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Le canon du sommeil

( 18 21)



Le masque qui maveuglait, se s?para de ma face au choc, et je vis, je vis que nous nous trouvions au bord dun lac, encadr? de montagnes daltitude moyenne. Au loin, sur la rive, des lumi?res tremblotaient, d?celant la pr?sence dune agglom?ration. Le ballon se balan?ait mollement, sa nacelle affleurant le sol en pente douce.

Jentendis claquer un revolver que lon armait. La voix de Strezzi s?leva:

Goertz! Il voit! Il voit! Goertz! Mille diables!

Goertz, jentendais ce nom pour la premi?re fois et il me fut aussit?t antipathique, on le concevra ais?ment quand jaurai relat? la r?ponse dudit ? lappel du prince Strezzi.

Faut-il le br?ler, Altesse?

Ceci accompagn? dun revolver dirig? sur mon cr?ne, mincita ? protester.

Je vois, et apr?s. Suis-je responsable dun accident. Je vois et jen suis bien avanc? Une nappe deau, des montagnes. Sais-je o? je me trouve?

Apr?s tout, vous avez raison, grommela le chef des services de reconnaissances et da?rostation militaires Et puis, vous ?tes dans toute cette affaire par hasard, sans avoir ?t? mon ennemi de propos d?lib?r? Ramassez le masque, Goertz, et mettez-le dans votre poche. Les yeux de sir Max Trelam, comme il la dit si justement, lui montreront un lac et des montagnes, mais ce paysage demeurera anonyme. Allons, assez de temps perdu, en route. Il ne faut pas que laube nous surprenne en chemin.

Mes guides mempoign?rent par les bras. Tanagra et miss Ellen, maintenues de m?me fa?on, me pr?c?daient.

Strezzi et celui quon appelait Goertz marchaient sur le flanc de la petite colonne, dont larri?re-garde ?tait form?e par huit hommes du personnel de la?rostat.

Il ne devait ? mon estime, rester ? bord que quatre personnes: le pilote et trois aides, sans compter X.323, lequel on sen doute, ne figurait pas au r?le d?quipage.

Avant de nous suivre, Strezzi donna cet ordre:

Pilote, vous rallierez le garage de Vienne. ? grande hauteur, nest-ce pas. Il importe que notre direction ne puisse ?tre relev?e de la surface du sol.

? votre satisfaction, Altesse.

Je consid?re ? pr?sent Goertz, ? qui je garde rancune de son intervention de tout ? lheure.

Cest un homme de taille moyenne, maigre, le corps l?g?rement d?jet? ? droite. Il a une face ? la peau gris?tre, une casquette saplatit sur ses cheveux noirs, dont les m?ches emm?l?es frisottent sur son front, venant rejoindre une barbe clairsem?e. Mais ce qui le caract?rise surtout, ce sont d?normes b?sicles aux verres rouges, donnant ? sa figure un aspect fantastique et inqui?tant.

Jai su depuis que cet homme ?tait atteint de cette maladie de l?il que lon nomme le daltonisme, laquelle consiste ? ne pas voir une couleur. Ainsi, Goertz, le contrema?tre de lusine de mort o? lon nous conduit, ne distingue pas le rouge ou mieux il le voit vert, cest-?-dire en teinte compl?mentaire. Ses lunettes rouges (vertes pour sa vision) le mettent ? m?me de discerner le rouge ? l?tat compl?mentaire du vert.

Cest l? un ph?nom?ne doptique tr?s connu, mais dont lexplication demeure compliqu?e, ainsi que vous pouvez vous en apercevoir.

Toujours est-il que ce Goertz me parut dot? dun air f?roce et rus?, qui me produisit la plus mauvaise impression.

Jadressai, ? travers lespace, un regret aux bonnes communes figures de Herr Logrest et de sa lady.

Ah! ceux-l? ninspirent pas linqui?tude aux prisonniers confi?s ? leur garde!

Nous suivions la rive du lac Jai su plus tard que nous ?tions dans la province autrichienne de Carinthie, dans la r?gion montagneuse et bois?e qui borde la rive droite de la Drave Le lac s?tendant sous mes yeux ?tait le lac de Weissen et la localit? ?clair?e par ses lumi?res, la petite ville de Weissenbach.

Maintenant le chemin montait en pente assez raide, s?loignant de la berge de la nappe deau. Nous escaladions lune des collines qui lui font une ceinture dentel?e.

Altesse, le ballon s?l?ve.

Cest lhomme aux lunettes rouges qui a prononc? cet avertissement. Strezzi et lui se retournent. Je les imite. Je distingue loin d?j? un fuseau dun noir intense se profilant sur lobscurit? moindre du ciel.

Le dirigeable monte, monte, avant de prendre son ?lan vers Vienne, o? il attendra, inoffensif dapparence, le ma?tre qui va pr?parer la mort que la?rostat s?mera sur le monde.

Il va traverser le lac, car il oblique ? pr?sent vers l?tendue deau.

Pourquoi mes yeux se rivent-ils sur la silhouette mobile?

Est-ce que jesp?re, est-ce que jattends quelque chose Quelle chose puis-je attendre? Aucune ?videmment, et cependant au fond de moi, un instinct me crie:

Ne le perds pas de vue X.323 va te d?celer sa pr?sence.

Cest fou, nest-ce pas.

Et brusquement mes pieds semblent sincruster dans le sol. Je ne puis plus avancer, p?trifi? par ce que je distingue.

Une inexplicable clart? entoure la?rostat, refl?t?e par les eaux du lac quil domine de quelques centaines de m?tres.

Le ph?nom?ne surprend ?videmment toute la troupe. Mes guides ont fait halte comme moi. Strezzi et Goertz sont ?galement immobiles.

Quest-ce que cela?

La question a ? peine d?pass? les l?vres de Strezzi que le ballon semble radier des ?clairs. Il prend laspect dune aurore bor?ale sph?rique, et puis au bout dun instant le vent nous apporte une d?tonation assourdie.

Une sorte de verticale lumineuse se dessine dans lair, s?teint dans le lac Le bruit dun ?claboussement formidable, monte vers nous, comme si un poids ?norme venait de sengouffrer dans les ondes noires.

Au ciel, plus rien qui rappelle le navire a?rien. La silhouette fusiforme a disparu. Le ballon sest ?vanoui.

Et la voix rauque du prince se vrille dans mon tympan:

Une catastrophe!

Goertz r?plique:

Une explosion dhydrog?ne.

Et avec un haussement d?paules:

Bah! cela se reconstruit un ballon. Vous ?tes descendu au bon moment, Altesse. Si vous aviez eu vingt minutes de retard, jaurais risqu? de vous attendre au rendez-vous jusquau jugement dernier.

Il est sinistre cet individu qui raille apr?s lhorrible accident.

Le gaz a pris feu, lenveloppe a ?clat?. La nacelle et ses passagers sont tomb?s de mille m?tres peut-?tre, et le lac les a engloutis, effa?ant toute trace de lengin qui planait tout ? lheure, redoutable et superbe au plus haut des airs.

Et mon c?ur se serre.

X.323 ?tait-il ? bord?

Sans doute, il se proposait de d?barquer en m?me temps que nous, d?sireux de d?couvrir le g?te o? le prince Strezzi fabriquait ses projectiles du crime Seulement, a-t-il r?ussi?

Ah! quel point dinterrogation tragique, insoup?onn? par ces deux femmes, mes s?urs aim?es, qui l?, tout pr?s, les yeux aveugl?s par le masque, se tiennent immobiles, ignorantes du drame dont latmosph?re vient d?tre le th??tre.

Strezzi grommela des mots incompr?hensibles.

Il me semble quil attribue le d?sastre ? une autre cause que le hasard. By heaven! Je devine. Il songe que X.323 est libre et alors Il y a de linqui?tude dans sa voix lorsquil commande rudement:

En avant! Et surtout, attention Tant pis pour quiconque croiserait notre route.

Mes guides, qui ne mont pas l?ch?, sursautent. Eh! Eh! il para?t que le prince m?ne son monde par la terreur.

On repart dun pas plus rapide. Cest une procession de spectres dans la nuit. Pas un mot. Simplement le bruit des respirations que lescalade essouffle.

On arrive ? la cr?te de la hauteur. Un plateau herbeux de faible ?tendue est travers?. On sengage sur la pente oppos?e. Des arbres touffus croisent leurs branches au-dessus du sentier que nous d?valons dans une vague allure de fuite.

Soudain, nous d?bouchons dans une clairi?re.

Une cabane est l?, adoss?e ? la pente, faisant corps avec elle. On rencontre souvent dans les pays de montagnes des habitations de ce genre, mi-partie ma?onnerie, mi-partie creus?es dans le roc.

Ce qui me frappe, cest que dans la porte de cette chaumi?re, asile sans aucun doute de la pauvret?, se d?coupe louverture dune bo?te aux lettres.

Cest l? un accessoire de luxe peu habituel aux masures.

Ah! je comprends, la chaumi?re est un trompe-l?il. Nous nous arr?tons devant la porte, et celle-ci tourne sur ses gonds sans quil ait ?t? n?cessaire de frapper.

Je recule dun pas.

Sur le seuil se montre une ?trange figure. On la dirait ?chapp?e aux estampes moyen?geuses illustrant les chroniques l?gendaires allemandes.

Cest un homme maigre, aux membres si d?pourvus de muscles que les v?tements se bossuent, modelant les articulations osseuses.

Et au-dessus du col long, o? le cartilage que les comm?res d?nomment pomme dAdam, accuse une saillie extraordinaire en dent de scie, sur ce cou qui semble trop faible pour la soutenir, se balance une t?te ?norme, blafarde, aux l?vres sans couleur, aux yeux p?les sous d?pais sourcils dun blanc jaun?tre, au front qui semble d?mesur?, agrandi quil est par une calvitie compl?te.

Lapparition fantastique est ?clair?e par une lampe ?lectrique quelle tient ? la main.

Cest un homme, et cet homme fait songer aux larves myst?rieuses ?chapp?es des asiles de t?n?bres que les po?tes dautrefois appelaient les enfers.

L?tre est r?pulsif, inqui?tant, d?bile et formidable.

Le professeur Morisky salue Son Altesse le prince Strezzi.

Cest l?tre qui a parl?. Parler, peut-on d?signer ainsi les syllabes ?mises par une voix grin?ante qui na rien dhumain.

Et Strezzi se fait aimable pour r?pondre:

Mon cher professeur, vous savez ma joie quand je puis venir partager vos travaux.

Oh! Oh! il le m?nage celui-ci. Il nest plus le ma?tre devant un serviteur quil est assur? de courber sous sa volont?. Dans son accent sonne le respect de l?l?ve pour le chef d?cole.

Et lhorrible habitant de la chaumi?re prononce dans un ricanement gr?le et faux:

Eh! Eh! Assez content des derni?res exp?riences Vous verrez, vous verrez Notre mode de propagation ?tait d?fectueux. On risquait d?tre d?couvert Maintenant, plus rien de semblable, plus de ballon, plus de canon Plus quun simple touriste se promenant les mains dans ses poches Eh! Eh! Vous verrez! vous verrez!

La gaiet? de cet ?tre squelettique me cause un malaise qui va jusqu? la souffrance. Mais son masque bizarre reprend limmobilit?. Il sefface:

Eh! je vous laisse l?, ? la porte. Entrez, entrez, Altesse Sans doute, vous ?tes las Il ny a que moi qui naie pas besoin de sommeil Reposez-vous, car il faut un esprit clair pour comprendre l?uvre men?e ? bien Oui, un esprit clair. Au r?veil, vous serez satisfait davoir arrach? aux bagnes de Sakhaline, le savant que les Russes ignares y avaient enferm?, alors quen le d?cha?nant contre les Japonais, ils eussent extermin? cette race orgueilleuse et remport? la victoire.

De nouveau son rire p?nible grelotta.

LAllemagne, lAutriche, sont mieux inspir?es; le professeur Morisky est le conqu?rant moderne. Il fabrique lui-m?me ses arm?es quaucune sainte Genevi?ve, aucune Jeanne dArc, ne sauraient arr?ter.

Sur ma parole, cet individu me faisait peur. Javais compris que, devant moi, se dressait le collaborateur inconnu de l?uvre antihumaine du prince Strezzi.

Javais sous les yeux l?tre abject et g?nial, qui domestiquait les microbes; le fou qui, par un ph?nom?ne effroyable de perversion de la conscience, mettait une science hors pair au service de la Destruction.

Et malgr? moi, ma pens?e se cristallisa entre ces deux entit?s empruntant ? l?motion de lheure pr?sente une opposition de l?gende: Pasteur, le n?cromancien bienfaisant de la vie par les microbes Ce Morisky, diabolique adepte de la mort par les invisibles.

Mais on nous entra?na dans la cabane. Un couloir ?troit, une logette vitr?e, avec une ?chelle montant vers l?tage unique; puis un escalier de pierre senfon?ant dans les entrailles du sol.

Une longue descente, suivie de galeries au sol uni, ?videmment ras? ? la mine, car les stalagmites, correspondant aux stalactites descendant de la vo?te, ont disparu.

Et puis, dans cette vision commune ? toutes les cavit?s souterraines ?vid?es dans les terrains calcaires par le lent travail des eaux, des coins transform?s en ateliers, en chambres, par des cloisons de planches; frustes installations qui d?tonnent aupr?s du riche d?cor sculpt? par la nature.

Je me laisse enfermer dans une de ces logettes.

XVI.LE DRESSEUR DE MICROBES

J?tais dans un ?tat de fatigue, dont la couchette, principal meuble de ma nouvelle prison, me fit comprendre limmensit?.

Et comme le meilleur moyen d?tre pr?t ? laction consiste ? conserver ses forces, je ne r?sistai point ? lappel.

Cinq minutes apr?s que mes gardiens se furent retir?s, javais pris la station horizontale et je dormais.

Je m?veillai avec une sensation bizarre. Lair me semblait tenir en suspension des myriades de petites aiguilles, qui me picotaient les yeux, les narines, les l?vres

Je me dressai, minondai deau fra?che. La sensation persista.

Et je reconnus une odeur typique, celle du triformald?hyde, dont lap?tre fut, si je ne me trompe, un chimiste marseillais du nom dAndr? Guasco.

La pr?sence de cet antiseptique me fut expliqu?e de suite par le souvenir de lendroit o? je me trouvais. Dans une usine de microbes, o? ces infiniment petits b?tisseurs et destructeurs de la vie doivent in?vitablement pulluler, le triformald?hyde remplissait les fonctions dune cuirasse gazeuse, rendant les travailleurs r?fractaires aux attaques des vilains petits vibrions ?vad?s de leurs bouillons de culture.

On frappa ? ma porte. Goertz se pr?senta et mintima lordre de le suivre. Celui-l? aussi poss?dait un air diabolique, et il me semblait que ses yeux brillaient derri?re ses verres rouges ainsi que des charbons ardents.

Au surplus, le personnage eut dabord lapparence dun messager c?leste, car il me conduisit dans une salle souterraine spacieuse, ? la vo?te orn?e de stalactites diversement color?es, et o? deux ou trois ouvriers soudaient, ? laide de chalumeaux, les singuliers projectiles remarqu?s nagu?re sur laff?t du Canon du Sommeil. Mais ce ne furent pas ces complices obscurs qui attir?rent mes yeux. Tanagra et miss Ellen se trouvaient l?, attendant sans doute ma venue.

Dun m?me mouvement, elles me tendirent les mains, et je pressai ces mains fines quune angoisse secr?te gla?ait.

Le troupeau est rassembl?, dit grossi?rement Goertz, par file ? droite, et marchons serr?s! Voici pour donner des jambes aux tra?nards.

Il brandissait un de ces fouets ? la longue lani?re termin?e par des grains de plomb, qui ont rendu si tristement c?l?bres les Cosaques charg?s de la police des grandes cit?s russes.

Une galerie souvre devant nous. Nous la suivons, r?gal?s par les injures de Goertz.

Ce mis?rable vaurien se figure probablement quil manquerait ? son devoir de ge?lier sil ninvectivait pas ses prisonniers.

Ah! lune des murailles du couloir souterrain a disparu, remplac?e par une cloison dont je ne distingue pas lautre extr?mit? se perdant dans lombre. Cette fois par exemple, cette cl?ture est, non pas de bois, mais de plaques de fonte boulonn?es.

Lodeur du triformald?hyde se r?pand plus violente. Si on en juge par cette recrudescence de parfum, nous devons ?tre dans le Saint des Saints de ce sanctuaire du meurtre.

Une porte tourne sans bruit sur ses gonds, laissant passer un jet de lumi?re verte, trahissant laction dune flamme oxhydrique sur une lamelle de cuivre. Goertz hurle:

Entrez!

Nous ne nous irritons m?me plus de sa stupide brutalit?.

Le spectacle que nous avons sous les yeux absorbe toutes nos facult?s. Nous avons fait quelques pas. Nous sommes au centre dun laboratoire; mais dun laboratoire modern-style, dispos? pour l?tude et la pullulation des infiniment petits.

Tout un c?t? de la pi?ce est occup? par une vaste ?tuve o? mijotent des liquides dont la seule vue donne le frisson. Quelles ?pid?mies grouillent dans ces marmites v?ritablement infernales, quels bacilles virulents, b?tonnets, virgules, chapelets, microcoques ou streptocoques? Ah! le professeur Morisky, cet insens? sinistre, a eu raison de sintituler lAttila des microorganismes.

Que sont les conqu?rants, les grands meneurs dhommes, ?branlant le sol du roulement des chars dairain, des artilleries formidables, emplissant lair du bruit des pas des multitudes entra?n?es ? leur suite, aupr?s de ce personnage qui, de sa main d?charn?e, s?mera sur les peuples la mort avec de limpalpable.

Lalchimie a suivi la loi de progr?s. Les anciens adeptes ont renonc? ? pr?parer l?lixir de longue Vie; leurs successeurs eux, d?bitent l?lixir de br?ve Mort.

Ceci est tellement hideux que jai limpression que ce nest pas vrai.

H?las! il ny a de faux que mon impression.

Morisky est l?, mirant amoureusement une bouteille de verre plate, sur la paroi de laquelle se d?tachent des floraisons violac?es Chacune de ces petites agglom?rations est une nation de microbes Cest larm?e in?puisable qui ira tuer sur lordre du savant. Pr?s de lui, jouant avec des pincettes de verre, aux pointes effil?es ainsi que des cheveux, v?hicules menus et fragiles qui permettent de manier les bacilles mortels, le prince Strezzi ricane dun mauvais rire.

Ah! vous voil?! Je suis ravi de vous voir. Vous recevant dans mon usine, vous les premiers jaurai la coquetterie de vous convier ? la visite du propri?taire. Vous verrez tout, cest tr?s curieux Que de gens voudraient ?tre ? votre place. Mais voil?, il y a une petite formalit? ? remplir Il faut renoncer ? vivre pour conna?tre, comme le dit la Bible. Larbre de la science co?te la vie ? quiconque d?guste ses fruits.

Les vieilles histoires de mal?fices ne se repr?sentent-elles pas ? lesprit. Nest-ce point l? lEsprit Malin, marchandant lurne du p?cheur avide des jouissances de la br?ve existence terrestre?

Cest cela et cest pire. Le d?mon n?tait que symbole. Ici, nous avons en face de nous un ?tre que son apparence classe parmi les humains!

Mes compagnes de captivit? et moi-m?me restions m?dus?s. Sans doute elles ?prouvaient, comme moi, le d?couragement de l?tre expos? ? lin?vitable.

Le nageur emport? dans les tourbillons du Ma?lstrom; le malheureux qui, du haut dune tour, dune falaise, tombe dans le vide; le condamn? sous le couperet fatal de la guillotine, savent, que dans un temps tr?s bref, quil nest pas en leur pouvoir dallonger, ils seront noy?, broy? contre terre, d?capit?. Une r?signation fataliste plonge leur volont? dans le coma. Ils sabandonnent. Nous ressentions quelque chose de semblable. Le destin pesait sur nous et nous ?crasait par sa rigueur.

XVII.LA VISITE DU PROPRI?TAIRE

Strezzi reprit, sans cesser de montrer son insupportable sourire:

Actuellement, tous les policiers de lEmpire sont ? la recherche de X.323. Il est habile, certes. Mais tout le monde est plus adroit que lhomme le mieux dou?. Il sera donc pris. Cest une question de jours, de semaines, soit. Le temps peut varier, la finale, elle, ne variera pas.

Il marqua une pause comme pour assurer ? ses paroles une p?n?tration suffisante dans notre esprit, puis il continua lentement, nous tenant sous son regard, ainsi que le naja fascinant un oiselet.

Javais song? ? faire encore ?uvre de cl?mence Vous concevez cela, sir Max Trelam. On a le cerveau farci des contes de lAlma mater universitaire; on nous a vant? Auguste pardonnant ? Cinna ?pargner un ennemi est absurde. Mais, la d?viation atavique du raisonnement pr?vaut Donc je voulais vous laisser vivre dans la forteresse de Gremnitz. Dans quelques ann?es, mon ?uvre men?e ? bien, jaurais m?me pu vous rendre ? la soci?t? X.323 ne la pas voulu Tant pis pour lui et aussi pour vous. Vous ?tes des satellites emport?s dans lorbe dun astre errant. Limmuable logique des causes vous entra?ne aux m?mes perturbations, aux m?mes fins.

Sa voix sonnait ?trangement dans le laboratoire. Elle ?veillait dimperceptibles vibrations dans les r?cipients de cristal rang?s sur les planchettes, sur les tables. Elle semblait se dessiner en vigueur sur un grelottement des choses.

Et ce grelottement se communiquait ? nos nerfs. Je voyais mes ch?res aim?es Tanagra frissonner, et je sentais, avec la honte dun gentleman conscient de sa faiblesse, que leurs grands yeux aux reflets verts et bleus, fix?s sur moi, ne pouvaient puiser aucun encouragement dans mon attitude.

Moi aussi, je fr?missais, secou? par un invincible tremblement.

Donc, poursuivit le prince Strezzi, jai renonc? ? la mani?re sentimentale pour adopter la mani?re forte. X.323 captur?, vous p?rirez tous, avec la consolation dassurer ? la science un pas en avant. Mon cher ma?tre et ami, le professeur Morisky vous admettra ? lhonneur de devenir des sujets dexp?riences.

Tous trois nous e?mes le sentiment que nous allions d?faillir Sujets dexp?riences de ce fou, ap?tre ex?crable de la propagation des fl?aux. ? quelles maladies, ? quelles horribles affections nous condamnerait-il?

Et comme sil r?pondait ? notre pens?e, le prince expliqua:

Un mal ?trange, terrifiant, domina tout le moyen ?ge. Aujourdhui, il a presque disparu de la surface du globe. Morisky le fera rena?tre, et votre sang servira ? la pr?paration du s?rum nocif qui r?pandra de nouveau la l?pre parmi les hommes.





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