis ? celui du hall, que des bruissements l?gers fusent dans lair, et les t?n?bres deviennent compl?tement opaques.

Les volets obturateurs des judas se sont ferm?s, interceptant toute communication avec les pi?ces voisines.

Et cependant, je sais que les douze coups de minuit jaillissent du flanc fragile de la pendulette, que Strezzi, Morisky, dun c?t?, Hermann et ses hommes, de lautre, sont attentifs, pr?ts ? bondir sur celui qui, seul, a os? les d?fier.

? cet instant, lorgane de miss Tanagra g?mit:

Mon Dieu!

Toute la douleur de lattente r?side en cette exclamation.

Jentends un l?ger murmure, caressant comme le souffle alangui des grands pankas de plumes balanc?s sur les terrasses hindoustanes.

Je devine que miss Ellen caresse, de sa divine pens?e de jeune fille, sa s?ur qui na pu retenir lexpression articul?e de son angoisse.

Puis plus rien. Tous, nous sommes muets, comme p?trifi?s dans lombre absolue, redoutant et esp?rant nous ne savons quoi.

Soudain, une lueur ?claire le r?duit. Le contrema?tre Goertz vient denflammer une allumette. Oh! il ne sinqui?te pas de nous. Il approche la flamme vacillante des parois, ?clairant les manom?tres qui ?tablissent la communication scientifique avec les salles voisines. Il murmure ? demi-voix:

Bien! Pression redescendue ? z?ro. Les pompes peuvent fonctionner!

Il abaisse son allumette de cire, faisant ainsi sortir de lombre un levier coud? sarticulant au ras du sol. Il le rabat. Aussit?t r?sonne le pfou! pfou! rythm? de pistons en marche, accompagn? dun bruissement continu comme celui dune pluie tombant r?guli?re sur des feuillages.

Ah ?a! Que fait-il donc Je me rem?more lodieuse visite du propri?taire, ? laquelle Strezzi nous a convi?s hier.

Le levier actionn? par Goertz commande les pompes destin?es ? pulv?riser le triformald?hyde, le liquide destructeur de microbes.

Quels microbes d?truit donc Goertz?

Non, ma pauvre cervelle doit battre la campagne. Jai mal interpr?t? les explications du prince Autrement ce serait absurde.

Je hais, je m?prise lignoble contrema?tre, et cependant, mon d?sir de comprendre est tel que jinterroge:

Que faites-vous donc?

Il me coupe la parole avec impatience:

Assez la curiosit? aura son tour.

Ah ?a! je deviens fou! Voil? que je ne reconnais plus sa voix, et derri?re moi, dans lombre, deux voix ch?ries jettent un cri inexplicable:

Ah!

XXI.LE SOLEIL BRILLE

Au cri des deux s?urs, succ?da un ensemble de faits pr?cipit?s qui ne me permirent pas de les interroger.

Goertz avait ouvert la porte du laboratoire. Il avait bondi dans cette pi?ce, o? nous avions laiss? le prince Strezzi en t?te ? t?te avec son complice Morisky.

Je fis un pas en avant, me trouvai ainsi dans lencadrement de la baie, demeur?e ouverte au large.

Et je dus ressembler v?ritablement ? une statue de la stup?faction, genre anglais.

Assis pr?s de la table, rigides, immobiles, se tenaient Strezzi et le professeur russe.

Un rire effroyable convulsionnait leurs physionomies.

Mais, par Jupiter, c?tait l? le rire provoqu? par les affreux projectiles du canon du sommeil.

Avec cela une odeur violente de triformald?hyde me remplissant les yeux, les narines, la gorge, dinsupportables picotements.

Je cherchai Goertz du regard, afin de qu?ter aupr?s de lui la solution du probl?me insoluble pour mon esprit.

Il ?tait ? lautre extr?mit? du laboratoire, fouillant dans un meuble, en tirant des papiers, des plans, quil enfouissait vivement, apr?s un rapide coup d?il, dans la propre serviette de bureau de Morisky.

Il avait pris sans doute ce quil voulait, car il referma la serviette de maroquin et se retourna de mon c?t?. Il maper?ut, ?clata de rire et pronon?a:

Enfin, nous tenons la victoire, sir Max Trelam, mais cela a ?t? dur Je vous demande le pardon pour les mauvaises heures que votre amiti? pour nous vous a fait d?penser.

Je faillis tomber ? la renverse.

X.323 ! C?tait lui! Je reconnaissais la voix entendue nagu?re ? Vienne, dans le noble logis de Graben-Sulzbach.

Vous, mais comment! Comment?

Permettez que je vous d?livre ainsi que mes s?urs

Agile comme un clown, il extrayait Tanagra et miss Ellen de la logette, les ?treignant tendrement, faisait sauter nos menottes, et en m?me temps il parlait:

Jai quitt? le ballon derri?re vous ? ce propos, Max Trelam, remerciements; vous avez jou? votre r?le de maladroit en conscience.

Cela nest rien. Javais une crainte terrible que vous neussiez pas r?ussi ? vous ?chapper et lexplosion

Votre ouvrage, nest-ce pas, fr?re, murmura Ellen avec orgueil.

Oui, petite ch?re Ellen, un fil, branch? sur le r?seau distribuant la lumi?re ? bord de la nacelle. Le contact, ?tait command? par le mouvement de lh?lice, il devait se produire apr?s tant de tours, dix minutes de marche environ. Alors des ?tincelles passant dans la masse dhydrog?ne, devaient fatalement amener lincendie et lexplosion Bref, je vous suivis, je connus lentr?e de cette caverne Une enqu?te rapide mapprit lentente existant entre le nomm? Goertz et une certaine Francesca, habitant tout pr?s de Weissenbach, le joli bourg situ? ? lextr?mit? du lac de Weissen, dont nous sommes tout proche. Goertz, voil? la figure quil me fallait pour p?n?trer aupr?s de vous. La Francesca avait un portrait de lui Je pus me procurer au bourg les accessoires n?cessaires ? ma transformation Goertz, que je guettais, arriva ? point nomm?. Surpris, sous menace de la torture, que jaurais inflig?e ? ce mis?rable sans h?sitation aucune, il me renseigna sur les travaux, sur la disposition des cavernes Ah! ces gens-l? ont la trahison facile, allez Je le r?compensai de sa docilit? par la mort foudroyante Il sest envol?, sans sen douter, avec sa Francesca, une vulgaire coquine ?galement, vers linconnu de justice Un projectile du Canon du Sommeil a d?truit ce destructeur.





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