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Le canon du sommeil

( 15 21)



Le huiti?me jour, un dimanche, nous avions assist? ? la messe, dans la chapelle du ch?teau. De fort beaux vitraux anciens mavaient procur? une r?elle satisfaction, bien que lespoir exprim? par miss Ellen, la veille, ne se f?t pas r?alis?.

Elle avait suppos?, la ch?re courageuse enfant, que X.323 demanderait de son c?t? ? ?tre conduit ? la chapelle et que nous lapercevrions aussi.

Lavait-il fait? Lui avait-on refus? lautorisation? Nous nen s?mes rien, et loffice termin?, nous regagn?mes notre jardin passablement d?confits.

Cest si ennuyeux de ne pas jouer ses ge?liers, quand on se lest promis.

Notre conversation sen ressentait et ma foi, si nous navions craint de m?contenter Mrs. Amalia Logrest, nous naurions pas r?pondu ? lappel de la cloche sonnant le d?jeuner.

Mais en arrivant dans la salle ? manger, une surprise nous attendait.

La grosse dame, habituellement assise, car ses jambes sindignaient sans doute de supporter son poids exorbitant, se montra debout, appuy?e, dans un mouvement de tr?s grasse gr?ce, au bras de Herr Logrest, gouverneur.

Tous deux nous salu?rent c?r?monieusement, et le fonctionnaire sadressant ? notre pauvre Tanagra, murmura avec un m?lange de respect et dennui:

Je dois, je suis oblig?, enfin, je vais faire une communication quil mest ordonn? de ne pas diff?rer. Je vous prie de ne voir en moi quun porte-paroles indispensable, que je suis heureux, certes, de votre compagnie, mais que je me rends compte que vous ne sentez pas au m?me degr? le plaisir de la mienne.

Et comme nous le consid?rions, surpris par ce pr?ambule.

Princesse, dit-il, princesse, voici la d?p?che que je re?ois et les pi?ces que je dois vous lire.

Il montrait un t?l?gramme et des coupures de journaux.

Mais ce ne fut pas l? ce qui frappa Tanagra, ce fut le titre dont son interlocuteur la saluait:

Princesse Ce nest pas ? moi que sapplique ce titre, auquel je nai aucun droit.

Pardon, pardon, je ne saurais vous d?signer d?sormais autrement. Un d?cret de Sa Majest? lempereur Fran?ois-Joseph a conf?r? le titre princier ? S.E. le comte Strezzi.

La jeune femme eut un faible cri, une rougeur ardente envahit son visage, et dune voix dont le tremblement m?tonna, car je nen devinai pas la cause, elle murmura:

Lempereur la nomm? prince!

IX.LE COUP FINAL DE STREZZI

Voici la d?p?che du tr?s puissant seigneur Strezzi:

Et sans tenir compte des mines ?plor?es de son honorable ?pouse Amalia, le gouverneur lut:

Mon cher Logrest, des coupures de journaux vous parviendront presquen m?me temps que cette d?p?che. Veuillez en donner connaissance compl?te, sans retard, aux h?tes que je vous ai confi?s. Ils verront que Sa Majest? a ?tendu sur eux la plus large cl?mence. Sign?: Prince STREZZI.

Le poussah nous regarda, souffla, glissa le t?l?gramme dans une poche de c?t? de son veston-dolman, puis prenant une des coupures de journaux, il reprit sa lecture.

Voici ce que disaient mes confr?res de la presse viennoise:

La foudre frappe aux sommets.

Lun des plus grands de lentourage de notre Empereur v?n?r?, vient den faire la cruelle exp?rience.

On se souvient de lascension du dirigeable Strezzi, emportant ? son bord, le comte, son adorable ?pouse, la comtesse de Graben-Sulzbach. Le navire a?rien partait pour une croisi?re de lune de miel, le voyage de noces traditionnel. H?las! Il devait aborder dans les d?serts lugubres du drame.

Comment, par suite de quel encha?nement de faits, cela sest-il produit? Nous navons pu le d?couvrir.

Au r?sum?, le comte apprit, ? nen pouvoir douter, que celle qui portait son nom, et son fr?re dont la physionomie slave ?tait si connue dans le monde ?l?gant, avaient une part dans les crimes horribles qui bouleversent lEurope depuis plusieurs mois Ils ?taient affili?s ? ces bandits sinistres qui tuent par le rire.

Une pareille r?v?lation pourrait jeter un homme dans la folie. Le comte se domina. Une id?e survivant au cataclysme sauva sans doute sa raison.

Il songea que tout ?tant perdu, il fallait sauver lhonneur de son nom.

Et prenant le gouvernail de son dirigeable, de cet admirable engin, fruit dann?es dopini?tre, de patriotique labeur, il conduisit les coupables dans une de nos forteresses d?tat, les confia au gouverneur de ladite, puis revenant ? Vienne, se jeta aux pieds de lEmpereur, le suppliant de faire que le nom de Strezzi ne f?t pas tra?n? devant une Cour criminelle, que ce nom n?veill?t pas les ?chos du pr?toire.

LEmpereur consentit ? ce que les coupables fussent oubli?s dans la prison choisie par l?poux outrag?.

Et pour marquer son affection ? son serviteur fid?le, dont les loyaux et exceptionnels services sont connus de tous les Autrichiens aimant leur patrie, il le cr?a prince et Altesse.

Ah! aux jours de deuil, le devoir accompli apporte sa r?compense aux hommes d?lite qui ont su pr?f?rer la voie ?pre et difficile, aux sentiers fleuris des inutiles plaisirs.

S.M.lEmpereur dAllemagne, inform?, a voulu, lui aussi, marquer sa haute estime pour lhomme qui, en mati?re da?rostation militaire, a tant fait pour la Triplice, rempart indestructible de la Paix.

Nous apprenons que le comte, ou plut?t le prince Strezzi, car il a droit ? ce titre d?sormais, est appel? ? Postdam aux environs de Berlin, o? S.M.prussienne vill?giature en ce moment.

On pr?te au souverain lintention doffrir au nouveau prince le grade de colonel honoraire dun des r?giments de la garde, (honneur r?serv? jusquici aux seuls souverains) et, dy adjoindre un pr?sent ?valu? ? un million de marks (un million deux cent cinquante mille francs).

S.A. le prince Strezzi quittera Vienne sous trois jours, son arriv?e ? Berlin devant co?ncider avec la pr?sence dans cette ville, de S.M.I. lEmpereur dAllemagne, venant pr?sider une session extraordinaire de la di?te des Seigneurs.

Herr Logrest se tut, et demeura les yeux baiss?s, ?videmment tr?s embarrass? par la communication quil venait de nous faire par ordre.

Maintenant je comprenais l?motion de Tanagra. Elle s?tait souvenue de suite des paroles cyniques de limmonde Strezzi:

X.323 r?duit ? limpuissance, je suis prince, et je vends un million de marks pour commencer, mes services ? lAllemagne.

Ah! le mis?rable! On le couvrait de fleurs! On lui tressait des couronnes!

Il faut reconna?tre quil avait magistralement men? son affaire. X.323, la comtesse de Graben, d?shonor?s aux yeux de la foule stupide, seraient oubli?s dans le ch?teau de Gremnitz.

Miss Ellen et moi-m?me, je nen parle pas. Nous ?tions plus oubli?s encore, puisque dans larticle, ?videmment inspir? par le tra?tre, on ne mentionnait m?me pas notre pr?sence.

Certes, vis-?-vis des deux premiers, sa conduite ?tait atroce. Mais enfin, eux, avaient ?t? ses adversaires. Il avait la vague excuse des repr?sailles. Miss Ellen navait point fait, elle, dhostilit?. Il lavait arrach?e brutalement au pensionnat paisible o? elle attendait le retour de ceux quelle aimait.

Et cette innocente enfant finirait ses jours en captivit?.

Je marr?tai net dans mes consid?rations rageuses.

Celle qui me troublait ainsi, avait conserv? son sang-froid, car elle demanda dun ton admirablement calme:

Est-ce que vous avez d?j? entretenu mon fr?re de cette bizarre communication? Je dis bizarre, pour ne pas employer une ?pith?te plus juste, que vos fonctions vous d?fendraient dentendre.

Oh! Fr?ulein, sexclama l?norme Amalia Logrest. Mon mari est fonctionnaire. Il ne peut ?videmment bl?mer les d?cisions de ses sup?rieurs; mais on peut les bl?mer devant lui. ?couter nest point manifester une opinion, cest simplement exercer une fonction naturelle Ah! sil ?tait sourd, et sil se servait dun cornet acoustique pour percevoir vos paroles critiques, il ferait acte de volont?, il deviendrait bl?mable. Mais il nest point atteint de surdit?, le ciel en soit remerci?, on ne saurait en aucune fa?on linculper de l?se-majest?.

Et l?norme unit? dun sexe g?n?ralement moins majestueux, se prit ? rire, gloussant ainsi que poule dInde appelant le regard dun coq de m?me esp?ce. Elle ?tait apparemment tr?s satisfaite du remarquable esprit de conciliation dont elle venait de faire ?talage.

Miss Ellen fit ?cho ? son hilarit?. Courageuse jeune fille. Elle devait pourtant souffrir autant que nous-m?mes en ce moment.

Et puis elle r?it?ra la question demeur?e sans r?ponse.

Avez-vous d?j? entretenu mon fr?re ? ce sujet?

Herr Logrest secoua la t?te.

Non, bien certainement, Fr?ulein Ellen. Je me propose de remplir ce devoir apr?s le d?jeuner, que je vous prie humblement, comme chaque jour, de partager avec mon Amalia et moi-m?me.

Il d?cocha un regard attendri ? sa compagne, dont la silhouette rappelait plut?t la silhouette dune coupole, que celle dune fr?le cr?ature f?minine.

Ceci lemp?cha de remarquer le sourire fugitif qui se posa sur la bouche de la jeune fille. Il est vrai que sil lavait vu, il nen aurait pas ?t? plus avanc? pour cela, Je le voyais, moi, et ma t?te e?t-elle ?t? en jeu, il me?t ?t? impossible den d?terminer le sens.

Dans les jours d?preuves, psalmodia avec une ?tonnante conviction Miss Ellen, il est doux de sappuyer sur des amis pitoyables et bons. Cest vous dire combien nous serons heureux de nous trouver en compagnie de Frau Amalia Logrest et de vous-m?me.

Les deux ob?ses personnages sinclin?rent, ?videmment ravis, et le d?jeuner commen?a. Il ma laiss? le souvenir dun certain poisson fum?, genre haddock, ? la gel?e de groseilles, qui me tourmenta depuis, apparition horrifique, dans mes nuits de cauchemars.

X.X.323 SUCCOMBE AU CHOC

Que faire? Que faire? le comte non le prince Strezzi, na pas pr?vu le cas. Je nai pas dinstructions.

Cela est une d?sastre, g?mit Amalia qui, on na jamais su pourquoi, sobstinait ? consid?rer le mot d?sastre comme une f?minit?.

Les deux ?poux venaient de nous rejoindre au jardin.

Leurs grosses figures exprimaient le bouleversement intime, et au-dessus de leurs gros corps, leurs gros bras se levaient d?sesp?r?ment vers le ciel.

Le d?sespoir des ?tres gras abonde en gesticulations grotesques.

Certes, nous aurions ri, discr?tement sentend, si nous-m?mes navions ?t? boulevers?s par ce quils venaient de nous apprendre.

Apr?s le d?jeuner, Herr Logrest s?tait rendu dans le cachot de notre fr?re pour lui faire part des r?solutions adopt?es ? Vienne, sur la pri?re du prince Strezzi.

Oh! g?missait le gouverneur, jai pris toutes les pr?cautions. Je lui ai dit que ces dames avaient support? l?preuve avec un courage digne dadmiration, que miss Ellen pensait quil montrerait le m?me sto?cisme, car elle mavait encourag? ? le venir voir Ah! tout cela na servi de rien. Il ma ?cout? jusquau bout, le sourcils fronc?s, les yeux fixes Et quand jai eu termin?, il est tomb? raide, sans connaissance, comme sil avait attendu que jeusse tout dit pour s?vanouir.

Tanagra, moi-m?me, avions p?li ?treints par une horrible appr?hension. Mais miss Ellen d?cid?ment poss?dait un invraisemblable empire sur ses nerfs, car tout en ?pongeant ses yeux vraisemblablement obscurcis par les larmes, elle murmura:

Alors, quavez-vous fait, mon bon et cher M.Logrest?

Le cher M.Logrest se redressa sous la c?linerie de la voix.

Eh bien! Fr?ulein, jai appel?. Les gardiens sont accourus, nous avons jet? de leau froide au visage du pauvre malade Il a rouvert les yeux, mais il ne nous reconnaissait plus, nous avons tent? de le remettre sur ses pieds, mais ses jambes refusaient de le porter. Nous lavons ?tendu sur sa couchette o? il marmonne des histoires embrouill?es, incompr?hensibles Je crois que cela est du d?lire. Certainement, il a subi une commotion terrible, de grands soins lui seraient n?cessaires, on ne peut les lui donner dans le cachot; et le diriger sur linfirmerie, cela est grave pour un prisonnier qui est condamn? au secret le plus absolu.

Eh bien, t?l?graphiez ? M.le prince Strezzi.

T?l?graphier! Ah! Fr?ulein, les s?raphins sourient ? votre ?me candide! Tout le monde ignore o? est d?tenu votre fr?re. Le confier au t?l?graphe, cest lenseigner ? tout le pays.

J?tais en proie ?videmment ? une illusion Il me sembla quune lueur joyeuse sallumait un moment dans les grands yeux de miss Ellen.

Une illusion, je le r?p?te, car un second regard me la montra grave et triste, disant dun ton p?n?tr?:

Alors, cher M.Logrest, consultez votre bon c?ur.

Le poussah sagita plus d?sesp?r?ment encore.

Mon bon c?ur Que voulez-vous que mon bon c?ur me conseille dans une extr?mit? aussi f?cheusement impr?vue?

Avait-il pens? embarrasser son interlocutrice? Peut-?tre.

Elle ne parut pas le soup?onner, car elle adressa son plus gentil sourire ? l?pouse du gouverneur et elle modula doucement:

Par votre bon c?ur, jentendais d?signer votre bonne et respectable compagne. En face de la souffrance, les femmes savent mieux que les hommes ce que lhumanit? commande imp?rieusement.

Et les deux ?poux se renvoyant des mines attendries et satisfaites. (On est toujours content de se voir rendre justice), la jeune fille continua:

Dites, Frau Amalia. Ne pensez-vous pas quaucun secret ne peut emp?cher de transf?rer ? linfirmerie un prisonnier dangereusement malade; ? linfirmerie, on nest pas plus libre quen cellule Je pense du moins; mais ma pens?e nest rien, cest la v?tre qui doit faire autorit?. Depuis que je vous connais, jai appris ? vous aimer, ? appr?cier la rectitude de votre jugement, et je minclinerai devant la d?cision que dictera votre sagesse.

Ah! petites filles, petites filles, me confiai-je, combien vous ?tes malignes quand vous d?sirez obtenir quelque chose!

La r?ponse de la bonne dame, provoqu?e en ces termes, n?tait pas douteuse. Elle d?clara qu? son sentiment de faible femme (se conna?tre soi-m?me est, para?t-il, le summum de la sapience), il lui apparaissait ?vident quun tonneau de bi?re devait ?tre descendu ? la cave, et un malade port? ? linfirmerie.

En suite de quoi, Ellen se jeta ? son cou, et le gouverneur, entra?n? par lassentiment g?n?ral, nous quitta pour donner les ordres utiles au transfert du prisonnier dans la partie du ch?teau r?serv?e aux soins m?dicaux.

Le soir, ? d?ner, miss Ellen fut absorb?e Elle sinforma ? diverses reprises de l?tat de son fr?re.

Les renseignements n?taient pas encourageants.

Des acc?s de d?lire alternaient avec des p?riodes de lourd sommeil. Krisail, un vieux caporal infirmier du 5e r?giment de chasseurs tyroliens, admis sur sa retraite aux fonctions dinfirmier-major au ch?teau de Gremnitz, affirmait que le malade devait avoir une fi?vre violente.

Seulement, aucun docteur nest attach? ? la forteresse.

? lordinaire, on requiert les soins de Herr Volsky, le m?decin civil du bourg de Gremnitz Mais l? encore le fameux secret emplissait le gouverneur de perplexit?.

Le secret pouvait-il admettre la pr?sence du disciple dEsculape?

Miss Ellen, assise aupr?s de MmeAmalia, lui parla ? voix basse, et la grosse dame s?cria tout ? coup:

Ce que me dit cette gentille Fr?ulein me para?t tout ? fait juste.

Et que dit-elle?

Que pour le m?decin, on pourrait attendre ? demain, que peut-?tre le prisonnier ira mieux.

Cela est possible, approuva le gouverneur enchant? de navoir pas ? prendre une d?cision imm?diate.

Nest-ce pas, cette enfant est la raison m?me. Jugez-en. Elle ajoute que le malade aura dautant plus de chances de voir son ?tat sam?liorer, quil sera mieux soign? Or, dit-elle, un vieux soldat nest peut-?tre pas linfirmier r?v? Je suis tout ? fait de son avis, ce nest pas ? lui que je confierais votre garde, mon cher mari, si le mal, ce dont je prie le ciel de nous pr?server, moissonnait votre pr?cieuse sant?.

Les tourtereaux ob?ses ?chang?rent de petites mines tendres.

Je ne puis cependant autoriser la Frau princesse Strezzi ou laimable Fr?ulein ? assumer la t?che de garde-malade Ceci serait en opposition directe avec mes instructions.

Non, non, la pauvre ch?re petite fleurette ne demande pas une aussi impossible chose.

Que demande-t-elle donc en ce cas, je ne sais aucunement.

Elle demande tout simplement que Martza, ma domestique, passe la nuit ? linfirmerie. Bien styl?e par nous, Martza, cest une bonne personne, vous savez, nous offrira plus de garanties quun vieux soldat comme Krisail Noubliez pas quon a d? mettre sous clef lalcool destin? aux pansements Cet alcool s?vaporait dans la pharmacie avec une trop grande rapidit?, et Krisail prenait lhabitude de marcher de travers, ce qui navait rien de martial. Si vous y consentez, moi je me priverai du service de Martza.

Et conciliante:

Voyons, Logrest, on ne peut refuser de faire un peu de bien, quand il nimpose pas un lourd sacrifice.

Vous ?tes v?ritablement, s?cria le gouverneur avec enthousiasme, un ange qui a descendu lescalier du Paradis.

Quelles ailes il aurait fallu pour enlever cet ange!

Ce qui veut dire, minauda la ronde personne?

Que je nomme Martza infirmi?re, aussi longtemps que vous le souhaiterez.

Ce fut un concert de remerciements auxquels, sur un regard de miss Ellen, regard que je jugeai imp?rieux (je me trompais peut-?tre), je joignis ma voix.

? partir de ce moment, jeus limpression quil se passait autour de moi quelque chose de myst?rieux.

Mais quoi?

Voil? ce que le perspicace reporter Max Trelam, comme me d?signe le patron, au Times, ne discernait pas du tout.

X.323 d?lirait, Martza ne pourrait ?tablir aucune communication entre lui et ses deux s?urs.

Alors?

Vous connaissez ma manie des points dinterrogation. Ah! elle s?vissait ? cette heure avec une ?nergie sauvage.

Au moment de nous s?parer de nos h?tes, pour r?int?grer les chambres qui nous servaient de prison nocturne, quelques r?pliques me donn?rent mati?re ? me creuser la cervelle pendant une partie de la nuit.

Mistress Amalia et miss Ellen adressaient leurs recommandations ? la grande Martza, toute pr?te ? aller prendre son poste au chevet de mon beau-fr?re futur.

La robuste fille riait b?tement, r?p?tant ? chaque instant:

Soyez paisible, Frau. Ne vous troublez pas, Fr?ulein. Martza sait ce que parler veut dire. Le Meinherr sera dans les douceurs comme un pigeon dans les petits pois au sucre.

Ce ? quoi Ellen r?pliqua ? la fin:

Oui, mais il faut aussi des d?licatessen pour la pens?e Promettez-moi, Martza, de vous pencher sur notre cher malade et de lui dire bien haut: Vos ch?res s?urs menvoient pour vous soigner. Elles sont toute afflig?es de ne pouvoir venir elles-m?mes. Gu?rissez donc, vite pour les rassurer, car M.le gouverneur, bien quil soit la bont? m?me, h?site encore ? appeler un m?decin du dehors.

Mais il ne comprendra pas, sexclama Mrs. Logrest. Il a le d?lire.

Oh! bien ch?re Frau Amalia, riposta la jeune fille, je pense comme vous. Mais vous ?tes trop po?tique pour douter que l?me sent passer la caresse dune ?me aimante, alors m?me que le cerveau est incapable de formuler effet et cause.

Po?tique! ce qualificatif accol? ? une phrase emprunt?e ? la m?taphysique brumeuse doutre-Rhin. Il nen fallait pas tant pour gagner la sph?rique beaut?.

Elle s?vertua donc, avec cette petite miss Ellen, qui d?cid?ment suivait obstin?ment un plan de conduite incompr?hensible pour moi, ? seriner la phrase destin?e au malade.

La grande fille, riant aux ?clats, se pr?ta au jeu, et en quelques minutes, elle parvint ? r?p?ter textuellement limprovisation de ma nouvelle fianc?e.

Un quart dheure apr?s, j?tais bien et d?ment enferm? dans ma chambre des Madgyars.

Je m?tais approch? de la fen?tre grill?e. Je regardais ? travers les barreaux la cour sombre du ch?teau, avec ses rang?es de fen?tres aveugl?es par des volets obliques.

Mais sp?cialement mes yeux se portaient sur la fa?ade de gauche, formant langle droit avec celle do? jobservais.

Tout ? lextr?mit?, deux degr?s acc?daient ? une porte basse, linfirmerie. Et je consid?rais aussi trois crois?es du premier ?tage, obtur?es comme toutes les autres, mais qui me semblaient avoir une physionomie particuli?re.

C?taient les fen?tres ?clairant les salles, dans lune desquelles gisait, inerte, priv? de sentiment conscient, X.323 que javais jug? nagu?re invincible.





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