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Le canon du sommeil

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Et comme je ne r?pondais pas ? son id?e, il recommence ? minjurier Il saute ? bas du lit, devant une personne de mon sexe. Je jette le cri de ma pudeur alarm?e, mais je le fais suivre dun cri de ma pudeur rassur?e Le docteur ?tait habill?, il avait m?me ses souliers Quelle id?e de se coucher comme cela Il ne lui manquait que son manteau, son chapeau et son parapluie.

Il minjuriait toujours. Alors, je me suis sauv?e, le laissant avec Krisail que tout ce vacarme avait fini par ?veiller Deux hommes, ils sexpliqueront, je pense. On ne peut obliger une honn?te personne comme moi ? supporter les invectives dun vieux maniaque de docteur qui vole le lit des malades!

Dune attitude tr?s digne, Martza ponctuait la conclusion de son r?cit, quand un nouveau personnage se montra sur le seuil.

Grisonnant, l?g?rement vo?t? mais robuste tout de m?me, lallure militaire sous luniforme gris ? boutons d?tain soigneusement astiqu?s, le nouveau venu fut salu? par un triple cri:

Krisail!

Linfirmier, c?tait lui, salua en portant la main ? son front.

Ah! lui ?tait calme, calme comme un brave marchant au feu, et de fait le digne militaire remplit une corv?e qui, dans la vie dun homme, peut appara?tre aussi p?nible que monter ? lassaut.

Jai d?m?rit?, M.le gouverneur, dit-il dune voix rauque Le prisonnier sest enfui Il nous avait endormis, je sais comment. Il manque de lopium dans la pharmacie Il a pris la voiture du docteur, et ? pr?sent, il est loin Je vous apporte ma d?mission.

Nous ?coutions.

J?tais stup?fait pour ma part. Ainsi X.323 avait accompli cette chose que javais crue impossible. Il s?tait ?vad?. Libre, il trouverait peut ?tre loccasion de cette revanche, dont il avait parl? nagu?re.

Mais les ?poux Logrest poussaient de v?ritables meuglements de d?sespoir.

Que dirait le prince Strezzi? Et lEmpereur? Et la Cour?

La confusion fut ? son comble quand le cocher du docteur survint tr?s inquiet du sort de son ma?tre.

Celui-ci, racontait-il, s?tait fait conduire, en quittant le ch?teau, jusqu? lentr?e du bourg de Gremnitz. L?, il ?tait descendu. Le cocher avait suppos? un malade en danger ? proximit?. Il avait attendu jusquau jour. Alors, il avait pouss? jusquau logis de M.Volsky, et ce dernier n?tant pas rentr?, le serviteur venait conter ses alarmes au Herr gouverneur.

Tout devenait clair ? pr?sent. Lhomme qui, cette nuit, avait r?pondu ? mon appel par un geste affirmatif, n?tait autre que X.323 en personne.

Tanagra avait relev? la t?te ?videmment tout son ?tre se tendait en une action de gr?ces vers les Forces Inconnues, qui avaient permis ? son fr?re dex?cuter son audacieux dessein.

Et puis, miss Ellen rappela brusquement mon attention sur elle. Elle s?tait approch?e de mistress Amalia, et dun accent irrit?, elle disait:

Jaime profond?ment mon fr?re; mais je dois reconna?tre que sa conduite est inexcusable.

Cette d?claration si inattendue coupa court aux lamentations des ?poux Logrest, elle me fit sursauter et amena sur les traits de la s?ur de la jeune fille, une expression dindicible ?tonnement.

Miss Ellen continuait imperturbablement.

Rencontrer, non des gardiens, mais des amis et m?suser de leur bonne gr?ce pour le plaisir de d?rober sa libert?, quelques jours peut-?tre avant quon nous la rende, cest mal, car il aurait d? songer aux ennuis qui vont r?sulter pour vous, chers amis Logrest, de cette ?quip?e.

Oh oui! g?mirent les deux ob?ses avec une touchante conviction.

Or, poursuivit la jeune fille, je veux que vous sachiez bien que nous d?sapprouvons le fugitif.

T?l?graphiez au prince Strezzi, avisez-le de suite. Tout retard peut favoriser de nouvelles entreprises de ce malheureux fr?re Voyez-vous quil se soit mis en t?te de nous enlever de ce ch?teau. Oh! il r?ussirait, voyez-vous. Il a le g?nie de linattendu.

Que signifiait cela? V?ritablement, elle me semblait raisonner comme raisonnerait Strezzi lui-m?me. Ce fut ?galement le sentiment de mistress Amalia, car elle s?cria:

Ah! ch?re petite fille, comme mon c?ur a bien fait daller ? vous. Je naurais jamais esp?r? pens?es si raisonnables et si affectueuses de votre part. Soyez remerci?e, gentille colombe de neige Et nous, Logrest, suivons le conseil de laim?e gracieuse enfant. Adressons un t?l?gramme au prince.

Mais il doit ?tre en route pour Berlin aujourdhui, hurla le gouverneur.

Quest la distance de Vienne ? Berlin pour l?lectricit?, sempressa de r?pondre miss Ellen La d?p?che ? faire suivre, lui parviendra deux heures plus tard, et voil? tout.

Conclusion qui amena les ?poux, Martza, Krisail, le cocher du docteur, ? se ruer vers la porte en une course ?perdue, domin?e par ces cris.

Au t?l?graphe! Au t?l?graphe! Et nous, rest?s seuls, comme miss Tanagra et moi allions demander ? la jeune fille lexplication de son ?trange conduite, elle se laissa tomber sur une chaise, en proie ? une crise de rire, si violente, si contagieuse, que nous nous pr?mes ? rire avec elle, sans deviner la cause de cette joie d?bordante.

XIII.LA T?L?PATHIE PAR RAISONNEMENT

Tout dun coup, miss Ellen se leva, se jeta sur sa s?ur, lenla?a et lembrassant ? pleine bouche, elle murmura ces paroles qui nous p?trifi?rent litt?ralement.

Eh bien! petite s?ur ch?rie, tu vois bien que tu avais tort de me tenir ? l?cart; moi aussi, je puis ?tre espionne.

Espionne! Dans sa bouche, le mot prenait une acception h?ro?que et tendre. Cela signifiait:

Ce que le monde niais vous reproche, moi aussi je le fais. Je veux partager le reproche avec vous que jaime. Je ne veux pas ?tre la seule non marqu?e de la fl?trissure qui, ? mes yeux, vous honore.

Seulement pourquoi se parait-elle de ce titre g?n?ralement peu envi??

Elle vit que nous nous interrogions du regard, et retrouvant toute sa bonne humeur, elle se pencha entre nous deux, chuchotant:

Voyons, tu nas pas vu que je dirigeais les Logrest suivant les indications de notre fr?re?

Suivant les, balbuti?mes-nous tous deux?

Et miss Tanagra ajouta:

Mais comment as-tu communiqu? avec lui?

Vous lavez vu, par Martza.

Elle trahissait donc ses ma?tres.

Mais non Elle ?tait le messager involontaire, comme MlledeHolsbein ? Madrid. Jai lu les articles de sir Max Trelam et le bon grain a pouss?.

Et notre ahurissement saccentuant encore, la jeune fille fut reprise dun acc?s de gaiet?. Ah! le joli rire, cristallin, musical, s?grenant en gammes harmonieuses.

Mais elle se domina vite.

Alors, il faut donc que je d?taille. Jen suis tr?s fi?re, tu sais, ma ch?rie. Penser que toi, et quun grand reporter comme sir Trelam, vous ne voyez pas clair en moi, vous des perceurs de secrets; cest tout ? fait flatteur pour une petite pensionnaire Ne vous impatientez pas, je commence ma confession.

Et le sourire aux l?vres, ses grands yeux semblant distiller une lueur joyeuse:

Vous comprendrez tout de suite que, a priori, il ?tait ?vident que notre fr?re songeait ? s?vader. Une personne au secret ne peut pas avoir dautre pr?occupation.

Nous opin?mes dun mouvement de t?te.

Bien. Pour s?vader, il fallait dabord sortir de la tour, du cachot o? il ?tait enferm?. Pour s?chapper, il faut toujours, quoi quon en dise, le concours, volontaire ou non, dautres individualit?s, et pour lobtenir, il est n?cessaire dentrer en relations avec ces individualit?s.

Nouveau geste approbateur de notre part.

D?s lors, quand le prisonnier fut pris de cette maladie subite qui n?cessitait son transfert ? linfirmerie, je jugeai de suite que c?tait l? un moyen de quitter le secret.

Nous e?mes, nous, un cri de stupeur. Comment la jeune fille avait devin? cela tout de suite, alors que nous ny avions rien vu!

Mais oui, fit-elle en riant Voyons, notre fr?re, qui a support? sans broncher ton mariage avec cet affreux Strezzi, ne pouvait pas perdre la t?te pour une man?uvre de ce coquin, beaucoup moins grave en v?rit?.

Cest vrai.

La r?ponse jaillit de nos l?vres en m?me temps. Nous nous regard?mes, miss Tanagra et moi, tout ?tonn?s que notre jugement e?t ?t? mis en d?faut, alors que la jeune fille avait vu juste sans h?sitation. Dans les yeux de la Tanagra, il y avait quelque chose de maternellement orgueilleux. Elle ?tait heureuse quEllen for??t ainsi mon attention.

Ceci pos?, continua celle-ci, il fallait laider de tout notre pouvoir. Je ne vous ai rien dit, jai peut-?tre eu tort; mais je voulais tant vous prouver que, moi aussi, je puis ?tre une personne habile ? vaincre les m?chants. ?tait-il utile que le m?decin v?nt? Ma phrase apprise ? Martza contenait le mot. Le lendemain, notre fr?re avait r?pondu en r?p?tant dans son d?lire apparent! m?decin! m?decin! Krisail est un ivrogne, il fallait lindiquer ? mon fr?re De l? toute lhistoire du r?vulsif ? lalcool. Quand il affecta de se croire le docteur, c?tait me dire quil avait compris Et cette nuit, je nai pu dormir, parce que je savais quil agirait, sans pouvoir au juste augurer de quelle fa?on.

Doucement, Tanagra baisait les paupi?res de sa s?ur.

Elle la remerciait ainsi de sa clairvoyance, de son courage, de la force d?me quelle avait montr?e en ne trahissant pas sa pens?e int?rieure.

Et mon regard disait les m?mes choses bien certainement, car la jeune fille rougit et cacha son visage sur l?paule de sa s?ur, ce qui, je veux tout dire, me causa un plaisir inexprimable.

Pourtant une question encore me vint, au bout de la langue.

Mais pourquoi insister pour que Strezzi soit pr?venu Plus tard la nouvelle lui parviendra, plus votre fr?re aura eu de temps pour dresser ses batteries.

Ceci amena sur son visage un sourire divinement ironique.

Mon fr?re ne peut rien faire jusqu? ce que Strezzi affol? ? lannonce de son ?vasion, vienne nous chercher ici pour nous conduire dans la seule retraite quil consid?re comme introuvable, puisquil sait que jusqu? ce jour, le terrible X.323 nest pas parvenu ? la d?couvrir.

Lusine o? il fabrique la mort par le rire, fit Tanagra dune voix sourde.

Justement, petite s?ur aim?e, cest de la logique pure. Je suis certaine quaussit?t avis?, Strezzi se mettra en route pour nous prendre et nous conduire l?-bas.

Mais cela ne renseignera pas notre fr?re, que nous soyions dans ce repaire de lhorreur.

Alors, la jeune fille se redressa, et nous dominant de toute la grandeur de sa confiance dans le pouvoir de X.323 :

Oserais-tu laffirmer, ma s?ur? Notre fr?re est libre et X.323 passe pour avoir les yeux largement ouverts.

Je minclinai machinalement et miss Tanagra qui ne mavait pas quitt? du regard, me prit la main, y glissa celle de miss Ellen, puis doucement:

Allez causer despoir dans le jardin. Jai d?sir d?tre seule avec la pens?e de mon fr?re que, pour la premi?re fois, jai omis de servir. Songer ? autre chose, je le vois clairement ? cette heure, est non seulement trahir sa cause, mais le trahir lui-m?me La volont? de l?uvre a cess? une minute d?tre ma dirigeante unique, et nous avons ?t? vaincus.

Elle s?loigna lentement, une pr?occupation p?nible crispant son visage. Ellen, elle, me serra la main et mentra?nant vers le perron antique acc?dant au jardin.

Venez. Il faut ob?ir aux ordres dune ?me qui pleure!

XIV.CONVERSATION AVEC UN TUBE DHYDROG?NE

Aucune des pr?visions de miss Ellen ne devait ?tre d?mentie.

Quarante-huit heures plus tard, le prince Strezzi, ayant quitt? Berlin en toute h?te, au re?u de la d?p?che du gouverneur Logrest, arrivait ? bord de son dirigeable quil avait ralli? ? Vienne.

Au milieu de la nuit, on nous r?veillait brutalement, on nous ordonnait de nous v?tir, de boucler nos valises.

On nous tra?nait, bien plus quon ne nous conduisait, dans la nacelle dont le compartiment n3 enfermait ce terrible engin d?nomm? le Canon du Sommeil.

Et pourtant, dans le d?sarroi de ce r?veil nocturne, de cette h?te inqui?te que lon sentait dans tous les mouvements, dans la rudesse des ordres, miss Ellen trouva le moyen de me glisser ? loreille:

Nous partons pour lusine de mort Regardez Strezzi comme il interroge anxieusement la nuit autour de nous Savez-vous pourquoi? Eh bien je vais vous le dire. Il pense, comme moi, que les yeux de X.323 assistent ? son d?part.

Terrible petite Ellen, allez! Cette confidence me valut un l?ger frisson dans le dos. Apr?s tout, peut-?tre aussi provenait-il de la fra?cheur de la nuit, fra?cheur ? laquelle on est tr?s sensible alors que lon vous a r?veill? en sursaut.

Un bourdonnement. Cest le moteur qui se met en marche. Les deux s?urs se sont retir?es dans le compartiment clos n2, la cabine.

Strezzi demeure invisible. Je reste seul, adoss? au compartiment n3, au-dessus duquel, maintenus par les cordages, se balancent quatre gros tubes daluminium contenant la r?serve dhydrog?ne, destin?e, le cas ?ch?ant, ? suppl?er les pertes subies par lenveloppe de la?rostat.

Nous avions mont? avec rapidit?. Le ch?teau de Gremnitz, les lumi?res marquant le trac? des rues du bourg, tout cela ?tait devenu invisible; au vent qui me fouettait la figure, je comprenais que le dirigeable marchait ? grande vitesse dans une direction quil m?tait impossible de d?terminer. Je navais plus ? ma disposition la boussole de X.323.

Et je m?tais senti tr?s assombri, par une de ces r?flexions intempestives qui se formulent toujours dans lesprit ? lheure o? il serait avantageux de penser ? tout autre chose.

Je m?tais dit:

Miss Ellen avait peut-?tre raison au ch?teau. Les yeux de X.323 pouvaient assister ? notre d?part. Je ne vois ni do? ni comment. Mais enfin cela est possible. Seulement, ? pr?sent, ce ne sont pas seulement des yeux quil lui faudrait, mais aussi des ailes. Autant que mes entrevues avec lui maient laiss? un souvenir de sa personne, il n?tait pas muni de ces appendices empenn?s qui diff?rencient lhirondelle du lapin de garenne.

Si je savais seulement au-dessus de quel pays nous flottons, moins que cela encore, la direction de notre marche?

Javais formul? ce v?u ? haute voix.

Et, vous allez croire que je deviens fou, le vent susurra ? mon oreille cette indication pr?cise:

Sud-Ouest quart Ouest.

Je fis un saut Je me frottai les oreilles; mes yeux parcoururent autour de moi un cercle. Rien! J?tais seul. Humph! Je nen doutais pas, seulement je regardais quand m?me.

Javais eu un bourdonnement du pavillon auriculaire, de la trompe dEustache, ou des osselets voisins du tympan. Voil? ce que je me dis dabord, mais je dus reconna?tre que javais les bourdonnements doreilles tout ? fait extraordinaires, quand je per?us distinctement mon nom chuchot? dans la nuit:

Ici, Max Trelam!

Cela devenait inqui?tant, dautant plus que cela saccentuait encore.

Sir Max Trelam, approchez-vous du tube-r?serve dhydrog?ne n1, afin que je puisse vous parler aussi bas que possible.

Jai d?j? dit quau-dessus du toit du compartiment n3, quatre tubes se balan?aient, maintenus par des cordages.

Je regardai le plus proche, celui qui sintitulait n1, prodigieusement interloqu?, vous le pensez, par le tube dhydrog?ne qui me conviait ? jouir de sa conversation.

Plus pr?s, me souffla-t-il.

Il ny avait pas de doute. Les paroles venaient de ce damn? tube.

Jadore les contes de f?es, mais naturellement je ne leur donne pas la m?me cr?ance quaux v?rit?s math?matiques. Je ne supposai donc pas un instant quun tube daluminium p?t converser, et dans mon cerveau se formula aussit?t cette r?flexion sens?e:

Ah ?a! Quelquun est enferm? dans ce tube Oui, il est de diam?tre suffisant pour quun homme sy repose

Mais ? linstant une autre r?flexion, non moins sens?e, surgit.

Seulement, lhydrog?ne est un milieu impropre ? la vie. Sy plonger conduit en quelques minutes ? lasphyxie. Quel est donc le personnage paradoxal qui semble parfaitement ? laise dans ce milieu d?l?t?re?

En tout cas, cet inconnu ?tait un liseur de pens?es, car il sembla r?pondre ? la mienne en disant:

Il ny a pas de gaz, vous le devinez bien Jen ai d?barrass? le tube avant de my introduire

Vous y introduire, pourquoi? Dans quel but?

Le fauve que je chasse, me r?pliqua la voix, vous conduit ? son repaire. Je suis celui qui veut conna?tre ce repaire.

X.323, murmurai-je comme malgr? moi.

Quel autre que lui aurait pu r?ver et r?aliser cette supr?me et folle audace de senfermer ? bord de la?rostat de son ennemi pour surprendre son secret.

Je fus un moment comme an?anti. Jadmirais limpr?vu du proc?d?. Qui soup?onnerait jamais pareille t?m?rit?? T?m?rit? nest pas juste. Je reconnais que personne ne songerait ? pareil proc?d? dinvestigation, cest donc quil est marqu? au coin de la plus parfaite raison.

Lui cependant me renseignait avec la d?sinvolture dun gentleman qui, apr?s un excellent d?ner au Royal, d?ambule au bras dun ami dans Regents-Circus.

Vous direz cela ? mes s?urs, quand vous aurez quitt? le ballon. Pas avant, je craindrais quelles trahissent leur joie Ceci convenu, j?claire le reporter indiscret que vous ?tes. Jai attendu le jour du d?part sur Berlin du sieur Strezzi, pour r?aliser mon ?vasion. Vous concevez le pourquoi? Il devait, dapr?s mon raisonnement, revenir de Berlin ? Vienne, qui est le garage normal de son dirigeable. Cela me donnait le temps darriver avant lui dans cette derni?re ville. Une fois l?, ce me fut un jeu de fermer les yeux du gardien du hangar-garage. Ces yeux-l? ont toujours une soif providentielle pour les gens comme moi. Vous saisissez. Je d?capuchonnai lun des tubes, je laissai le gaz hydrog?ne, beaucoup plus l?ger que lair, monter vers la toiture, et je le rempla?ai par ma personne, agr?ment?e de pain et dun peu de liquide. Je remis bien entendu le capuchon de fa?on ? respirer ? laise. Mon calcul sest trouv? juste. Strezzi a ralli? son ballon, y a charg? les prisonniers laiss?s ? Gremnitz, et il va les enfermer dans le seul endroit o? il les croira en s?ret?, lusine o? il fabrique la mort, cette usine que lui-m?me va me r?v?ler.

Miss Ellen avait fait le m?me raisonnement.

Oui, oui cela doit ?tre. Cette enfant a le don de la d?duction. Jai trouv? fort bien son id?e de communiquer avec moi au moyen de Martza. Mais on peut nous troubler, il faut que je me presse. Vous savez tout ce quil importe pour le moment. Je vous dirai le d?tail quand nous nous reverrons. Une pri?re. Au moment de latterrissage, on vous bandera les yeux pour vous conduire ? lusine souterraine.

Comment pouvez-vous affirmer cela, m?criai-je ?tonn? par ces pr?cisions?

Comprenez donc que je suis ? mon poste depuis vingt-quatre heures. On ne se d?fie pas dun tube dhydrog?ne et lon y entend beaucoup de choses. Jen ai entendu assez pour d?sirer quitter mon compartiment sans me faire prendre. Vous maiderez sensiblement en d?barquant avec le plus de maladresse possible Au besoin, tombez ? terre Cela attire lattention, vous comprenez. Voil?. Jai fini Allez r?ver un peu plus loin. Je redeviens tube et par cons?quent muet.

Le ton ?tait sans r?plique. Au surplus des ombres sagitaient ? lavant de la nacelle. Je reconnus Strezzi sortant de la chambre du personnel.

Jallai ? lui. Javais lobsession que si je demeurais en place, mes regards, mes gestes, appelleraient forc?ment lattention du vilain personnage sur le cylindre m?tallique enfermant X.323.

Cela se dissipa de suite. Strezzi me vit et dun ton autoritaire:

Sir Max Trelam, me dit-il, veuillez avertir vos amies, il appuya ironiquement sur ces deux syllabes, quelles vont quitter sous peu cet a?rostat. Quelles se pr?parent ? se laisser couvrir le visage du masque que vous connaissez d?j?, et ? ob?ir aux ordres qui leur seront donn?s. Dites-leur bien que jai ?puis? toute ma patience ? Gremnitz; quelles y prennent garde.

Je minclinai sans r?pondre. Le fauve montrait les dents. Il convenait de ne point se faire d?vorer avant que le chasseur, tout proche dans son tube, e?t jug? le moment venu de labattre.

Et je rejoignis les deux Tanagra dans la cabine.

XV.AU BORD DU LAC WEISSEN

Jestime que X.323 doit ?tre content de moi.

Content Je pr?tends exprimer que, sil est encore vivant, il loue certainement le z?le, et jose le dire, ladresse avec lesquels jai ex?cut? ses instructions.

Ma descente de la nacelle sur le sol a ?t? v?ritablement la reproduction de ces sc?nes burlesques dont nos d?sopilants clowns, pantomimists excentrics, versent le comique irr?sistible sur le public des music-halls.

Nanti du masque qui maveuglait, jai tr?buch?, heurt? tout sur mon passage. Je semblais ?tre devenu subitement lunatic, ce vocable saxon que les Parisiens traduisent par gaga. Plus un mot des coquins qui me guidaient ne paraissait impressionner mon intellect.

Et pour finir, je trouvai le moyen de membarrasser les pieds dans un buisson que ma bonne ?toile sema sous mes pas (oh! ?toile, buisson me voici encore dans une agriculture fantaisiste), et je roulai par terre, entra?nant avec moi mes gardes du corps.

Des rires, des jurons, accompagn?rent la triple chute. Je suis convaincu qu? ce moment tous les regards converg?rent sur moi. C?tait l? ce que mon futur beau-fr?re mavait recommand?; en toute sinc?rit?, il ne pouvait esp?rer mieux.





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